Elections européennes : quel bilan ? (I)

Le 5 juin 2014, Libération écrit « Obama méconnaît les institutions européennes : "Bienvenue au club", lui dit Cameron ». Mais s'il est vrai que les structures de l'Union Européenne se sont progressivement alourdies, la situation est encore pire sur le plan politique. Notre article de ce jour « Elections européennes : ce que les Français ont rejeté (I) », aborde précisément un aspect essentiel de cette impasse évidente : la révolte croissante des citoyens contre la dégradation économique et sociale qui ne cesse de s'aggraver depuis trois decennies. Au point que dans le cas de la France, les partis de la « gauche radicale » sont à présent dépassés. Mais est-ce vraiment étonnant, si on pense à ce qu'a été la politique française depuis les années 1980 ? La réalité est que les antécédents politiques de cette « gauche radicale » avaient de quoi susciter la méfiance des électeurs qui, en désespoir de cause, ont exprimé leur détresse par d'autres conduits. En Espagne, où la crise électorale a été également très profonde, des partis nouveaux ont émergé. La décadence des partis dominants, à commencer par le couple PPE-SD (Parti Populaire Européen - Socialistes et Démocrates) est un élément particulièrement fort de cette crise qui en France n'a pas, non plus, épargné la « gauche de la gauche » traditionnelle. Quel bilan historique peut-on en dresser ?


Dans notre article du blog La Science au XXI Siècle « Elections européennes : ce que les Français ont rejeté (I) », http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2014/06/05/elections-europeennes-ce-que-les-fracais-ont-rejete-i-49991.html , nous écrivons notamment :

Le 5 juin 2014, Michel Rocard publie dans Le Monde une tribune intitulée « Amis Anglais, sortez de l’Union européenne mais ne la faites pas mourir ! ». Après une longue liste de rappels historiques non dépourvus de graves inexactitudes, l'auteur reproche aux dirigeants britanniques de ne pas soutenir la candidature de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne. France TV Info écrit à ce sujet « Michel Rocard demande aux Britanniques de "partir" de l'Union européenne », et RTL « Michel Rocard à Londres : "Partez de l'UE avant d'avoir tout cassé" ». A son tour, Le Figaro commente « Rocard plaide pour le conservateur Juncker » et rapporte en même temps « Union européenne : Merkel prend la défense de Cameron » faisant état de cette déclaration de la chancelière allemande : « Il est tout sauf mineur que la Grande-Bretagne reste dans l'Union ». La crainte d'une éventuelle victoire du non au référendum britannique prévu pour 2017 est bien réelle après le résultat des dernières élections au Parlement européen. La Tribune analyse « Présidence de la Commission européenne : le jeu risqué des chefs d'Etat », à propos de la possible intervention de ces derniers dans la désignation du prochain président de la Commission Européenne. En même temps, Atlantico annonce « Zone euro : la Commission européenne et la BCE donnent leur feu vert à l’entrée de la Lituanie ». Le salaire minimum de la Lituanie est de l'ordre de 300 euros mensuels. 7 sur 7 interroge à son tour « L'Albanie candidate à l'UE ? », suite à la recommandation favorable émise par la Commission européenne. Le salaire minimum de l'Albanie est très bas d'après le taux de change officiel. De toute évidence, les milieux d'affaires poussent à une intégration européenne rapide avec un vaste « marché de la main d'oeuvre » allié à la stratégie de concurrence et de privatisation des services publics. Mais précisément, cette politique aux conséquences de plus en plus graves a largement contribué au rejet populaire qui s'est clairement exprimé lors des récentes élections européennes. La stagnation d'une coalition à façade « radicale » comme le Front de Gauche qui n'a point profité de cette évolution peut, dans un tel contexte, être analysée comme la sanction populaire de ses ambiguïtés en la matière. Notamment, à l'égard de l'Union Européenne elle-même et de l'euro. Un examen des programmes proposés par ces courants politiques paraît fort éclairant en ce qui concerne le sens réel du vote populaire du 25 mai dernier.

(fin de l'extrait)

Notre article analyse par la suite une partie du programme exposé sur les sites du Parti de Gauche et du Parti Communiste. Il paraît évident que les tentatives, de la part des coupoles de ces partis, de préserver au maximum l'Union Européenne, la Banque Centrale Européenne, l'euro et la zone euro... ont été jugées excessives par les électeurs en détresse. Un tel sentiment semble s'être ajouté aux soupçons que les citoyens pouvaient alimenter sur la base de la trajectoire des dirigeants de ces courants politiques.

En effet, qu'il s'agisse du Parti Communiste français (PCF) ou d'Europe Ecologie Les Verts (EELV), il paraît difficile d'oublier leur participation au gouvernement de Lionel Jospin en 1997-2002, avec un record de privatisations, des accords européens de casse sociale et institutionnelle (Bologne, Lisbonne, Barcelone), une loi de démolition des services publics et de la fonction publique telle que la Loi Organique Relative aux Lois de Finances d'août 2001 (LOLF) ... Il en est de même de Jean-Luc Mélénchon, qui a fait partie du gouvernement de Lionel Jospin entre mars 2000 et la débâcle des présidentielles de 2002. A présent, la population française fait lourdement les frais de cette politique.

Et quel bilan tirer de la participation récente d'EELV au gouvernement de François Hollande et Jean-Marc Ayrault ? La sanction électorale a été particulièrement lourde pour ce parti qui avait obtenu 16.28% des voix en 2009. Précisément, la direction d'EELV était particulièrement connue pour ses prises de position très favorables à la « construction européenne ».

 

Mais sans doute, le vote du 25 mai reflète aussi le désespoir global des électeurs français devant l'ensemble de ces « gauches », PS compris, qui depuis les années 1970 n'ont cessé de promettre le bonheur pour ensuite pratiquer la casse sociale de la même façon que les « droites »  et les  « centres ». Telle était, de notre modeste point de vue, la véritable impasse électorale du 25 mai dernier.

Rappelons qu'en 1972 fut signé le Programme Commun par le Parti Communiste, le Parti Socialiste et le Parti des Radicaux de Gauche avec, pour les militants et les électeurs, la promesse de grands changements en cas de victoire électorale. En 1971, François Mitterrand était devenu le premier secrétaire du Parti Socialiste (PS). La facture de cette stratégie fut très lourde pour le PCF, devancé progressivement par le PS sur le plan électoral et qui, après avoir perdu un quart de ses électeurs lors des présidentielles de 1981 (candidature de Georges Marchais, 15.35%), se retrouva en 1988 avec 6.76 % des voix (candidature d'André Lajoinie) largement dépassé par le Front National (FN) dont le candidat Jean-Marie Le Pen obtint 14.38% des suffrages.

Mitterrand avait offert au FN depuis 1982 une forte publicité préparant sa montée électorale. Voir, à ce sujet, l'ouvrage La main droite de Dieu, Seuil 1994, dont un extrait est acessible à l'adresse http://michel.delord.free.fr/maindroite.pdf. L'ouvrage La main droite de Dieu rappelle aussi le passé politique de François Mitterrand, que les dirigeants et militants du PCF du début des années 1970 ne pouvaient pas ignorer.

Pourquoi, dans ce cas, avoir conclu une telle alliance ? Si Mitterrand disposait d'appuis certains dans les milieux d'affaires, la direction du PCF y laissa sans doute sa crédibilité auprès d'une partie des militants et de son électorat. Ce fut le début d'une dégringolade devenue irréversible. 

Et si une fois élu à la Présidence de la République en 1981, Mitterrand accorda d'abord quelques réformes le temps de calmer le mouvement revedicatif  et de consolider son pouvoir, cette politique provisoire s'inversa très rapidement.

Dès mars 1983, la « rigueur » était mise en place sous l'impulsion de Jacques Delors, alors ministre de l'Economie et des Finances. En juillet 1984, après une fort mauvais résultat électoral aux élections européennes (11.20%), le Parti Communiste quittera le gouvernement à l'occasion du remplacement de Pierre Mauroy par Laurent Fabius à Matignon.

A présent, le Front de Gauche a pu convaincre un peu plus de 6% des votants. Dans les années 1970, le Parti Communiste pouvait compter sur un cinquième des électeurs : 20% aux élections législatives de 1968, 21.3% en 1973, 20.61% en 1978, descendus à 16.13% en 1981 après l'élection de François Mitterrand. A quoi aura servi la politique d'alliances successives avec le PS, y compris la participation au gouvernement Jospin en 1997-2002 ?

 

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