Pinar Selek et la liberté d'enquête

Le 11 juin 2014, Dernières Nouvelles d'Alsace annonce « Pinar Selek : la Ville de Strasbourg salue la décision prise par les magistrats turcs », suite à la décision de la Cour de cassation turque d'annuler la peine de réclusion à perpétuité infligée à la sociologue du même pays actuellement réfugiée à Strasbourg. Notre article de ce jour sur le blog La Science au XXI Siècle « Pinar Selek : à Ankara, la suite de ses procès (II) » souligne, comme d'autres sources, l'importance de cet arrêt pour la liberté de la recherche de même que pour les droits et libertés fondamentaux. Pinar Selek n'ayant en réalité été « coupable » que de vouloir enquêter sur des mouvements opposés au régime en place et réprimés par celui-ci. A la lumière des éléments rendus publics, on peut craindre que comme dans l'Espagne franquiste, le simple fait de s'intéresser à une opposition persécutée et d'établir des contacts avec elle dans des buts d'enquête n'ait été considéré dans la pratique comme un délit. Le constat de nombreuses irrégularités dans la procédure dressé par le Cour de cassation turque ne peut que conforter cette analyse. Mais l'affaire n'est pas encore terminée, le dossier ayant été renvoyé à une autre Cour d'assise. Jusqu'où durera cette véritable persécution, en théorie pour des faits survenus en 1998 et avec lesquels intéressée nie tout rapport, que Pinar Selek endure depuis juillet de la même année ? Seize ans déjà,  avec de la prison, de la torture... dans un Etat candidat à l'adhésion à l'Union Européenne.

 

Seize ans de souffrances jusqu'à la torture, pour une simple enquête sociologique jugée « indésirable » ? Dans notre article « Pinar Selek : à Ankara, la suite de ses procès (II) », http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2014/06/11/pinar-selek-a-ankara-la-suite-de-ses-proces-ii-50001.html , nous écrivons notamment :

Le 11 juin 2014, un article de Rue89 annonce « Sa condamnation annulée, Pinar Selek fatiguée », faisant état de la décision de la 9ème cour de cassation d’Ankara qui a annulé la condamnation à la prison à vie de la sociologue turque actuellement réfugiée à Strasbourg. Comme rappelé dans notre article « Pinar Selek : à Ankara, la suite de ses procès (I) » , cette condamnation avait été prononcée en 2013 avec le grief d’avoir participé en 1998 à un prétendu attentat avec lequel l'intéressée nie toute relation. Le SNESup déclare : « Une victoire pour la liberté de recherche et le droit ». En effet, c'est avant tout un travail d'enquête sur des sujets dérangeants qui semble avoir été tacitement reproché de manière récurrente à Pinar Selek à en juger par les informations diffusées. Peut-on admettre un tel mode de fonctionnement de la part d'un pays candidat à l'adhésion de l'Union Européenne avec des négociations en cours dans de nombreux domaines ? Pire : ce jugement en cassation ne met pas fin aux procédures. L'affaire est tout simplement renvoyée à une nouvelle Cour d’assise, la Cour de cassation ayant estimé que la procédure précédente était trop entachée d'illégalités. La bataille de longue haleine devra donc se poursuivre. Le soutien collectif à Pinar Selek est plus que jamais indispensable.

(fin de l'extrait)

Pourtant, la Turquie est candidate depuis 1987 à l'adhésion à l'Union Européenne (UE) dont elle est membre associé, et a signé un accord d'union douanière en 1995.

La Turquie a été officiellement reconnue comme candidate à l'adhésion à l'UE en 1999 alors que Pinar Selek se trouvait en prison, et les négociations ont commencé en 2005. La procédure d'adhésion ne semble pas avoir été à ce jour interrompue.

 

On peut lire en même temps sur le site de l'Union Européenne, à propos des négociations en vue de l'adhésion de la Turquie http://ec.europa.eu/enlargement/countries/detailed-country-information/turkey/index_fr.htm :

Les négociations d'adhésion ont été ouvertes en 2005, mais huit chapitres ne seront pas ouverts et aucun autre ne sera clos tant que la Turquie n'aura pas accepté d'appliquer à Chypre le protocole additionnel à l'accord d'association d'Ankara.

(fin de l'extrait)

Dans la liste des chapitres de négociations ouverts, on trouve : Libre circulation des capitaux, Droit des sociétés, Droit de la propriété intellectuelle, Société de l'information et médias, Sécurité alimentaire et politiques vétérinaire et phytosanitaire, Fiscalité, Statistiques, Politique d'entreprise et politique industrielle, Réseaux transeuropéens, Environnement, Protection des consommateurs et de la santé, Contrôle financier, Politique régionale etcoordination des instruments structurels. Le chapitre Science et recherche est présenté comme provisoirement clos.

Mais qu'en est-il des droits et libertés fondamentaux ?

 

Voir aussi nos articles (cliquer sur chaque titre) :

Pinar Selek : à Ankara, la suite de ses procès (I)

Pinar Selek : à Ankara, la suite de ses procès (II)

Un triste 1er Mai pour les secteurs populaires

 

Indépendance des Chercheurs

indep_chercheurs@yahoo.fr

http://science21.blogs.courrierinternational.com

http://www.mediapart.fr/club/blog/Scientia

Groupes de discussion :

http://groups.yahoo.com/group/problemes_des_scientifiques

http://groups.yahoo.com/group/combatconnaissance


Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.