A l'approche de la Fête de la Science, les organisations syndicales de la recherche publique et de l'enseignement supérieur appellent à des mobilisations. Mais quel doit en être le contenu ? Notre article récent « Le décret Fioraso sur les enseignants-chercheurs (II) » dénonce une situation où « la détresse citoyenne est évidente et pas seulement en France, alors qu'une petite minorité nage dans l'abondance ». La marchandisation de l'éducation et de la recherche, dont certains tirent des bénéfices considérables, est une conséquence directe de la stratégie de Lisbonne adoptée sous la « gauche plurielle » de Lionel Jospin il y a bientôt quinze ans. A présent, ce n'est pas la propagande gouvernementale sur la « culture entrepreneuriale » qui résoudra les problèmes économiques du pays liés à la « libre circulation des capitaux et des marchandises » imposée dans le cadre de l'Union Européenne et de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). L'actuel système capitalisme mondialisé comporte la mise en concurrence des populations, des salaires, des standards sociaux... Or, depuis les années 1980, les différents gouvernements français, toutes façades politiques confondues, n'ont fait que développer et appliquer cette stratégie de casse sociale. C'est dans ce contexte, que les organismes publics de recherche sont marginalisés et placés sous une dépendance croissante à l'égard du secteur privé, alors que les universités se trouvent confrontées à un processus de privatisation accélérée. La précarité des emplois est l'une des conséquences de cette évolution programmée, dont fait également partie la privatisation du secteur industriel public. Tel nous semble être le message essentiel qui doit être transmis aux citoyens à l'occasion de la Fête de la Science. Le contenu devant être prioritaire par rapport aux mises en scène spectaculaires mais porteuses d'une simple « ça ne va pas ».

 

Notre article « Le décret Fioraso sur les enseignants-chercheurs (II) » souligne notamment :

http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2014/09/14/le-decret-fioraso-sur-les-enseignants-chercheurs-ii-50210.html

(...) S'agissant du Décret n° 2014-997 du 2 septembre 2014 « modifiant le décret n° 84-431 du 6 juin 1984 fixant les dispositions statutaires communes applicables aux enseignants-chercheurs et portant statut particulier du corps des professeurs des universités et du corps des maîtres de conférences » , notre article du 6 septembre « Le décret Fioraso sur les enseignants-chercheurs (I) » avait fait état de la réaction très critique de la fédération FERC Sup CGT. Plus récemment, le SNESUP-FSU a également dénoncé le contenu de ce décret, l'un des premiers du nouveau gouvernement. Clairement, la politique générale de « réformes » antisociales de François Hollande et Manuel Valls apparaît aussi dans ledit décret de Geneviève Fioraso sur les enseignants-chercheurs. La Fête de la Science devrait être l'occasion d'une large campagne d'explication à l'adresse des citoyens. (...)

(fin de l'extrait)

Mais quel doit être le contenu de cette campagne d'explication ? Dans Recherche, enseignement supérieur, "austérité"... (I), nous écrivons :

http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2014/09/14/recherche-enseignement-superieur-austerite-i-50211.html

(...) Réagissant à cette évolution passée, présente et déjà anticipée, une déclaration intersyndicale du 12 septembre porte le titre « Contre l'austérité renforcée dans l'enseignement supérieur et la recherche publique. Multiplions les initiatives de résistance ! ». Une réaction très logique et légitime, mais qui nous semble nécessiter également une dénonciation claire et ouverte des causes profondes de cette situation, dans l'esprit notamment de la campagne d'information citoyenne que nous réclamons depuis bientôt six ans. Impossible, en effet, de passer sous silence devant l'ensemble de la population le rôle décisif de la mondialisation du capitalisme et les effets pervers de la privatisation de l'économie. (...)

(fin de l'extrait)

Et pourquoi les mobilisations en France devraient-elles se borner à viser le gouvernement sans jamais mettre clairement en cause les instances supranationales et leur stratégie globale au service des milieux d'affaires ?

Au cours des trois dernières décennies, la France a souvent connu des « alternances » gouvernementales. Mais en qui l'essentiel de la politique a-t-il changé ? Clairement, le véritable problème est plus profond que ce que cherchent à nous faire croire les déclarations politiciennes de façade.

 

Quant au monde politique actuel en France, notre article du 7 septembre « Trierweiler, l'ENA, HEC et le gouvernement » expose :

(...) Il apparaît notamment qu'aucun membre du gouvernement ne possède, à l'instar de François Hollande, à la fois des diplômes de l'Ecole Nationale d'Administration (ENA) et des Hautes Etudes Commerciales (HEC). Mais Fleur Pellerin détient des diplômes de l'ENA et de l'ESSEC Business School. Cinq ministres et un secrétaire d'Etat sont des énarques, de même que le candidat à la Commission Européenne Pierre Moscovici. Personne ne semble détenir un diplôme des HEC ou avoir été reçu à l'Ecole Polytechnique. On constate surtout un défaut général d'études dans des domaines scientifiques tels que la Physique ou la Chimie, de formations de technicien ou d'ingénieur, ou encore dans le domaine de la santé sauf pour deux médecins secrétaires d'Etat. De même, on ne trouve pas des ouvriers, ni des syndicalistes, ni des artisans... dans ce gouvernement de « gauche » où les études dominantes de ses membres ont pour l'essentiel un caractère politique et « gestionnaire ». En moyenne, les membres du gouvernement ne possèdent pas des diplômes vraiment « élitistes » en ce qui concerne leur niveau. En revanche, leurs études et parcours semblent souffrir d'un profil très monocorde lié à une professionnalisation politique ou « gestionnaire » précoce et aux choix des coupoles dirigeantes du pays et des partis concernés. (...)

(fin de l'extrait)

Suit un bref parcours des diplômes et du curriculum professionnel de chacun des membres du gouvernement, suivi du commentaire :

Que penser d'une telle composition gouvernementale et des diplômes des ministres et secrétaires d'Etat ? Le nombre des docteurs n'est pas très élevé. A-t-on affaire, pour l'essentiel, à un gouvernement « d'élites » ou à des exécutants d'une stratégie pré-établie imposée à un niveau plus global, via notamment l'Union Européenne et l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ?

(fin de citation)

Notre article a-t-il inspiré l'ancienne ministre déléguée Michèle Delaunay ? On peut lire aujourd'hui dans Libération l'article : « Michèle Delaunay pointe les élus coincés dans le "tunnel" », qui dénonce d'emblée :

http://www.liberation.fr/politiques/2014/09/15/michele-delaunay-pointe-les-elus-coinces-dans-le-tunnel_1100789

(...)

Après avoir brillamment réussi ses études à Sciences-Po, le jeune étudiant intègre la fonction publique, ou le cabinet d’un élu, avant d’être parachuté dans une circonscription facile, sous le regard bienveillant «d’un mentor», et d’y rester implanté pour plusieurs mandats, en les cumulant bien évidemment.

(...)

(fin de l'extrait)

et renvoie à l'article du 13 septembre sur le blog de Michèle Delaunay « Le tunnel, ou comment faire carrière sans mettre un pied dans la vraie vie » .

Précisons qu'en réalité, le diplôme de Sciences Po n'est pas nécessaire pour accéder à une carrière politique et gestionnaire rapide. Notre examen de la composition des membres du gouvernement met en évidence que le phénomène est plus général. Mais ce constat fait apparaître l'un des facteurs actuels de la coupure entre le monde politique et la population. Chercheurs et enseignants-chercheurs sont marginalisés de la même façon.

A noter également que, étant fille d'un préfet de la Gironde, mariée à un haut fonctionnaire du Conseil de l'Europe (actuellement à la retraite) et devenue elle-même responsable d'unité au CHU de Bordeaux, Michèle Delaunay ne peut pas valablement apparaître comme représentant le « citoyen moyen ».

 

Voir aussi nos articles (cliquer sur chaque titre) :

Le décret Fioraso sur les enseignants-chercheurs (I)

Le décret Fioraso sur les enseignants-chercheurs (II)

Trierweiler, l'ENA, HEC et le gouvernement

Université, recherche : la politique Fioraso, toujours contestée (I)

CNRS, science, recherche, société... (I)

Un triste 1er Mai pour les secteurs populaires

Geneviève Fioraso et l'immobilisme gouvernemental (I)

Université et recherche : réunion et pétition

Universités, recherche : 8000 signataires contre la politique actuelle

Recherche, universités, suicides d'agents... (I)

CNRS, IRSTEA, INSERM... la crise s'aggrave (I)

CNRS, IRSTEA, INSERM... la crise s'aggrave (II)

CNRS, recherche publique : la manifestation du 24 juin

CNRS, emploi, hiérarchies, privatisation... (I)

CNRS, emploi, hiérarchies, privatisation... (II)

CNRS, burn-out, suicides... (I)

CNRS, élections CA : nouveau record d'abstention

CNRS, élections CS : nouveau record d'abstention

CNRS, "managérisation" de la recherche et sous-traitance de l'évaluation scientifique

CNRS et crise des hiérarchies scientifiques (I)

CNRS et crise des hiérarchies scientifiques (II)

 

Indépendance des Chercheurs

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http://science21.blogs.courrierinternational.co

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