Convention Climat, 150 tirés au sort unis et légitimes?

Après une première rencontre, à mi-parcours, les citoyens tirés au sort pour la Convention Climat révèlent des ambitions inédites, assument leurs positions, se découvrent !

Le froid qui transperce cette fin du 1er jour de décembre semble étrangement faire échos aux pérégrinations climatiques qui ont animé les dernières semaines des 150 citoyens venus plonger comme un seul homme dans les problématiques de CO2, de la justice sociale et des degrés de plus. C'est la première fois que je remarque qu'il fait froid de cette manière. Comme quelque chose de rassurant. Comme si l'indice mercure du jour venait défier tout ce que nombre d'experts éclairés amenaient aux 150, les laissant bouche bée devant des études et des graphs bien loin de l'idée de ce qu'on peut se faire d'une courbe de rêve. Pour autant pas de descriptif catastrophiste comme aiment à le véhiculer les nouveaux prophètes du trouillomètre : les colapsologue et leur gagne-pain du business de la frousse, l'effondrement annoncé comme point d'orgue à leur prophétie. Les citoyens de leur côté s'engageraient eux dans les rangs du « même pas peur ». 

 

Les weekend end 2 et 3 (25-26-27/10 et 15-16-17/11) de la Convention Citoyenne pour le Climat seraient didactiques, éclairés, riches. Octobre mourant le 2eme rendez-vous de la CCC a permis à chacun de finir de prendre ses marques et de se fondre avec le Palais d'Iéna. Désormais, l'utilisation des prénoms et le tutoiement viennent secouer les murs du CESE certainement plus habitués aux codes des hauts fonctionnaires qu'aux gesticulations sympathiques de cette troupe improbable qui vient phosphorer toutes les 3 semaines. On parle de fiscalité avec l'accent chantant autant qu'économie circulaire ou tarte aux pommes. Comme le premier weekend end, la France au format poche se réunit autour du buffet à chaque pose. La table a été adaptée à l'appétit des 150 autant que le programme et les intervenants dévorés par la boulimie de savoir qui s'affiche dans les groupes. Jeunes loups, vieux singes, cadres en goguette, agriculteurs en mission à la capitale, senior, jeunior, peuple des ronds-points… les rangs se serrent autour du sujet climat mais cette fois plutôt qu'une claque c'est l'unité qui commence à l'emporter sur l'inquiétude.

Dans toutes nos différences, en bons citoyens, c'est naturellement finalement la révolte qui nous unie submergeant rapidement la râlerie constitutive de notre identité. Vaincus d'avance, parfois raillés sur le papier ou leurs collègues de bureau les 150 relèvent la tête. 

 

Au CESE comme dans tout bon mariage on s'attache vite à des gens, et généralement du… sud-ouest… ou pas…  Ils se révèlent au détour d'une pause, d'un sandwich rillettes à 10h15, dans une manière rassurante et heureuse de parler trop fort, et surtout à l'occasion de la 1ere demie finale de coupe du monde de Rugby qui se joue ce weekend end là à la même heure que les présentations magistrales. Angleterre / Nouvelles Zélande. Hakka Versus CO2, la moustache de première ligne et l'esprit de corps commencent à prendre racine dans l'hémicycle autant que le XV de la rose dans les 22 des blacks. Unis, différents, percutants, souverains, le French flair semble se jouer de toutes les interventions qui nous font face, les questions fusent, les esprits s'échauffent parfois brillants, souvent retors, lancés dans les salles de réunion comme on monte au front au coup de sifflet, prêts à traverser la défense ou le comité de gouvernance même en pesant moins lourd. Et en face du lourd il y en a. La star des intellos climat est venue nous éclairer. Peut-être de tellement haut que l'intervention de Jean-Marc Jancovici ressemblera plus à une leçon et une tape sur l'épaule pour nous dire, "allez bon courage les gars" qu'à autre chose. 

La cession 2 éteinte, l'Angleterre perdait en finale face à l'Afrique du Sud, la raison glaciale des uns face à l'efficacité chirurgicale des autres semblait rendre la créativité des citoyens parfois plus surprenante dans ses ambitions que le pack de de pro du CO2 qui leur faisait face. La confiance entrait en jeu.

 

Terminant cette 2eme rencontre sur la notion de justice sociale on nous demandait, à nous, français, de nous exprimer sur ce que nous trouvions juste ou pas !!! Les tables de réunion du CESE se souviennent certainement du lâchage citoyen indécent qui a dû avoir lieu ensuite, chacun remplissant la feuille avec fougue sur la notion de de justice et surtout sur celle d'injustice. 

Vacances de la Toussaint lancées, au sortir de 3 journées de convention, ayant loué une voiture pour quelques jours j'étais surclassé par Avis et fichtrement honteux de rouler dans ce qui me semblait désormais ressembler plus à un panzer avec des sièges enfant à l'arrière qu'à une automobile. La transition commençait à s'imposer doucement. La Toussaint venant aurait pu faire l'effort d'emmener les 150 vers les frimas. Je me souviens juste d'un déjeuner en t shirt un 30 octobre l'air nigaud et partageant en ligne des clichés qui pourraient bien paraître indécents en 2050 vu ce qu'on nous envoyait dans la figure toutes les 3 semaines.

 

Le tirage au sort fait son œuvre une nouvelle fois la semaine suivante et me donne le droit d'interroger Nicolas Hulot que les 150 ont plébiscité et réclamé lors de la première séance. 

Après une session II destinée à approfondir les connaissances, donner des chiffres, faire des projections, la CCC a besoin d'être embarquée, de se mettre en mouvement, soudée puissante et véloce. Dans l'hémicycle on remarque plus de monde désormais. Parlementaires, presse, passionnés de la démocratie participative, chercheurs, les rangs sont plus denses… on vient voir les 150. A la cantine une personne bien implantée dans les institutions de la république me glisse que nous n'avons peut-être pas à accepter la présence de ces pros de la politique qui viennent de plus en plus épier ce qui passe le week end sur leurs sièges attitrés, observer des citoyens en baroud d’honneur œuvrant pour une poignée d'euros. 

Une réunion est organisée à midi le vendredi. Elle est destinée à définir toujours de la manière la plus équitable quelles questions nous poserons à l'ex ministre de la transition. J'hérite avec joie de l'avant dernière question sur la cohérence entre capitalisme et transition. Malheureusement l'oracle tant attendu n'aura pas vraiment de réponse à ma question tout juste digne d'un élève de terminal au cheveux gras.

La veille on me demandait sur mon téléphone "Alors prêt pour Hulot ?", plus ému par le message que la rencontre on pouvait croire à l'arrivée de Beyonce sur les épaules de Maradona peignant la Joconde.

Face aux 150 l'introduction est magistrale, vraie, dense, intense comme tout ce que les citoyens semblent vivre à force de travailler ensemble. A part la sincérité, l'intégrité, la trouille, l'amour ou Iggy Pop peu de chose peuvent sonner aussi juste que ces quelques minutes balançant dans les cordes les effets de manche de tous ceux qui ont tenté de nous rentrer dedans depuis un mois. L'impression de revoir l'avant dernier concert de Nirvana à Grenoble en 1994. Hulot nous choc avec délicatesse et nous brise sans peine, il galvanise nos positions de chouans, offre de l'espoir au cœur d'une bataille perdue arguant que les petits pas ne servent en rien et nous souhaitant bienvenue dans la complexité. 

Les questions, la scène, la redif tv en ligne, c’est impressionnant. Les citoyens vivent ensemble ces instants avec une intensité palpable. Les sièges en velours rouge du CESE et l'espace confortable qui les distingue semblent se rapprocher et transpirent la ferveur d'un pack français galvanisé ; lorsqu’ils jouent bien ensemble les français sont imbattables.

La presse est impressionnante à la sortie de l'ex ministre. Il aura soudé les ambitions de beaucoup en quelques heures, fini de nous convaincre non pas que nous étions enfermés avec le CO2 mais que c'est lui qui était enfermé avec nous. 

Depuis septembre où la magie du tirage avait ouvert les porte du CESE aux 150 afin de rencontrer le petit monde du CO2 et des GES, la machine à complexité décrite par Nicolas H s'était mise en route et roulait comme on roulerait le coude à la portière dans l’univers à la Mad Max qu’on nous promettais après l’effondrement ; c'est à dire comme des furieux et no limite. Contact, rencontre, les groupes, la baffe, la claque et la découverte de problématique en cascade, comme si à chaque question posée une flopée de tiroirs était prêts à s'ouvrir à nous. Les experts dans nos groupes respectifs nous avaient nourris, mis en situation, coaché, et finalement lâché comme des brutes épaisses face aux GES.

G et son accent bordelais désarmant, Y et ses interventions reconnaissables sur toutes les barricades, I et l'envie d'en découdre même à  la pause , A perchée sur ses talons rouge et sur-armée avec des km de pages d'étude ingurgitées… le bric à brac à la française face à la chute de l'humanité, nous étions les Marvels, super-héros citoyens entre Jaurès et Léon Blum.


 Face à Xerxès au défilé des Thermopyles les spartiates étaient 300. Toujours pour une histoire de pierres chaudes cette fois ci les citoyens seraient 150.

 

 

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