Dérives de la Science : comment y rémédier ? (II)

Le 10 août, Le Point interroge « SONDAGE. François Hollande, la fin de l'état de grâce ? », alors que France TV souligne « Seuls 17% des Français trouvent que les choses changent en bien ». Doit-on s'en étonner ? François Hollande est un représentant de la politique qui, depuis une trentaine d'années et tous gouvernements confondus, a progressivement conduit à la situation actuelle. La présente crise n'est d'ailleurs pas une simple crise financière, mais une débâcle beaucoup plus profonde de la société sans épargner aucun secteur d'activité. Nos articles récents « Dérives de la Science : comment y rémédier ? (I) » et « OPERA, neutrino : résultats rectifiés (II) » rappellent un certain nombre de problèmes actuels du monde scientifique, qu'il s'agisse de la prolifération de résultats erronés diffusés par les circuits les plus influents, les conflits d'intérêts dans les revues dites « avec comité de lecture », le lobbying des citations et de l'évaluation, le biais lobbiste dans l'attribution de la paternité d'idées originales... Malheureusement, on n'a pas vu l'equipe de François Hollande aborder ce type de problématique.

 

Hier, le Times Higher Education diffusait deux articles intitulés :

« Something rotten in the state of Spain, say whistleblowers »

« Research Intelligence - Citing to win as journals 'game' system »

qui viennent encore alourdir la note. Mais comment arrêter cette spirale ?

D'après le premier article, des critiques dénoncent une « culture du copinage et de la corruption » qui se serait installée dans le milieu universitaire espagnol. Rien de moins. Nous aborderons cette situation dans un article ultérieur.

Le deuxième article décrit l'une des formes que revêt le lobbying des citations : l'autocitation par les revues, où chaque article cite un maximum d'autres articles parus dans la même revue. Mais la pratique des citations en réseau cherchant à favoriser des groupes de personnes, des programmes scientifiques, des réseaux autres que des revues... est encore plus fréquente.

A y regarder de près, la critique des dysfonctionnements des revues dites « avec comité de lecture » s'est développée de manière fort opportuniste au moment où les prix de ces revues ont dépassé les possibilités financières des établissements scientifiques. Mais la réalité est que ces problèmes sont anciens, même s'ils n'ont pu que s'aggraver avec la concurrence et la course au lobbying et aux réseaux déclenchés par la crise financière. Il s'agit donc d'une crise très profonde dont sont largement responsables, non seulement ceux qui retrouvent visés par les critiques mais aussi ceux qui à présent se plaignent.

Et quelles « solutions » sont proposées ? On parle, par exemple, de libre accès aux articles pour court-circuiter les prix de plus en plus élevés des revues marchandes. Mais en général, les groupes qui avancent ces propositions n'entendent pas renoncer au contrôle effectif de la censure des articles. Les revues restent alors des instruments de pouvoir au service de milieux restreints. Le système des revues marchandes conventionnelles convenait très bien à ces lobbies tant que les institutions avaient les moyens de payer les abonnements. Ce dont les maisons éditoriales ont largement profité, au détriment de ceux qui financent la recherche.

En clair, une partie des lobbies qui s'étaient installées depuis longtemps à l'ombre des revues marchandes avec « comité de lecture », dont ils contrôlaient la politique éditoriale, recherche à présent des solutions pratiques devant les difficultés financières rencontrées par les institutions. Mais cette démarche se fait dans une logique de préservation du pouvoir que procure le contrôle de la politique éditoriale. Sur le fond, rien ne change vraiment. Traditionnllement, les revues privées marchandes se sont substituées de fait à l'évaluation scientifique institutionnelle par le baiais des critères bibliométriques. L'évaluation du travail des chercheurs est ainsi passée sous le contrôle d'éditeurs privés et de personnes désignées par eux.

Comment sortir de l'impasse actuelle ? D'abord, de toute évidence, par la critique sans concessions et dans la transparence d'un long passé de dysfonctionnements que le corporatisme des plus puissants a toujours cherché à préserver de cette critique.

Sortir de l'esprit « de groupe » et de l'esprit « maison », voici la principale exigence mais aussi la principale difficulté pour entreprendre une véritable autocritique constructive.

 

Au sujet des pratiques publicitaires foireuses et de la distorsion par le lobbying de l'attribution de la paternité d'idées originales, rappelons encore cet extrait de notre article « Boson de Higgs : l'occasion d'une réflexion éthique » :

(...)

Et que penser du fiasco de l'incroyable opération publicitaire montée autour du prétendu neutrino supraluminal de la collaboration OPERA, dont le résultat sur la mesure de vitesse vient d'être formellement rectifié ? Voir : http://arxiv.org/abs/1109.4897

Ou du silence gardé par les instances du CNRS, sollicitées depuis deux ans et demi, au détriment de notre collègue Luis Gonzalez-Mestres dans l'affaire du livre de Lee Smolin Rien ne va plus en physique !, évoquée dans nos articles :

Gonzalez-Mestres, Glashow, Smolin, relativité... (I)

Gonzalez-Mestres, Glashow, Smolin, relativité... (II)

Lee Smolin, CNRS, crise et critique des institutions (I)

(...)

(fin des extraits de notre article « Boson de Higgs : l'occasion d'une réflexion éthique »)

 

Des questions préoccupantes, et qui se manifestent même dans l'attribution de la paternité du boson dit de Higgs, dans celle de la loi dite de Hubble ignorant le travail de Georges Lemaïtre , ou dans celle de la relativité restreinte attribuée à Albert Einstein au détriment d'Henri Poincaré. A présent, ces problèmes se généralisent dans un contexte de lobbying et de conflits d'intérêts.

(fin de l'extrait)

 

Voir aussi nos articles :

Dérives de la Science : comment y rémédier ? (I)

Henri Poincaré : centenaire de sa mort (I)

Henri Poincaré : centenaire de sa mort (II)

Henri Poincaré : centenaire de sa mort (III)

Henri Poincaré : centenaire de sa mort (IV)

Henri Poincaré : centenaire de sa mort (V)

OPERA, neutrino : résultats rectifiés (I)

OPERA, neutrino : résultats rectifiés (II)

Boson de Higgs : l'occasion d'une réflexion éthique

Boson de Higgs : la version de Peter Higgs

OPERA, crise du neutrino, éthique des Sciences (I)

Frères Bogdanoff, CNRS, OPERA (I)

Frères Bogdanoff, CNRS, OPERA (II)

Boson de Higgs, "particule Dieu", "pensée de Dieu"...

Vitesse de la lumière, OPERA et superbradyons (I)

Vitesse de la lumière, OPERA et superbradyons (II)

Vitesse de la lumière, OPERA et superbradyons (III)

CNRS, OPERA, Einstein, Poincaré, Lorentz, relativité

Relativité, cosmologie, échelle de Planck... (I)

Relativité, cosmologie, échelle de Planck... (II)

L'Ile logique, à Jussieu du 1er au 3 juin

Vers un Wall Street scientifique ? (I)

Vers un Wall Street scientifique ? (II)

Gonzalez-Mestres, Glashow, Smolin, relativité... (I)

Gonzalez-Mestres, Glashow, Smolin, relativité... (II)

Lee Smolin, CNRS, crise et critique des institutions (I)

Hubble - Lemaître : plagiat et omertà ? (I)

Hubble - Lemaître : plagiat et omertà ? (II)

Y a-t-il une "menace Bogdanoff" ? (I)

Bogdanoff et parquet versus Riazuelo : le jugement (I)

Frères Bogdanoff, Wikipédia et désinformation "encyclopédique"

Impure Science, de Robert Bell

AERES, ANR et revues avec "comité de lecture" (I)

AERES, ANR et revues avec "comité de lecture" (II)

AERES, ANR et revues avec "comité de lecture" (III)

AERES, ANR et revues avec "comité de lecture" (IV)

AERES, ANR et revues avec "comité de lecture" (V)

Coût de la connaissance et avenir du CNRS (I)

Coût de la connaissance et avenir du CNRS (II)


Indépendance des Chercheurs

indep_chercheurs@yahoo.fr

http://science21.blogs.courrierinternational.com

http://www.mediapart.fr/club/blog/Scientia

Groupes de discussion :

http://groups.yahoo.com/group/problemes_des_scientifiques

http://groups.yahoo.com/group/combatconnaissance

 

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