JO 2024 : Paris partagé

Paris accueillera les Jeux Olympiques de 2024. Ceux-ci promettent d’être « un facteur important d’accélération du déploiement du projet du Grand Paris » mais les moyens proposés par le projet Olympique sont-ils à l’échelle des objectifs à atteindre ?

C’est voté ! Paris accueillera les Jeux Olympiques de 2024. Les Jeux ouvriront le 2 août, pour deux semaines de compétitions et de spectacles sportifs.

Les trois dossiers de candidature présentés au Comité International Olympique sont riches en ambitions et en promesses pour l’organisation des Jeux mais aussi pour leur territoire d’accueil : ils promettent d’être « un facteur important d’accélération du déploiement du projet du Grand Paris » 

Les moyens proposés par le projet Olympique sont-ils à l’échelle des objectifs à atteindre ?  Les JO répondront-ils aux problèmes des Franciliens, aux questions de logements, de transport, d’alimentation ? La compétition sportive peut-elle être un modèle de société ? Les Jeux peuvent-ils permettre l’émergence d’une Métropole où il fait bon vivre, un urbanisme soucieux du vivre ensemble ?

Ces Jeux vont marquer une étape pour la construction du Grand Paris, et cette construction est l’affaire de tous, tous les Franciliens sont concernés. Comment les Jeux Olympiques pourraient-ils permettre de réparer le Grand Paris ? Comment faire de ces Jeux un élan véritablement positif pour l’agglomération parisienne ?

 Plus vite, plus haut, plus fort

« Plus vite, plus haut, plus fort » : psalmodie d’un événement qui a mis la compétition dans toutes ses déclinaisons, au-delà du sport, bien au-delà. La devise Olympique proposée par Pierre de Coubertin à la fin du XIXème siècle, « Citius, Altius, Fortius » est-elle un impératif ou une promesse ?

Ce slogan latin n’existait pas pour les jeux de la Grèce antique, alors que la trêve sacrée en conditionnait le déroulement. Les armes devaient se taire au profit des festivités. Au XXIème siècle, les armes médiatiques d’une ville Olympique sont plus que jamais aiguisées : l’important n’étant pas de participer, mais d’organiser. Pourtant, la majorité des habitants des villes en lice pour accueillir les jeux olympiques présente de moins en moins d’enthousiasme. Est-ce le rejet de cette compétition à tout prix, de l’individualisme forcené ? N’est-il pas temps de recréer cette trêve, de laisser au sport la recherche de l’exploit et des médailles pour développer la coopération et la solidarité dans la construction d’un événement au bénéfice de tous ?

Combats de métropoles

La compétition et la compétitivité sont au cœur même du sujet olympique. Les métropoles du monde entier sont en concurrence pour obtenir l’organisation des Jeux mais aussi et surtout pour embellir leur image, se rendre attractive, capter les investissements et gagner en croissance. Elles répondent aux pressions des acteurs économiques, des agences de notation, aux multiples indicateurs de croissance et de compétitivité. Paris a dépensé 60 millions d’euros pour sa seule candidature (le coût de construction de deux lycées ou de 300 logements sociaux). Recevoir les Jeux Olympiques est affaire d’image, de marketing urbain, de sponsoring. Dans son dossier de candidature, la ville propose à ses « partenaires marketing » : « un contexte unique pour leurs programmes d’hospitalité, de marketing (…) des espaces dédiés à ces actions au cœur de lieux publics emblématiques, à proximité de certains live sites et sites de compétition, comme le Champ-de-Mars, les Champs-Élysées, le Grand Palais et l’Esplanade des Invalides. Les salons privés et d’hospitalité pourront être aménagés au sein de superbes salles de réception, villas, galeries et musées répartis dans toute la ville ». A Paris, comble du sport spectacle et de la mise en scène olympique : les athlètes pourront s’entrainer dans les studios de cinéma de Luc Besson, transformés pour l’occasion en village olympique.

Combats politiques

La gouvernance du Grand Paris est aussi le fruit de calculs et de luttes politiques bien éloignés de la recherche de l’intérêt collectif et de l’amélioration du vivre ensemble. Les représentants du conseil métropolitain ne sont pas élus au suffrage universel et les institutions sont d’une telle complexité qu’elles n’intéressent pas les citoyens de la métropole. Aux dernières élections législatives, le pays a connu 57% d’abstention et jusqu’à 70% en Seine Saint Denis. Une démocratie peut-elle fonctionner sans la participation des deux tiers de sa population et en particulier celle des quartiers populaires ? Les Jeux Olympiques bouleverseront-ils la démocratie locale ? Rapprocheront-ils les élus des citoyens Franciliens ?

Combats immobiliers

La concurrence des villes n’est pas qu’une question de vitrine ou de pouvoir : les enjeux financiers, immobiliers et fonciers sont bel et bien réels. Aujourd’hui, les métropoles sont construites et gérées par une multitude d’acteurs privés : En lice pour construire le village olympique on trouve les promoteurs et les acteurs du BTP (Vinci, Bouygues, Eiffage, Nexity, Unibail…) mais aussi les grands groupes industriels, chantres de la smart city, tel que Siemens, Bolloré, Véolia … Tous bouleversent des morceaux entiers de territoire, qu’ils financent, construisent, cèdent, gèrent et en organisent les flux (transports, eaux, électricité, déchets). Pour ces acteurs, les 50 hectares du village olympique représentent une goutte d’eau en comparaison des chantiers de la Métropole du Grand Paris. Mais la croissance et l’attractivité de la Métropole est une aubaine, ils bénéficient de la gentrification des quartiers populaires, de la libération du foncier industriel, de la création d’infrastructures publiques telles que les gares du Grand Paris Express et de leurs conséquences sur les prix de l’immobilier. Ainsi, en 10 ans, entre 1998 et 2008, alors que l’inflation était de 2% par an, les prix de l’immobilier ont augmenté de +185% à Paris, +156% en Petite Couronne et + 142% en Grande Couronne.

Victimes de cette bulle immobilière, les citoyens se retrouvent eux aussi en concurrence pour trouver un logement abordable. La spéculation immobilière et l’augmentation des loyers se sont accrus ces dernières années avec des logements mis sur le marché en location courte durée du type Airbnb, beaucoup plus rentable. Les JO de 2024 n’amélioreront pas cette situation car si la ville de Paris dit lutter contre ce phénomène, elle le valorise dans son dossier de candidature aux Jeux Olympiques : « Paris est la capitale mondiale de l'hébergement collaboratif, dont plus de 70 000 appartements meublés proposés à la location ».

Paris ne s’est pas construit ainsi. Une ville, une métropole est l’œuvre d’une coopération entre ses habitants, une mise en commun des ressources, des moyens, des forces pour construire une cité et améliorer les conditions de vie de chacun et traverser les crises, être battus par les flots sans jamais sombrer "Fluctuat nec mergitur". Aujourd’hui quelles sont les conditions de vie des Franciliens ? Les conditions de travail, de déplacements, de vie familiale sont largement dégradées par l’environnement urbain. Seulement un quart des Franciliens travaillent dans la commune où ils résident. Chaque jour le RER B transporte plus de voyageurs que tous les TGV français réunis. 

Course de vitesse

La vitesse n’est pas exclusive aux coureurs olympiques, la ville aussi va « plus vite ». Le territoire urbain récent a été produit de manière accélérée, suivant une cadence industrielle. En 50 ans ont éclos des milliers d’hectares de grands ensembles, de zones d’activités, de zones pavillonnaires, de zones commerciales avec des consommations excessives et rapides de ressources et des sols. Les nouveaux « éco-quartier HQE » se construisent en 5 ans, durée très politique d’une mandature. Pourtant Paris ne s’est pas faite en un jour, les villes ont besoin de temps pour se former, se tisser, elles se construisent avec lenteur, leur durée dépasse l’échelle d’une vie humaine. Comment prendre en compte ce temps long et comment penser aux générations futures ?

Coopérer !

Quels possibilité ont les Franciliens d’être écoutés, d’échanger et d’agir sur les grandes orientations politique de leur territoire ? Comment renforcer les liens et la coopération entre les représentants politiques et les citoyens ?

La concertation mise en place pour les Jeux olympique a réuni dix fois moins de participants que le budget participatif de la Capitale. Seulement 0,01% de la population du Grand Paris s’est exprimé dans cette concertation qualifiée par ses organisateurs « de plus grande concertation jamais réalisée en France, une démarche participative inédite dans le cadre d’une candidature olympique ».

Les organisateurs des Jeux de 2024 devraient s’inspirer des centaines d’initiatives collaboratives, les multiples expériences de vie associative, d’actions bénévoles qui fourmillent déjà sur le territoire Francilien : A Gennevilliers (après avoir été chassée de Colombes) la mini-agrocité Rurban se construit pour introduire un peu de résilience et faire face aux crises climatiques, économiques et écologiques. Rurban met en place des circuits courts, des pratiques collaboratives, une éducation populaire à l’agriculture, au recyclage et au compostage. La Louve est le premier supermarché coopératif et participatif de France. Le collectif citoyen Métropop’! Essaie de faire bouger les représentations de la banlieue. Le feuilleton en ligne des Mystères du Grand Paris mélange textes, photos et dessins et donne un souffle artistique à la Métropole. Les chantiers participatifs, l’innovation sociale et écologique sont pluriels, ainsi l’association Carton Plein collecte à vélo, trie et revend des cartons usagés pour des déménagements, offrant ce travail à des personnes en situation de grande exclusion ; Les dernières écoles réalisées par la ville de Rosny-sous-Bois sont sans doute les bâtiments construits avec le plus de soins pour la qualité environnementale dans toutes l’Île-de-France…

Les Jeux Olympiques pourront-ils apporter le progrès promis sans prolonger ces démarches ? Pourquoi ne pas faire de ces Jeux des forums citoyens pour l’ensemble de la Métropole, voire dans le monde entier pour valoriser les initiatives locales, pour construire un monde plus agréable, plus solidaire et plus humain ? Pourquoi ne pas remplacer les spots publicitaires par la promotion des solutions alternatives au pétrole ou à l’agro-industrie ?

Bien sûr les questions de compétitions et de coopérations sont infiniment plus complexes, l’entraide la solidarité, la notion d’équipe et de maîtrise de soi sont inséparables des valeurs sportives.

Le sport est un élément majeur de l'éducation dans beaucoup de quartiers populaires, et a un pouvoir considérable précisément auprès de jeunes de ces quartiers. C'est là encore un moyen de faire évoluer les choses, mais plus que spectateurs des Jeux, les Parisiens ont besoin d’un pouvoir d’agir : « l’important est de participer ». Il faut donner des moyens réels aux initiatives locales, à celles des associations, et des bénévoles… 

Des Jeux Olympiques solidaires pourraient aussi avoir un impact sur l’accueil des réfugiés. Depuis le début de la crise des réfugiés en Europe, ils sont environ 30 0000 en région parisienne, quand le nombre de touristes visitant Paris chaque année est de 30 millions.

Paris est peuplé et s’est construit par de centaines de nationalité différentes : Italiens, Portugais, Maliens, Sénégalais, Algériens, Cambodgiens… contrairement aux Jeux Olympiques, ces nationalité ne s’affrontent pas mais fraternisent, coopèrent, peuplent ce vaste territoire avec toute sa diversité. Ils ont durablement transformé cette ville et continuent de la transformer.

Ainsi, le budget des Jeux pourrait-il servir à un accueil digne des réfugiés et à favoriser les multiples actions de solidarité et d’entraide locale pour une société plus juste et plus équitable. 

 Jeux compacts dans un Grand Paris

Le programme des Jeux promet de changer le visage du Grand Paris, il « s’inscrit stratégiquement dans le projet de développement du Grand Paris, illustrera et partagera avec le monde entier les impacts positifs à long terme et les bénéfices des Jeux de Paris 2024 pour la société. »

Pourtant le projet olympique pour Paris, grâce à la « concentration des sites », « l’efficacité géographique » se présente comme un projet « compact ». Le dossier de candidature le répète comme une qualité de ce site, il s’agirait d’une demande forte du comité Olympique : « Le concept des sites de Paris 2024 est très compact. Plus de 80% des sites de compétition sont situés dans un rayon de 10 km autour du Village olympique et paralympique »

Surdensité

La densité ou la densification de certain territoire peut être une qualité pour économiser des terres agricoles et réduire l’usage des transports individuels par la proximité des services, des emplois et des transports en commun. Mais cette densité doit être pensée, la croissance du Grand Paris ne peut pas être infinie. Aussi Paris est une des villes les plus denses d'Europe avec seulement 5,8m² d'espace vert par habitant contre 45m² à Londres, ou 321m² à Rome.

Si les infrastructures prévues pour les Jeux sont ponctuelles, et réutilisent de nombreux équipements déjà existants, quelques constructions viennent cependant ajouter un peu de densité à l’agglomération comme le village olympique ou le centre aquatique à Saint-Denis.

En outre quelques nouvelles infrastructures viendront priver les Franciliens de quelques mètres carrés d’espaces verts : Provisoirement le Champ de Mars et l’esplanade des Invalides vont disparaitre sous des tribunes temporaires ; mais aussi définitivement comme l’extension du stade Roland-Garros qui empiète sur le jardin des Serres d’Auteuil ou le projet de salle Arena II en extension de Bercy qui prévoit de grignoter un morceau du parc.

Pour avoir une influence positive sur le Grands Paris, les projets olympiques devraient s’implanter sur l’ensemble de son territoire et notamment sur des lieux à rénover, à réparer. Ainsi les tribunes provisoires auraient plus de bénéfices pour le Grand Paris à la Courneuve, qu’aux Invalides.

Globalement la surdensité de l’agglomération parisienne est un problème pour ses citoyens qui se concentrent sur ce territoire « compact ». Paris et sa banlieue sont étouffés par cette compacité et cette concentration. Paris rassemble tout le pouvoir politique, économique, diplomatique, culturel du pays. La ville rassemble aussi toutes les ambitions, ne pense qu’en terme de croissance mais sa capacité d’extension n’est pas infinie. Avec plus de 40 000 habitants au km2, le 11ème arrondissement de Paris est par exemple le quartier le plus peuplé d'Europe. Aussi, les efforts pour libérer la ville de l’automobile (piste cyclable, fermeture des voies sur berge) accentuent la congestion de son centre et la saturation des réseaux de transport en commun.

Toujours plus de logements

Les Jeux impacteront probablement Saint-Ouen, Saint-Denis et le centre de Paris, mais avec 3 000 logements prévus pour le village olympique sur un objectif annuel de 70 000 et 50 hectares de friches rénovés sur des milliers d’hectares potentiels, ils ne semblent pas à l’échelle du territoire de la Métropole.

La Métropole se donne comme objectif de réaliser 70 000 logements par an. Il s’en est construit à peine 25 000 en 2005, 28 000 en 2011 et 36 000 en 2012. Accroitre l’attractivité de Paris, augmenter sa densité et construire toujours plus de logements semblent loin de constituer une solution durable pour la Métropole. Le problème du logement est beaucoup plus profond, selon la Fondation Abbé Pierre, sur l’ensemble de l’Île-de-France, 1 310 000 ménages vivent dans des logements de qualité moyenne ou mauvaise (26 % du parc), parmi lesquels 41 000 ménages vivent dans des logements de mauvaise qualité. À Paris, on estime que près de 7 000 chambres de bonnes avec une surface inférieure à 9 m2 sont occupées à titre de résidence principale.

La précarité énergétique touche 360 300 ménages franciliens (7,5 % des ménages). La mauvaise qualité thermique des logements conjuguée à la hausse des coûts de l’énergie a conduit à l’explosion de ce phénomène. En Île-de-France, 1 logement sur 4 est énergivore (1 100 000 logements). En 2013, 22,2 % des ménages franciliens ont déclaré avoir froid dans leur logement.

Aussi l’investissement et notamment l’investissement public ne doit pas concerner que le logement neuf, mais aussi la rénovation, la transformation du bâti existant. Les pouvoirs publics doivent agir sur les prix de l’immobilier, l’encadrement des loyers, lutter contre la rente foncière et favoriser les modes alternatifs d’habiter comme l’habitat participatif, la cohabitation intergénérationnelle, proposer des baux emphytéotiques ou des baux à réhabilitation… 

Le village olympique promis comme un « morceau de ville intelligent » ne laissera que 2200 logements et 900 logements étudiants après les Jeux. Le village est prévu à cheval sur Saint-Ouen, Saint-Denis et L’Île-Saint-Denis, entre le quartier Soubise et la citée du Cinéma de Luc Besson. Ces quartiers de Saint-Ouen et de Saint-Denis connaissent des taux de chômage record. Le programme olympique de Paris promet, sans même citer les noms des communes concernées que « Les personnes vivant à proximité du site proposé pour accueillir le Village olympique et paralympique, situé au nord de Paris au bord de la Seine et à seulement 15 minutes du centre de Paris, seront les premières à bénéficier des Jeux ». Après la tragédie de Munich en 1972 et dans un contexte de l’état d’urgence, il est difficile d’imaginer que le village olympique ne soit pas complètement « bunkerisé ». Après les Jeux, le nouveau quartier « intelligent » profitera-t-ils aux habitants de Saint-Ouen et de Saint-Denis, ou bien participera-t-il à la dynamique de gentrification déjà en cours à Saint-Ouen, à Saint-Denis comme à Montreuil depuis le début des années 2000 ? L’exemple du nouveau quartier des Docks de Saint-Ouen est symptomatique du même phénomène : Le projet prévoit un des plus grand éco-quartier de l’Île-de-France, mais réalisé par Bouygues Immobilier, Cogédim, Eiffage Immobilier et Nexity, il est des plus standard et sans innovations importantes pour le développement durable (logements BBC, récupération des eaux pluviales, toitures végétalisées). De plus les prix de vente des appartements sont en moyenne 20% plus élevés que le reste de Saint-Ouen.  Jacqueline Rouillon, la maire de Saint-Ouen de 1999 à 2014 s’est battue contre la spéculation immobilière et les investisseurs faisant augmenter artificiellement les prix des biens immobiliers. Elle avait établi une charte instaurant des prix fixés par quartier et un plafond pour le quartier des Docks. Aujourd’hui cette charte semble être tombée aux oubliettes.

Décentraliser les Jeux

Avec le projet d’Aréna II, le centre aquatique est le seul équipement sportif qui sera construit pour les Jeux de manière durable. Le centre aquatique est prévu à côté du Stade de France de Saint-Denis, son le budget est de 112 millions d’euros. En 2012, le coût prévu pour la piscine des JO de Londres avait été multiplié par 4, pour atteindre 332 millions d’euros. Le dossier de candidature justifie la construction du centre aquatique ainsi : « Le Centre aquatique répond à un réel besoin de la région Île-de-France, qui a actuellement la plus faible proportion de piscines par habitant en France métropolitaine. » Avec un tel budget, il aurait aussi été possible de construire une dizaine de piscines sur tout le territoire de la Métropole.

Les Jeux sont concentrés pour les besoins logistiques des médias et de leurs trois milliards de téléspectateurs. Les médias constituent la source principale de financement des Jeux. Sans se plier à ces contraintes et pour changer positivement l’Île-de-France, les JO ne devraient-il pas participer à sa déconcentration, à sa décentralisation de la Capitale ? Les JO d’été ne sont pas toujours organisés par des capitales ; ainsi Munich, Montréal, Barcelone, Atlanta et Rio ont accueilli les JO d’été, sans être le centre du pouvoir politique de leur pays.

Ne faudrait-il pas organiser ces JO dans les campagnes qui se désertifient au profit du monstre urbain parisien ?  Pourquoi ne pas réinvestir tous les centres bourg plutôt que la tour Eiffel ? Ne faut-il pas rouvrir les commerces et recréer des communes et des communautés joyeuses d’accueillir un peu de la fête ?  Le projet des JO se dit « Désireux de partager l’art de vivre à la française avec le plus grand nombre ». Cet art de vivre n’est-il pas plus présent dans les villes de province qu’à Paris ? 

Au lieu de Jeux compacts pourquoi ne pas étendre les Jeux à l’échelle de la France avec des Jeux ouverts à tous les sportifs, amateurs et professionnels qui passeraient un été à jouer, à nager, à courir, à tournoyer sans médailles ni classement mais pour le plaisir du sport.

En guise de cérémonie d’ouverture, habituellement conçu pour la télévision et réservé au public d’un seul stade, pourquoi ne organiser des fêtes dans les 36 000 communes de France, dans tous les centres villes, les esplanades des grands ensembles, les places des villages… une fête géante à l’échelle du pays hôte ? 

Mens sana in corpore sano

Le projet Olympique de Paris donne aussi l’opportunité de penser la question de la santé et de l’alimentation. Le programme des Jeux prévoit « En nous appuyant sur l’organisation unique du sport en France, nous transformerons l’enthousiasme pour les Jeux en une mobilisation de millions de personnes en faveur du sport et d’un mode de vie sain. »

Le projet parisien pourrait refuser d’être sponsorisé par Coca Cola, principal financier des JO bien que géant de l’agrochimie et symbole du surpoids, de la malbouffe, de l’aspartame et du déséquilibre alimentaire. Il pourrait proposer aux spectateurs et téléspectateur des Jeux une véritable éducation nutritionnelle pour une alimentation saine et équilibrée.

Pour changer Paris, un projet de restauration collective préparant des repas bio de qualité et de provenance locale pourrait être mis en place. Cela nécessiterait une véritable volonté politique, des investissements et une logistique importante qui profiteraient tant aux visiteurs des JO de 2024, qu’aux athlètes mais aussi sur la durée à l’ensemble des Parisiens pour tous les lieux de restaurations collectives : restaurants scolaires, hôpitaux, maisons de retraite, restaurants d’entreprises… Aujourd’hui, les Franciliens ne sont plus nourris par des cultures locales, provenant de la proche périphérie. Paris ne dispose que de 3 jours de réserves alimentaires, et la ville est d’autant plus vulnérable que les produits viennent souvent de très loin et passent presque systématiquement par Rungis.

Investir pour le développement de l’agriculture locale profiterait à une agriculture paysanne et maraichère de proximité inspirée par l’agro-écologie. Cela permettrait à la région de stopper l’artificialisation des sols et l’étalement urbain.

Longtemps l’espace agricole a été considéré comme support de développement urbain, 100 000 hectares de terres fertiles ont disparu en Île-de-France au cours des cinquante dernières années. Il en reste aujourd’hui un peu moins de 600 000. L’artificialisation des sols constitue un changement complet et souvent irréversible de leur usage. Ce phénomène témoigne des enjeux écologiques liés à la perte de biodiversité, des enjeux climatiques pour le stockage carbone dans les milieux naturels, c’est également un enjeu de société avec la perte de capacité agricole. Le nombre d’exploitants maraîchers, en particulier, est en repli très marqué : un peu plus de 400, soit 45 % de moins qu’en l’an 2000, représentant 8 % seulement des exploitations franciliennes.

Derniers territoires agricoles proches du centre de l’agglomération, le triangle agricole de Gonesse est considéré comme l’un des plus fertiles d'Île-de-France. Il est aujourd’hui menacé par un projet de ZAC comprenant à la fois des milliers de mètres carrés de bureaux et le centre commercial géant Europacity projeté par Auchan.

Bonnes énergies

Autre révolution pour Paris 2024 : la question de l’énergie. Là encore le dossier de candidatures est ambitieux : « Les Jeux de Paris 2024 serviront d’accélérateur pour la transition énergétique de la France, dans le but d’atteindre simplicité, efficacité et approvisionnement en énergies renouvelables, en particulier concernant l’électricité. »

Globalement la consommation énergétique de la Métropole du Grand Paris représente environ 140 TWh/an dont 65% pour le bâti (résidentiel et tertiaire), 30% pour le transport.

Ses capacités de production d’énergie renouvelable (Géothermie, biogaz, déchets, solaires…) seraient estimées à 37,2TWh par an soit 26% de ses besoins. L’agglomération est donc loin de pouvoir être autonome en énergie et dans ce contexte l’expression « facteur 4 » prend pleinement sens : il est indispensable d’économiser, de réduire de manière rigoureuse nos consommations énergétiques, de les diviser par 4.

Le scénario proposé par l’association Négawatt pourrait s’appliquer à l’Île-de-France. Il s’agit dans un premier temps de penser les économies d’énergie, de viser la sobriété et l’efficacité énergétique avant d’avoir recours aux énergies renouvelables.

Diviser par 4

Se concentrer sur les bâtiments neufs ne suffit pas, la sobriété et l’efficacité doivent être en premier lieu recherchées sur les bâtiments existants qui constitueront encore 75% à 80% du parc dans 20 ans. Il faut rénover logements et bâtiments tertiaires au niveau basse consommation énergétique, mettre en place une série de mesures pour parvenir à des performances véritablement « olympiques ». Ces mesures pouvant aller de l’accompagnement, la mise en place d’aides techniques et financières à l’incitation fiscale ou simplement l’obligation. Les 1 000 immeubles de l’opération parisienne Eco-Rénovons Paris est un excellent début. L’Agence Parisienne du Climat a aussi mis en place Coachcopro une aide techniques poussée pour la rénovation énergétique des copropriétés.

Par ailleurs, la rénovation énergétique est un gisement d’emplois locaux et durables très important pour les PME du bâtiment.

Réduire les consommations, permettre la transition énergétique de la Métropole est indispensable pour faire face à la disparation des ressources, lutter contre le bouleversement climatique mais aussi faire face aux nouveaux besoins qui s’annoncent :  Le Grand Paris Express  (400MW), les datacenters, la voiture électrique…

Energies renouvelables

Dès 2024, les JO seraient l’occasion de mettre en marche la transition pour 2050, il faut créer un service public de la transition énergétique : Une autorité capable de fixer les objectifs, d’instaurer des mesures contraignantes pour tous les usages, chaleur, électricité, mobilité et permettre de rompre avec les énergies du passée, tant fossile que nucléaire pour rentrer dès 2024 dans l’ère des énergies 100% renouvelables.

Le dossier de candidature se limite à l’enceinte du village olympique « Paris 2024 mettra en œuvre une politique d’achat assurant un approvisionnement à 100% en énergies renouvelables des sites pendant les Jeux, et notamment pour le Village olympique et paralympique. »

Pourtant le territoire Francilien doit reprendre la gouvernance des réseaux d’électricité et de gaz, la maîtrise locale de la production d’énergie et favoriser les initiatives citoyennes, l’investissement des particuliers et des entreprises en faveur de coopératives de productions d’énergies renouvelables. 

Enfin les économies d’énergie passent par la sensibilisation et l’information, on gaspille souvent par ignorance. D’ici 2024, il serait habile d’utiliser la puissance de communication des JO pour la cause des économies d’énergie et de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre.

Paris est une fête

Si les JO de 2024 veulent marquer durablement l’histoire de Paris et du monde, ils doivent proposer aux Parisiens un projet différent : ne pas se contenter de marketing autour de spectacle sportif mais esquisser des issus aux problèmes de surdensité, aux problèmes de logements, de gouvernance, d’énergie, ils doivent aussi rompre avec l’esprit de compétition pour réaffirmer les valeurs de la coopération, de la solidarité et réinventer le vivre ensemble. Paris s’est relevé des attentats du 13 novembre avec ce titre d’Ernest Hemingway « Paris est une fête » livre débordant d’amour pour Paris. Hemingway prévient dans la préface que : « Ce livre peut être tenu pour une œuvre d'imagination. Mais il est toujours possible qu'une œuvre d'imagination jette quelque lueur sur ce qui a été rapporté comme un fait. » Aussi, s’il est plus facile de faire de Paris une fête dans l’imagination, présageons que les quelques lueurs de la flamme olympique jetées sur le Grand Paris métamorphoseront véritablement notre Métropole de 2024.

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