Bilderberg 2014 : un contexte difficile

La situation actuelle en Europe rend de plus en plus difficile pour les représentants des milieux dominants européens et nord-américains de définir une stratégie globale sans se heurter à une opposition croissante des populations de leurs propres pays. Les élections de la semaine dernière l'ont largement prouvé. Cette situation est à bien d'égards nouvelle, mais n'a rien d'étonnant vu la logique de la mondialisation du capitalisme. Sont en cause à présent les moyens dont peuvent disposer les stratèges du système pour contrôler malgré tout cette situation. Tel sera sans doute l'un des sujets centraux de la rencontre de Bilderberg qui commence demain à Copenhague deux jours après un Conseil européen de crise.

 

Dans notre article « Bilderberg 2014, cette semaine à Copenhague », sur le blog La Science au XXI Siècle, nous écrivons notamment :

http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2014/05/28/bildeberg-2014-cette-semaine-a-copenhague-49974.html

Un mois après la réunion annuelle de la Commission Trilatérale, tenue à Washington du 25 au 27 avril, aura lieu à Copenhague du 29 mai au 1er juin la réunion du groupe de Bilderberg sous la présidence du PDG d'AXA Henri de Castries. Si la liste des membres de la Commission Trilatérale en date du mois d'avril est publique, celle des participants à la rencontre de Bilderberg de cette année circule déjà. Sont annoncés parmi les participants français François Baroin, Christine Lagarde, Fleur Pellerin ou encore le secrétaire général adjoint de l'Elysée Emmanuel Macron. Il en est de même du secrétaire général de l'OTAN et du commandant en chef des forces de cette alliance. Ou encore, de la commissaire européenne Viviane Reding et d'un membre du directoire de la Banque Centrale Européenne. Comme d'habitude, les représentants des milieux d'affaires des deux côtés de l'Atlantique constituent la composante dominante. Le communiqué de presse fait également état d'une série de sujets à aborder au cours de cette rencontre. On peut prévoir que la situation en Europe et les projets de mise en place d'une grande zone économique transatlantique occuperont une place importante dans les débats. Précisément, les dernières élections européennes ont mis en évidence une opposition croissante aux projets de grands marchés évoqués dans nos articles « Assemblée Nationale, Traité transatlantique, OMC... (I) » et « L'Accord économique commercial global UE - Canada (I) ». De même, la mobilisation européenne en défense de la liberté de l'internet et de la neutralité du réseau contre les menaces décrites dans nos articles  « Parlement Européen, internet : plus que quelques heures », « Avenir de l'internet : lettre aux députés européens » et « Neutralité du net : le vote du Parlement Européen » dérange de toute évidence les grandes multinationales. Quant à la stratégie de démolition progressive des services publics, des droits des travailleurs et du niveau de vie de la population dénoncée notamment dans nos articles « Non à un SMIC européen ! », « Un triste 1er Mai pour les secteurs populaires » et « Union Européenne, mondialisation et gouffre » (I) et (II), elle se heurte de toute évidence à une résistance de plus en plus générale. Autant de problèmes pour les financiers et les représentants des grandes multinationales présents à cette rencontre, de même que pour les politiciens qui appliquent depuis longtemps leur stratégie. Ce qui vient s'ajouter aux nombreuses tensions internationales actuelles, à la montée des pays dits « émergents »... La situation devient de plus en plus complexe pour les « élites » réunies dans cette rencontre de Bilderberg. Où mèneront leurs débats, dans ce contexte de crise ?

Juste avant la rencontre de Bilderberg, un Conseil européen a eu lieu pour tenter de réagir aux résultats des dernières élections européennes. Les soucis de ces représentants des milieux dominants se retrouveront sans doute très largement dans la rencontre de Bilderberg qui commence demain.

De ce point de vue, il est intéressant d'examiner les déclarations de François Hollande avant et après ledit Conseil, même si de telles déclarations sont très largement de façade.

En effet, les « élites » européennes n'envisagent pas de changer vraiment leur politique. Mais trouver les mots pour rassurer vraiment les « petits citoyens » devient un exercice de plus en plus difficile. S'agissant de la France, le vote pour le Front National a-t-il été autre chose qu'un geste de détresse ?

(...)

(fin de l'extrait)

Suivent ce texte les deux interventions publiques de François Hollande avant et après le Conseil Européen du 27 mai :

http://www.elysee.fr/chronologie/#e6408,2014-05-27,conseil-europeen-5

 

En effet, François Hollande exprime ouvertement les soucis des hauts reponsables européens, non pas parce que ces responsables envisagent un changement de stratégie sur le fond, mais parce que la détresse croissante de la population d'un certain nombre de pays commence à les inquiéter sérieusement.

Hollande s'en prend d'emblée à « un électeur sur quatre qui se porte sur l’extrême droite, sur le Front national ». Précisément, le « nationalisme » et le « populisme » avaient déjà fait partie des thématiques de la rencontre de Bilderberg de 2013.

Mais Hollande « oublie » de préciser que, pour l'essentiel, la campagne électorale du Front National n'était pas basée sur une politique d'extrême-droite. Très habilement, le FN a largement emprunté ses propositions à d'autres partis.

 De même, François Hollande dénature la réalité lorsqu'il déclare à propos des « demandes qui se sont exprimées notamment lors de ces élections » : « La demande principale, c’est qu’il y ait plus de croissance, plus d’emplois et donc qu’il y ait une réorientation de la construction européenne ». Il fait ainsi l'impasse sur les salaires, les prestations sociales, la santé, le droit du travail, le niveau de vie de la population... Sa stratégie « pour l'emploi » consiste précisément à s'en prendre au « coût du travail » et aux acquis de la grande majorité de la population.

Mais qui, parmi les euro-partis majoritaires de l'Union Européenne, propose une autre politique ? Il s'agit là d'une question centrale, directement liée à la mise en place des « marchés de la main d'oeuvre » européen et planétaire au bénéfice des grandes multinationales et des milieux financiers.

Une analyse plus détaillée des propos tenus par François Hollande à propos du Conseil Européen de mardi, réuni sous une tension évidente, suivra dans de prochains articles.

 

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