A Bure, le gouvernement n'achètera pas notre âme

Sébastien Lecornu, secrétaire d'état auprès de Nicolas Hulot, a visité le futur centre d'enfouissement de déchets radioactifs à Bure, bien accompagné par les gendarmes. Sa venue ne fait que souffler sur les braises d’un incendie de colère qui n’a pas fini de s’éteindre !

On nous annonce depuis 3 jours la venue (pas si) discrète à Bure du secrétaire d’état auprès de Nicolas Hulot, M. Lecornu, en tournée sur les sites nucléaires de l’est. Effet d’annonce réussi : les journalistes se pressent au portillon pour la seconde fois consécutive en une semaine. Après nous avoir bombardé de questions, plus absurdes les unes que les autres, sur un éventuel exode massif zadiste entre Notre-Dame-des-Landes et Bure, la blitz-presse aimerait savoir ce que nous suscite cette visite impromptue ?

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À la suite de Fessenheim où il a fait miroiter les promesses d’un avenir radieux pour racheter un passé irradié avec des billets verts, l’encorneur vient visiblement rejouer sa partition dans la Meuse auprès d’un parterre « d’élus du territoire« . Après une petite descente dans le gouffre des enfers, Lecornu prévoit de moissonner quelques âmes déjà convaincues par des années de corruption institutionnalisée. L’occasion de prendre par exemple l’habituelle petite photo de poignée de main avec Stéphane Martin, Maire de Gondecourt-le-Château, président de la codecom de la vallée de l’Ornois et fervent promoteur du projet Cigéo devant l’éternel. Mais il manquera, sans aucun doute, un certain nombre d’élu-e-s à l’appel, ceux-là ne signeront pas pour une nouvelle décennie de mensonges éhontés : emplois, développement économique et démographique ne sont toujours pas au rendez-vous, bien au contraire, malgré 270 milliions d’euros déversés par les GIP de Meuse et Haute-Marne en 15 ans.

Étrange de voir M. le secrétaire d’état pointer son nez à l’encornure lorsque M. Hulot n’a pas daigné recevoir lui-même les opposant-e-s à Cigéo venus pour le rencontrer au ministère de l’environnement, il y a un peu plus d’un mois. Cela dit, M. Lecornu n’a pas plus exprimé cette fois-ci le souhait de rencontrer les opposant-e-s lors de sa visite … au moins une hypocrisie qui nous est épargnée.

Et si on nous demande malgré tout ce que nous pourrions attendre de MM Lecornu et Hulot ?  Rien, sinon d’enterrer sans attendre le projet Cigéo dans son propre trou et ouvrir la porte de sortie immédiate et inconditionnelle au nucléaire. Après 70 ans de mensonges outranciers et une dangereuse inconséquence envers l’avenir de l’humanité, il paraît inconcevable qu’un gouvernement puisse à la fois se prévaloir de poursuivre le nucléaire et compter un ministère de l’écologie en son sein ; c’est un peu comme vouloir préserver d’une main ce que l’on a condamné de l’autre.

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En tout état de cause, l’agenda des ministres n’est pas le nôtre ! En deux ans nous avons engagé près d’une trentaine de procédures administratives qui, pour certaines ont abouti à la condamnation de l’Andra (pour le défrichement illégal du Bois Lejuc au 1er août 2016), pour d’autres ont permis de l’astreindre à des études d’impact (avis de l’autorité environnementale annulé au printemps 2017) et les dernières qui attendent encore impatiemment des suites devant les tribunaux. Dans l’attente, nous avons eu satisfaction de voir l’Autorité de Sûreté Nucléaire reconnaître officiellement dans ses derniers avis et rapports la légitimité de nos arguments scientifiques, qui mettaient sérieusement en doute la viabilité et sûreté du projet Cigéo. Sauf à apporter des réponses à ces questions, que l’Andra elle-même n’est pas en mesure de fournir, la visite de M. Lecornu relève juste à nos yeux d’un énième exercice de langue de bois destiné à rendre l’inacceptable acceptable aux populations locales.

Qu’on se le dise, après les Christian Bataille, les Gérard Longuet; Le Cornu n’achètera pas nos âmes, sa venue ne fait que souffler sur les braises d’un incendie de colère qui n’a pas fini de s’éteindre !

 

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