La vie au quotidien devient de plus en plus difficile pour une large majorité de la population des pays de l'Europe occidentale. Les chercheurs, enseignants, étudiants... n'échappent pas à cette évolution dans le sens d'une précarité croissante. En France, les fonctionnaires titulaires deviennent ouvertement une cible après la casse du Code du travail. En même temps, des milieux influents de la société actuelle cumulent des revenus de plus en plus élevés. Les PDG nous en fournissent un très modeste exemple parfois évoqué par les médias. Mais ce système, basé sur la mondialisation du capitalisme, se trouve en crise permanente depuis trois décennies au cours desquelles la situation n'a cessé de s'aggraver. Le scandale de Volkswagen constitue une illustration inattendue de la nature et l'évolution de cette crise. Nos articles « Volkswagen et la crise du capitalisme » (I) et (II) sur le blog La Science au XXI siècle ont évoqué cette problématique en rapport avec les dérives croissantes du capitalisme planétaire. Au même moment, la revue Nature diffuse un numéro spécial (Volume 525, No. 7569) avec à la une un dessin digne d'un film bon-marché de science-fiction représentant des scientifiques comme des combattants pseudo-futuristes et brandissant le slogan « Interdisciplinarity. Why scientists must work together to save the world ». Comment une revue scientifique qui se veut sérieuse peut-elle en arriver à diffuser ce genre de clichés ? Nature met d'emblée en avant l'énergie, l'eau, le climat, la nourriture et la santé. Mais précisément, de telles thématiques peuvent-elles être séparées du système économique et social en place ? De quoi faut-il « sauver le monde », si ce n'est précisément des dérives du capitalisme mondialisé auxquelles tous les citoyens doivent réagir ? S'agissant du climat, l'affaire de Volkswagen vient de mettre en évidence un rapport très direct entre la pollution et la crise permanente de ce capitalisme dominant. Ce n'est, malheureusement, qu'un cas précis découvert grâce à l'intervention d'une ONG.
(article censuré par les modérateurs du NouvelObs, initialement mis en ligne à l'adresse http://independancedeschercheurs.blogs.nouvelobs.com/archive/2015/09/24/scandale-wolkswagen-et-crise-du-systeme-569997.html le 24 septembre 2015 à 2h58)
L'article diffusé par Le Monde « Le PDG de Volkswagen quitte un groupe confronté à de sérieux défis » faisant suite au départ de Martin Winkertorn rapelle encore la « période complexe » que traverse le constructeur de voitures allemand et qui était déjà connue avant le scandale récent.
Précisément, dans le cas de Volkswagen, l'affaire récemment dévoilée du logiciel contournant les règles sur les émissions polluantes met en évidence une situation beaucoup plus grave. Les conséquences climatiques apportent une nouvelle dimension à l'avenir déjà incertain des ventes de voitures et aux problèmes de structure de la production soulignés par Le Monde.
Le climat, évoqué par Nature dans son appel pseudo-futuriste, est en réalité directement atteint par les pratiques de Volkswagen récemment découvertes. Une nouvelle fois, ce n'est qu'un exemple d'une situation qui concerne l'ensemble des citoyens et pas seulement les scientifiques, et face à laquelle des changements dans notre société constituent une première urgence.
Tout compte fait, les appels de Nature proposent-ils autre chose que la suite de l'embrigadement des scientifiques dans des « grands programmes » au service du système en place ?
Notre article « Volkswagen et la crise du capitalisme (I) » soulignait notamment http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2015/09/22/volkswagen-et-la-crise-du-capitalisme-i-51141.html :
(...) Le site gouvernemental de la United States Environmental Protection Agency (EPA) a mis en ligne la lettre recommandée adressé par l'EPA à Volkswagen AG, Audi AG et Volkswagen Group of America, Inc. Le logiciel mis en cause aurait eu pour rôle d'activer le dispositif antipollution de chaque voiture uniquement à l'occasion d'un contrôle. Le communiqué de presse de l'EPA s'intitule « Carmaker allegedly used software that circumvents emissions testing for certain air pollutants ». (...) TF1 interroge « Tromperie de Volkswagen aux Etats-Unis : quelle est l'origine de l'affaire ? » et rappelle les tests menés à terme en 2013 par l'ONG International Council for Clean Transportation (ICCT). (...) En Inde,un article d'opinion dans LiveMint analyse « Volkswagen’s diesel fraud goes beyond regulatory failure », et souligne que la mise en évidence des pratiques à présent imputées à Volkswagen a été au départ le fait de l'ICCT et non de l'EPA.
(fin de l'extrait)
De même, dans « Volkswagen et la crise du capitalisme (II) » nous écrivions http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2015/09/22/volkswagen-et-la-crise-du-capitalisme-i-51141.html
(...) Trois semaines plus tôt, alors que rien n'annonçait ce scandale auprès du public, Le Monde avait diffusé un article intitulé « Volkswagen : succès du jour, recette du passé » avec un inquiétant et saisissant tableau sur l'avenir de la firme. Il y est question de crise interne, « dynamique enrayée », « hypercentralisation » rassemblant la production de plusieurs marques et modèles, effondrement de marchés stratégiques (Chine, Russie, Brésil)... Toyota ayant également connu une importante baisse dans ses marchés. Est-ce autre chose qu'une manifestation, dans le domaine de l'automobile, de la crise permanente du capitalisme mondialisé comme déjà souligné dans notre article « Volkswagen et la crise du capitalisme (I) » ? Hier, un article publié par Le Figaro avec le titre « Scandale Volkswagen : le modèle allemand ébranlé », était précédé d'un résumé soulignant que pour l'auteur « le fonctionnement des grandes entreprises, et du capitalisme de manière générale, est souvent hypocrite ». Une question centrale étant la situation de l'être humain par rapport au dispositif capitaliste dans notre société. L'auteur souligne à juste titre que, pour le capitalisme, « l'être humain est une ressource comme une autre ». C'est vrai pour les travailleurs en tant que salariés, mais aussi pour les citoyens en tant que clients et usagers. Quant aux institutions publiques, elles se trouvent sous le contrôle d'un monde politique habitué à ce mode de fonctionnement.
(fin de l'extrait)
Quel argument peut-on opposer à cette mise en cause du capitalisme ?
Quant à l'énergie, l'eau, la nourriture, la santé... peut-on raisonnablement nier la forte influence du système économique et social dans l'évolution des problèmes qui les concernent ?
Avec le titre « L'eau potable et l'assainissement pour tous dans le monde en 2030 ! », un article diffusé par Le Huffington Post (blog d'Alain Boinet) reproduit une pétition de l'organisation Solidarités International adressée à la Secrétaire d’Etat chargée du Développement et de la Francophonie, Annick Girardin, et au secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon.
Le contenu d'une telle pétition, avec des constats tels que:
« Chaque année, 2,6 millions d’êtres humains perdent la vie, victimes des maladies hydriques (choléra, diarrhée, typhoïde, hépatite, ….), dont 1,5 million d’enfants de moins de 5 ans. »
témoigne par lui-même du rôle très négatif du système capitaliste et impérialiste depuis le XIX siècle. Avec, notamment, le lourd passé colonial et le bilan encore plus lourd de deux guerres mondiales suivies d'une série incessante de guerres locales et de coups d'Etat.
Voir aussi nos articles (cliquer sur chaque titre) :
Volkswagen et la crise du capitalisme (I)
Volkswagen et la crise du capitalisme (II)
Lois Macron, Moody's et gouffre sans fond
Code du travail, fonctionnaires, OCDE, lois Macron... (I)
Code du travail, fonctionnaires, OCDE, lois Macron... (II)
Indépendance des Chercheurs
http://science21.blogs.courrierinternational.com
http://www.mediapart.fr/club/blog/Scientia
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