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Billet de blog 29 mai 2015

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Cambadélis, Colau et la crise des partis "de gouvernement"

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Le 29 mai 2015, Le Monde écrit « Congrès du PS : un parti "recroquevillé sur lui-même" », à propos de l'élection de Jean-Christophe Cambadélis en tant que premier secrétaire du Parti Socialiste avec une faible participation des adhérents. Notre article « Pouvoir, crise et décadence des partis politiques (II) » souligne que d'après les chiffres diffusés, le nombre des voix favorables à Cambadélis serait à peine équivalent à un millième de celui des électeurs français. Dans « PS, Cambadélis... Quelle représentativité ? » et « Pouvoir, crise et décadence des partis politiques (I) », nous avions dressé le même constat à propos du vote sur les motions. La politique menée systématiquement par le Parti Socialiste depuis les années 1980 pouvait-elle aboutir à une autre situation ? Il s'agit en réalité d'une crise qui frappe l'ensemble des « partis de gouvernement », à « droite » comme à « gauche », suite à trois décennies d'exécution consensuelle de la politique de mondialisation du capitalisme, de mise en concurrence des populations aux échelles européenne et planétaire, de casse sociale généralisée, de délocalisations et de nivellement par le bas de salaires et standards sociaux en Europe comme dans l'ensemble de la zone d'influence du « commerce mondial ». L'évolution n'a pas été différente dans les pays voisins. Cette décadence de la politique prétendument « consensuelle » vient de se solder par un résultat spectaculaire lors des élections municipales et régionales espagnoles, avec notamment la victoire d'Ada Colau et de la liste Barcelona en Comú aux élections municipales de Barcelone. C'est une importante réussite des « indignés » qui, sans pratiquer le discours politique qui se veut savant, dénoncent dans la clarté la dégringolade sociale et la politique de misère croissante imposée au plus grand nombre. Une dynamique populaire montante, diamétralement opposée à des politiques comme celle incarnée par François Hollande, Manuel Valls et Emmanuel Macron. Avec, de surcroît, l'engagement et l'exigence de transparence en ce qui concerne tout échange éventuel entre les élus de la nouvelle politique et les milieux financiers. Tout le contraire du fonctionnement habituel des professionnels de la politique conventionnelle.

Dans une interview publiée par Le Monde ce vendredi avec le titre « Jean-Christophe Cambadélis : "Le PS assume la culture de gouvernement" », Cambadélis déclare notamment :« L’objectif est de dépasser le PS et les partis par un mouvement de la base pour faire une grande alliance populaire. Nous organiserons une convention en novembre 2016 de cette alliance populaire... ».

Est-ce autre chose qu'une tentative de sauver les meubles avec des promesses destinées à mettre en place un « rassemblement » de façade que l'appareil du PS contrôlerait tout compte fait ?

D'autant plus, que la France a déjà connu un gouvernement de « gauche plurielle » avec Lionel Jospin en 1997-2002. Le bilan : cinq ans de casse sociale avec des accords européens tels que la stratégie de Lisbonne et les accords de Barcelone, une loi de démolition programmée de la fonction publique telle que la LOLF, le record de privatisations de l'époque... Résultat : Jean-Marie Le Pen a accédé au second tour des élections présidentielles de 2002.

Précisément, Cambadélis entend s'adresser « aux écologistes, aux radicaux, au MRC et aux communistes ». Les mêmes partis qui ont formé la « gauche plurielle » avec Lionel Jospin.

Ce n'est pas avec un curriculum de ce genre, qu'Ada Colau et la liste Barcelona en Comú sont arrivées en tête lors des dernières élections municipales à Barcelone. 

Suit l'introduction de notre article du 29 mai

http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2015/05/29/pouvoir-crise-et-decadence-des-partis-politiques-ii-50948.html

Pouvoir, crise et décadence des partis politiques (II)

Le vendredi 29 mai 2015, RTL annonce « Parti Socialiste : Jean-Christophe Cambadélis devrait être réélu avec 70% des voix », à propos de l'élection du premier secrétaire du Parti Socialiste. Comme lors du vote sur les motions évoqué dans notre article « PS, Cambadélis... Quelle représentativité ? », il est fait état d'un très faible taux de participation (49 ou 50%). On s'acheminerait donc vers une élection de Cambadélis avec un nombre de voix en sa faveur à peine équivalent à un pour mille de l'électorat français. Quelle est donc la représentativité réelle de cette coupole de Parti Socialiste ? La situation n'est d'ailleurs pas fondamentalement différente pour l'ensemble des partis dits « de gouvernement », comme souligné dans « Pouvoir, crise et décadence des partis politiques (I) ». Au même moment, les résultats des élections régionales et municipales de dimanche dernier en Espagne font depuis quelques jours couler de l'encre. Notamment, avec la victoire de « l'indignée » Ada Colau arrivée en tête avec la liste Barcelona en Comú lors des élections à la mairie de Barcelone dimanche dernier. Plus globalement, avec le titre « Espagne : le bipartisme plie devant Podemos... mais ne s’est pas rendu », TV5 Monde souligne que le Partido Popular (PP) a perdu 2.5 millions d'électeurs et le Partido Socialista Obrero Español (PSOE), plus de six-cent mille. 20 minutes (Suisse) écrit à son tour « Barcelone - Madrid. La droite tente tout pour bloquer la gauche radicale ». Mais s'agit-il, tout compte fait, d'une « gauche radicale » ou de la simple défense d'intérêts élémentaires de la population abandonnés par les partis politiques conventionnels ? Et que penser du comportement des partis « de gouvernement » l'égard des lobbies et milieux influents ? Force est de constater l'existence d'une réelle symbiose entre les coupoles des partis jusqu'à présent majoritaires sur le plan électoral et les groupes dominants de l'actuel système économique. La participation de dirigeants politiques français aux réunions du Siècle, de la Commission Trilatérale, du cercle de Bilderberg... n'est qu'une illustration parmi d'autres de cette proximité permanente. Sur la question des « fréquentations » des politiques, Ada Colau diffuse sur son site un article du 6 avril dernier intitulé « Dinar (o no) amb un banquer » [Déjeuner (ou non) avec un banquier], où elle dénonce explicitement « des secteurs économiques très puissants » dont elle constate « par leur capacité d'influence » qu'ils ont « un accès facile et habituel au pouvoir politique ». C'est le moins que l'on puisse dire. Ada Colau ne refuse pas par principe de rencontrer un banquier, mais elle préconise la publicité et la totale transparence de l'entretien. Est-ce vraiment si compliqué et si « radical » ?

[la suite, sur le lien http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2015/05/29/pouvoir-crise-et-decadence-des-partis-politiques-ii-50948.html ]

et de celui du 24 mai, avant le résultat des élections en Espagne :

http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2015/05/24/pouvoir-crise-et-decadence-des-partis-politiques-i-50939.html

Pouvoir, crise et décadence des partis politiques (I)

Le 24 mai 2015, Ouest France interroge « Les partis servent-ils encore à quelque chose ? », évoquant d'emblée le « discrédit » du Parti Socialiste et de l'UMP. Au même moment, Altermonde sans frontières commente « Chômage : fliquer les chômeurs afin de les radier ! », à propos de mesures récentes de Pôle Emploi que l'auteur analyse comme « visant à mettre la pression sur les chômeurs pour les pousser à accepter des emplois toujours plus précaires et mal payés ». Or cette semaine, Le Monde rapportait « Le BEP et le CAP protègent peu du chômage » à propos du brevet d'études professionnelles et du certificat d'aptitude professionnelle, diplômes d’un niveau inférieur au baccalauréat. Mais l'article précise que le chômage a augmenté également pour les titulaires d'un baccalauréat professionnel. Ce dernier fut institué en 1985, alors que Jean-Pïerre Chevènement était ministre de l'Education Nationale suivant une évolution amorcée dès la fin des années 1970. C'est précisément des années 1970-80 que date le début d'une politique de casse sociale qui n'a fait que d'aggraver par la suite, et qui s'est accompagnée d'une coupure croissante entre les partis politiques et la majorité de la population. Au point qu'avec le titre « Quand les militants perdent la foi », Le Monde dressait hier un saisissant tableau de la situation actuelle dans l'ensemble des partis politiques dits « de gouvernement ». Rien de vraiment surprenant, pourtant. Notre article du 22 mai « PS, Cambadélis... Quelle représentativité ? » avait déjà évoqué cette situation à propos du vote sur les motions au sein du Parti Socialiste qui n'avait mobilisé que 65.432 votants dont environ 40.000 ont soutenu la motion A de Jean-Christophe Cambadélis. Indifférence des Français à l'égard du monde politique, « crise du politique », « aspect inaudible » des discours, perte de militants par les partis, « nostalgie d’un âge d’or » où le débat entre partis politiques intéressait les citoyens, perte de « culture politique, historique, économique, philosophique même » chez les militants, « culte du chef »... Tels sont les tristes constats des cinq auteurs de l'article « Quand les militants perdent la foi », un travail d'enquête dont nous ne pouvons que recommander la lecture. Pourtant, rien n'est vraiment nouveau dans cette série d'évidences. Qui peut ignorer, par exemple, la perte progressive d'adhérents et de militants du Parti Communiste depuis les années 1970, et notamment depuis l'élection de François Mitterrand à la Présidence de la République en 1981 ? En réalité, ni le Parti Socialiste ni les partis de « droite » et de « centre » n'ont échappé à terme à une évolution analogue. Quant à la perte de culture du milieu militant, doit-on s'en étonner au vu de la politique globale menée dans le domaine de l'éducation, qu'analysent encore nos articles « Stratégie de Lisbonne, "gauche plurielle" : quinze ans après » (I) et (II) et (de cette semaine) « La grève contre le projet de "réforme du collège" » (I) et (II) ? Le suicide du professeur d'électronique Pierre Jacque le 1er septembre 2013, évoqué dans nos articles « Education : la lettre de Pierre Jacque » (I) et (II) et « Pierre Jacque et l'avenir du service public de l'éducation » et reconnu imputable au service, reflétait déjà fort malheureusement la détresse d'un enseignant particulièrement soucieux du rôle citoyen de sa mission de service public. Privé notamment d'un accompagnement et d'un dialogue appropriés dans un contexte professionnel difficile, Pierre Jacque a choisi une voie extrême pour exprimer son inquiétude et sa souffrance. Les dérives du système dans le domaine de l'éducation dénoncées par Pierre Jacque correspondent à une réalité politique profonde et reflètent l'évolution d'une éducation marchandisée sous l'effet croissant de la mondialisation du capitalisme dont les partis politiques sont devenus des exécutants. Et le « culte du chef » est-il indépendant de la montée générale des hiérarchies et des secteurs  « gestionnaires » dans le milieu professionnel au détriment du véritable travail productif, souvent délocalisé dans un contexte d'exportation permanente de capitaux à la recherche des plus bas salaires et standards sociaux ? Tout compte fait, c'est au détriment de la grande majorité de la population, que les partis « de gouvernement » et les professionnels de la politique ont imposé et appliqué depuis trois décennies la stratégie qui a conduit à la débâcle actuelle. Dans ce processus, ils ont perdu leur crédibilité auprès des citoyens.

[la suite, sur le lien http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2015/05/24/pouvoir-crise-et-decadence-des-partis-politiques-i-50939.html ]

Voir aussi nos articles (cliquer sur chaque titre) :

PS, Cambadélis... Quelle représentativité ?

Education : la lettre de Pierre Jacque (I)

Education : la lettre de Pierre Jacque (II)

Pierre Jacque et l'avenir du service public de l'éducation

Stratégie de Lisbonne, "gauche plurielle" : quinze ans après (I)

Stratégie de Lisbonne, "gauche plurielle" : quinze ans après (II)

La grève contre le projet de "réforme du collège" (I)

La grève contre le projet de "réforme du Collège (II)

1er Mai, OGM, TAFTA, AECG, ACS, mobilisation.... (I)

1er Mai, OGM, TAFTA, AECG, ACS, mobilisation... (II)

1er Mai, recherche, éducation, mondialisation... (I)

1er Mai, recherche, éducation, mondialisation... (II)

Un 1er Mai sans TAFTA, AECG, ACS... ?

Mondialisation, TAFTA - TTIP : la journée du 18 avril (I)

Mondialisation, TAFTA - TTIP : la journée du 18 avril (II)

Radio France, grève et défense du service public (I)

Radio France, grève et défense du service public (II)

Radio France, grève et défense du service public (III)

Le 9 avril, journée de grève et de manifestations (I)

Le 9 avril, journée de grève et de manifestations (II)

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