Elections en Catalogne, capitalisme et peurs françaises

Pour quelle raison la perspective d'une éventuelle indépendance de la Catalogne peut-elle inquiéter à ce point les milieux d'affaires et le monde politique en Espagne, en France et ailleurs ? Tel est le sujet évoqué dans nos articles « La Catalogne, pays de langue d'Oc (IV) » et « La Catalogne, maillon faible du capitalisme mondialisé ? » sur le blog La Science au XXI Siècle. Jusqu'au dernier moment, le pression des médias espagnols et français sur les électeurs catalans a été évidente. Le monde politique a adopté le même comportement. Par tous les moyens, toutes sortes de catastrophes ont été annoncées aux Catalans en cas d'accès à l'indépendance. Si une telle attitude de la part des milieux dominants espagnols, directement concernés, ne saurait surprendre, le doublon français peut à première vue paraître étonnant. Mais l'est-il vraiment, compte tenu de la logique politique et institutionnelle qui s'est depuis longtemps imposée chez nous dans certains domaines, et tout particulièrement depuis la « grande expansion coloniale » initiée entre autres par Léon Gambetta et Jules Ferry ? Ne serait-il grand temps de faire évoluer les mentalités ? Au moment où nous écrivons cet article, les informations mises en ligne en Catalogne semblent indiquer une nette victoire des partisans de l'indépendance. L'occasion d'engager en France une réflexion positive.

 

Comment sont traitées en France les « langues minoritaires » ? L'image du pays dans ce domaine ne paraît guère flatteuse, à en juger par les données de l'UNESCO sur les langues menacées accessibles à l'adresse http://www.unesco.org/languages-atlas/fr/atlasmap.html

En réalité, la période de la « grande expansion coloniale » lancée par la « gauche » de l'époque fut aussi celle de la plus grande violence en matière de campagnes « d'éradication des patois ». Une véritable autosdestruction culturelle. Dans l'ensemble, la « gauche » française a développé pendant cette période une politique impérialiste et chauvine qui se solda par la Première Guerre Mondiale résultant des rivalités entre puissances européennes pour le contrôle de colonies et zones d'influence.

Le nationalisme et l'impérialisme des Etats dominants en Europe ont conduit, avec la première guerre mondiale, à une épouvantable autodestruction humaine, matérielle et morale, suite à laquelle les Etats-Unis sont devenus la première puissance planétaire.

Et si la Catalogne, bénéficiant d'un fort mouvement populaire, apportait une mentalité nouvelle permettant de dépasser définitivement les schémas chauvins ? Pays de langue d'Oc, la Catalogne se trouve étroitement liée par l'Histoire à l'actuel « Midi de la France ».

 

De même, la passivité du mouvement populaire français devant la casse sociale pratiquée depuis trois décennies, et tout récemment la démolition du Code du Travail et celle prévisible du statut des fonctionnaires, est sidérante. Mais force est de constater que même la « gauche de la gauche » a été impliquée dans cette casse sociale tout au long de la période Jospin.

Cette passivité est en réalité générale au sein de l'Union Européenne, où les reculs sociaux dans les pays de l'Europe occidentale sont consternants mais les mobilisations restent très faibles malgré les menaces de plus en plus graves qui se profilent à l'horizon. Un avenir qui s'annonce très inquiétant, si rien ne change dans les attitudes et mentalités.

Et si l'indépendance de la Catalogne venait sécouer ces inerties ?

 

En réalité, le mouvement populaire français n'a guère réagi devant la stratégie de mondialisation du capitalisme et de casse sociale associée instaurée depuis les années 1980, notamment avec l'Acte Unique Européen sous la présidence de Jacques Delors (février 1986) et la création ultérieure de l'Organisation Mondiale du Commerce. La passivité et la complicité directe des prétendues « gauches » se sont avérées néfastes pendant cette période.

Depuis, la stratégie de nivellement par le bas de salaires et standards sociaux à l'échelle planétaire n'a cessé de se poursuivre avec une collaboration directe de l'ensemble de la « classe politique » française, « gauche de la gauche » comprise. C'est sous Lionel Jospin, que le Millenium Round de Seattle a eu lieu en 1999. En mars 2000, la stratégie de Lisbonne a été adoptée, et les Accords de Barcelone lui ont fait suite juste avant les élections présidentielles de 2002.

Quant aux privatisations et délocalisations, elles n'ont fait que s'intensifier depuis la deuxième moitié des années 1980. Pourtant...

Face à une évolution de plus en plus catastrophique pour les acquis de la Libération et des décennies suivantes, le mouvement social français est resté faible et nullement à la hauteur de la situation depuis le tournant de 1985-86.

Et si la Catalogne devenait, précisément, un maillon faible du capitalisme mondialisé ?

Non seulement les électeurs catalans ont su résister aux pressions de la propagande ambiante (jusqu'à un déplacement dans l'urgence de Sarkozy à Barcelone pour soutenir en vain Rajoy et son parti), mais une formation considérée comme « d'extrême-gauche » favorable à l'indépendance, la Candidatura d'Unitat Popular, CUP,  http://cup.cat/ , obtient une dizaine de députés.


Voir aussi nos articles (cliquer sur chaque titre) :

La Catalogne, maillon faible du capitalisme mondialisé ?

La Catalogne, pays de langue d'Oc (I)

La Catalogne, pays de langue d'Oc (II)

La Catalogne, pays de langue d'Oc (III)

La Catalogne, pays de langue d'Oc (IV)

La Catalogne et l'espagnolisme chauvin post-franquiste

Moyen-Age, Inquisition, antisémitisme... (I)

Le CNRS, Vincent Geisser et le huit centième anniversaire de la Croisade Albigeoise

Frédéric Mistral : bientôt le centenaire (I)

Frédéric Mistral : le centenaire (II)

Lois Macron, Moody's et gouffre sans fond

Code du travail, fonctionnaires, OCDE, lois Macron... (I)

Code du travail, fonctionnaires, OCDE, lois Macron... (II)

Veritas Ipsa et les errances de la république coloniale

Jules Ferry, CNRS, universités et colonialisme (I)

Jules Ferry, CNRS, universités et colonialisme (II)

Jules Ferry, CNRS, universités et colonialisme (III)

Jules Ferry, CNRS, universités et colonialisme (IV)

Jules Ferry, CNRS, universités et colonialisme (V)

 

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