Agroparc de Montjean : projet exemplaire et respiration nécessaire pour la métropole

Une bataille politique s’est jouée pour la préservation de terres agricoles à Rungis. La plaine de Montjean, aujourd’hui cultivée, a focalisé toutes les attentions mobilisant les diverses échelles décisionnaires : de l’Etat jusqu’au niveau communal en passant par les associations et la mobilisation citoyenne. Un projet de transition agricole et paysagère ambitieux y est en cours.

Aux portes de l’aéroport d’Orly, Rungis est une ville marquée par les grands équipements nationaux. Son nom fait d’ailleurs souvent seul référence au Marché d’Intérêt National qui alimente la zone urbaine dense. Sur la commune, seule une partie de la plaine de Montjean reste aujourd’hui cultivée. Mais les constructions alentours rendent l’accès difficile aux larges machines agricoles des cultures intensives qui y sont pratiquées. Une situation qui rendait l’ouverture à l’urbanisation quasiment inévitable pour cet espace sous forte pression immobilière. Mais les habitants et associations locales de défense de l’environnement, la prise en compte des enjeux du développement durable tant par la région, le département et la commune, jusqu’à l’Etablissement Public d’Aménagement de l’Etat ont permis le développement d’un projet de transition agricole et paysagère ambitieux : le projet de la plaine Montjean.

La plaine Montjean est située au sud-est de la commune de Rungis, à 10 km de la porte d’Orléans ; elle est localisée entre le centre-ville de Rungis, ceux de Fresnes à l’ouest et de Wissous au sud, toute proche de l’aéroport d’Orly à l’est. Sept hectares verront la construction de nouvelles extensions urbaines : un front urbain présenté comme pérenne. Le projet qui est actuellement développé sur le reste du site permet de conserver la vocation agricole d’environ 31 hectares, dynamisés par l’installation d’une agriculture de proximité permaculturelle et agroforestière, générant la création d’un parc productif ouvert aux promenades.

Coupes sur la plaine de Montjean © SAFER / L'Anton et Associés / Burgeap / Biodiversita / Bec Hellouin Coupes sur la plaine de Montjean © SAFER / L'Anton et Associés / Burgeap / Biodiversita / Bec Hellouin

Rungis et l'étalement urbain

Comme bon nombre des communes d’Île-de-France, l’emprise urbaine de Rungis est restée très limitée jusqu’à la seconde guerre mondiale, constituée jusqu’alors de deux hameaux ruraux. Depuis les années 1960, avec la fin des trente glorieuses, son explosion urbaine particulièrement virulente est marquée par le développement de l’automobile et du transport aérien, faisant peu de cas des terres agricoles. Pour Rungis, moins de 10 années suffisent à la construction des autoroutes A106 et A86, de zones d’activités liées à l’aéroport d’Orly tout proche, de grands ensembles et du déménagement du marché des Halles à Rungis. Sa population est alors doublée.

La poursuite de la destruction de terres agricoles, concomitante à une nouvelle multiplication par deux de la population de la ville, se fera dans les années 1990 après 20 années de stabilisation. L’urbanisation du quartier des Antes, relevant d’un habitat majoritairement pavillonnaire, s’est poursuivie jusque dans les années 2000 et la dernière extension urbaine de Rungis reste à ce jour celle de la ZAC (Zone d’Aménagement Concerté) du Lagué, au sud de la ville, en bordure de la plaine de Montjean.

Evolution Urbaine de Rungis © fair Evolution Urbaine de Rungis © fair

 

 

Ainsi, 62% du territoire de la commune est aujourd’hui occupé par des zones d’activités et 19% par des zones mixtes d’habitations et commerces. Rungis compte près de 28 000 emplois sur 250 hectares pour 5 600 habitants. Un tel solde, observé avec les seuls chiffres de la commune, semble impliquer la nécessité d’en densifier la présence habitante. Cependant, cette particularité est à observer dans un territoire plus large pour permettre de mieux appréhender les réels besoins d’un secteur devenu majoritairement urbain et lacéré par les infrastructures lourdes.

En 2007 ont été créés par décret une Opération d’Intérêt National (OIN) et l’Etablissement Public d’Aménagement Orly Seine-Amont (EPA-ORSA) visant notamment à statuer et à aménager la plaine de Montjean. Une bataille politique s’installe pour sa protection en tant que poumon vert ou son ouverture à l’urbanisation. Les échanges mobilisent les diverses échelles décisionnaires, allant de l’Etat jusqu’au niveau communal en passant par les associations et la mobilisation citoyenne.

Définir la réglementation urbaine aiderait à penser le territoire ?

C’est dans cette dynamique que l’étude pour l’établissement du Plan Local d’Urbanisme (PLU) de la commune est lancée, au début de l’année 2012. L’Etat, par le truchement du préfet, souhaite imposer la densification habitante de la commune avec la construction de 2000 logements supplémentaires. Ce chiffre aurait imposé l’ouverture à l’urbanisation d’une large partie de la plaine Montjean en influant sur le projet urbain et sa réglementation. Cependant, un consensus sest doucement mis en place pour réduire le nombre de logements à créer sur la commune au profit de la préservation et valorisation des terres agricoles pour le territoire. Les 7 hectares au nord de la plaine, en liaison directe avec la ville sont dès le lancement de l’étude, dédiés à une urbanisation qui s’échelonnera dans le temps, avec la création d’un nouveau quartier pensé comme une transition vers l’espace agricole.

L’agence de paysagistes L’Anton & Associés, en partenariat notable avec la ferme du Bec Hellouin pour son expertise en agriculture biologique et en permaculture, est chargée de l’étude. L’équipe développe pour la plaine de Montjean un projet qui s’inspire tout autant de l’histoire agricole de l’Île-de-France, avec la ceinture maraîchère de Paris, que de son histoire paysagère en proposant la réintroduction du bocage et des chemins de promenades qui les longent. La relation à la ville toute proche, loin d’être une contrainte, y est traitée comme une opportunité bénéficiant tout autant aux futurs agriculteurs du site qu’aux habitants et futurs habitants, apportant aux premiers l’assurance d’un modèle économique viable et aux seconds une relation poétique autant que pédagogique à la nature productive.

Le foncier et l'économie au service d'une agriculture locale

La trame du parcellaire remanié par le projet s’inspire des lots des maraichers du XIXème siècle : parcelles rectangulaires d’un demi-hectare optimisant l’usage du foncier et permettant d’avoir la souplesse nécessaire pour assurer la pérennité des activités sur le long terme. Sur le site de l’étude de 38 hectares, l’EPA se révèle propriétaire de 80% du foncier, facilitant le remembrement ainsi proposé. Les espaces plus favorables au maraîchage qui ont été identifiés sur la plaine constituent le « bocage maraîcher »  En son sein, des parcelles d’un demi-hectare permettent de faire varier la dimension des exploitations dans le temps d’une surface allant de 0.5 à 5 hectares. L’objectif étant de pouvoir s’adapter au nombre d’exploitants, à leurs besoins et de rendre possible des associations en fonction des cultures et des saisons.

Pour assurer l’installation de maraîchers et le développement de véritables modèles économiques résilients d’agriculture péri-urbaine, le projet ne peut s’appuyer sur une rentabilité économique uniquement agricole. Le temps de mise en place et d’adaptation des cultures basées sur les cycles naturels imposait de proposer une autre source de revenus aux exploitants lors de leur installation. Ainsi, chaque exploitants décidant de s’installer sur le site se verra attribuer, en plus d’un logement par la ville de Rungis, deux parcelles d’un demi-hectare chacune. Si la première sera dédiée dès l’attribution à la production agricole et équipée d’un petit hangar, d’un bungalow (bureau/sanitaire) et de serres horticoles, la seconde pourra être louée pour des activités annexes (mariages, événements, etc) générant un revenu complémentaire. L’ensemble du projet peut ainsi accueillir 12 maraîchers. Pour Jean-Marc L’Anton, ce chiffre représente une limite de fonctionnement d’un tel projet envisagé dès l’abord comme reproductible sur d’autres territoires.

L’eau : irrigation, paysage, topographie et réglementation

Gérer l’eau et l’irrigation apparaissait comme un préalable indispensable à l’installation d’une agriculture maraîchère. La topographie du site a alors orienté les choix : la plaine est en effet située dans un vallon entouré des plateaux d’Orly, de Vélizy et de Villejuif. Le ru de Rungis coule au sud tandis que l’ouest du site et marqué par la nappe phréatique de Brie, affleurante. Une zone humide, boisée, recueillant les eaux de ruissellement des terres fortement imperméabilisées du nord, s’est ainsi constituée. Le projet propose de conserver ce qui est appelé un « agrovallon, » marqué par la présence de l’eau et sur lequel aucune construction, c’est-à-dire aucune imperméabilisation des sols, ne sera tolérée. La création d’un espace de phytoremédiation en plusieurs bassins permet le traitement des eaux et leur usage pour l’irrigation des cultures. Des pompes de relevages solaires permettront d’alimenter des réservoirs et bassins de rétention en partie haute de la plaine, dans le bocage maraîcher, pour assurer l’irrigation des parcelles en gravitaire. Le projet propose en sus, d’orienter la réglementation de la zone d’extension urbaine vers une mutualisation des eaux de ruissellement, plutôt que vers une infiltration à la parcelle. Ces eaux seraient captées au sein d’une noue-ruisseau se déversant dans le jardin filtrant en contrebas de la plaine, puis réintroduites dans le cycle d’irrigation. Ce système hydrographique s’appuie sur la topographie existante autant qu’elle la souligne.

Plan de masse du projet de la plaine de Montjean © Copyright : SAFER / L'Anton et Associés / Burgeap / Biodiversita / Bec Hellouin Plan de masse du projet de la plaine de Montjean © Copyright : SAFER / L'Anton et Associés / Burgeap / Biodiversita / Bec Hellouin

Paysage fertile et partagé

La plantation d’arbres et la reconstitution d’un système vertueux de haies bocagères rendent à nouveau possible le paysage typique de la région, disparu avec la mécanisation du travail agricole. Il généra en outre une réserve de biodiversité et un espace de production secondaire à celle des lopins (bois, baies, fruits, etc.). La fonction de brise-vents de ces obstacles naturels est par ailleurs traitée par la densité des strates de ces haies qui doit également permettre de maximiser l’ensoleillement des sols, tout en dissimulant les constructions légères nécessaires aux activités du site. Les parties les plus humides de la plaine, au sud, en pied de coteau, sont quant à elles propices à l’élevage et à des paysages plus ouverts.

Un des enjeux du projet est, selon Jean-Marc L’Anton, de constituer un parc paysagé accessible au public géré à 90% par le secteur privé : lieu de promenades et espace productif. Les contraintes à gérer tiennent donc de la cohabitation entre les activités et espaces nécessaires aux activités agricoles et ceux ouverts à toutes et tous. Un réseau différencié de chemins d’exploitation réservés aux fermiers est ménagé en fond de parcelle couplé à des zones mutualisées entre les exploitations. Ce réseau de distribution est conçu pour croiser au minimum les promenades publiques aménagées qui relient le centre-ville au Château de Wissous, longent la lisière agricole et parcourent l’agrovallon. Ce potentiel pédagogique d’une agriculture locale biologique visible au cours des promenades pourra prendre plus concrètement forme au sein du projet avec l’implantation d’un pôle agroculturel au pied du château de Wissous, dans une ferme appartenant à la ville. Ce pôle assurera formations et expérimentations auprès du public. Il pourrait devenir une forme de représentation de cet enjeu de cohabitation entre la production alimentaire et le regard qui lui est porté par les mangeurs que nous sommes tous.

L’ensemble de ce paysage est ainsi travaillé dans sa relation réciproque à la ville. Les rues deviennent les axes des vues, les lisières sont traitées en jardins familiaux. L’arrêt de l’urbanisation strictement décidé permet de constituer pour ces nouveaux quartiers, ce que Jean-Marc L’Anton appelle des « fronts de terre. » L’impossibilité de toute nouvelle construction assure le traitement de ces morceaux de ville avec la même attention qualitative que celle des fronts de mer des cités balnéaires. En effet, le détournement que la ville démontre pour ses lisières agricoles relève, pour le paysagiste, de l'impermanence de cette limite entre la ville et la campagne. Une fois cette limite fixée, le regard peu se porter confiant sur ces paysages redécouverts et les qualités qu’il offre à la ville peuvent se faire jour.

Ce projet de la plaine de Montjean démontre que la protection des franges agricoles des villes peut conjuguer la qualité de vie citadine, le paysage, les cycles naturels avec la reconstitution d’un cycle alimentaire localisé à forte influence sociale. La proximité ironique du marché de Rungis, où circule des tonnes de fruits et des légumes et autant de traces de pesticides venant de tous les hémisphères, avec ce modèle ultra-local rappelle cependant que les relations entre les espaces citadins et ruraux dans la région francilienne restent encore trop dichotomiques. Gageons que la réalisation du projet et sa prise en main par la dynamique citoyenne permettent au Grand Paris d’en faire un exemple reconnu.

 


En savoir plus :

Pour prendre part aux nombreux débats publics qui agitent l’Île-de-France en 2011, le Syndicat intercommunal pour la valorisation de la Plaine de Montjean se constitue entre les villes de Rungis, Wissous et Fresnes. Il défend un aménagement territorial raisonné autour du « poumon vert » de la plaine de Montjean souhaitant préserver sa vocation agricole. Le syndicat démontre que cet objectif n’est pas incompatible avec la multiplication des interconnexions des réseaux de transports tandis que les associations locales constituent le Collectif Montjean en 2010, et le collectif d’associations pour l’espace Montjean, réunissant 6 associations locales de défense de l’environnement, et prenent également part aux débats publics. Les enjeux autours de la plaine semblent mobiliser toutes les attentions locales au sein de débats régionaux : le Grand Paris Express, l'Interconnexion sud des lignes à grande vitesse en Île-de-France ou le métro automatique en proche couronne parisienne. Après le lancement l’étude pour l’établissement du PLU de Rungis et la demande du préfet de construire 2000 logement supplémentaires sur son territoire en 2012, l’EPA-ORSA définit 5 grands principes de valorisation de la Plaine de Montjean le 21 octobre. Ces principes laissent demeurer une incertitude sur la dimension de la zone ouverte à l’urbanisation de la Plaine. Voté un an plus tard, le Schéma Directeur de la Région Ile-de-France (SDRIF), reste également imprécis sur la zone, quoiqu’il impose un « aménagement résidentiel mesuré. » Simultanément, le maire sans étiquette Raymond Charesson, dans une lettre ouverte au préfet, affiche une opposition à la création des 2000 logements sur le territoire de la commune et identifie un potentiel de 600 à 700 logements sur l’ensemble du territoire de Rungis, intégrant une capacité de densification de 200 logements au sein du bâti existant. 400 à 500 logements resteraient donc en extension urbaine, majoritairement sur la plaine.

Lors des derniers mois d’élaboration du PLU en 2015, est signé une convention partenariale entre l’Agence des Espaces Verts (AEV) de la région Île-de-France, la commune de Rungis, l’EPA ORSA et le Conseil départemental du Val-de-Marne. L’AEV est ainsi chargé de lancer et de financer cette étude a visée opérationnelle tandis que la ville de Rungis s’engage à élaborer les zonages et prescriptions en cohérence avec la future étude au sein du PLU.

La convention partenariale entre l’Agence des Espaces Verts (AEV) de la région Île-de-France, la commune de Rungis, l’EPA ORSA et le Conseil départemental du Val-de-Marne vise « la définition des conditions de mise en œuvre d’un projet de mise en valeur des espaces agricoles et naturels de la plaine de Montjean prenant en compte les caractéristiques environnementales (eau, sol et biodiversité notamment) et paysagères de ce site, visant à améliorer son accès par le public (piétons et cyclistes) et le cadre de vie de ses populations riveraine. Ce projet ambitionne de faire émerger des solutions agronomiques et environnementales innovantes ou non conventionnelles, économiquement viables, à faible consommation énergétique (voire à énergie positive) et en lien avec la ville (…). En particulier, le projet agricole s’emploiera à améliorer la biodiversité, cherchera à tirer parti des méthodes de la permaculture et de l’agroforesterie, étudiera la mise en place d’une unité de professionnalisation de jeunes maraîchers à ces méthodes et à l’application de l’agriculture biologique (du type « espace test ») et définira les conditions de mise place d’une activité d’insertion par le maraîchage. » extrait de la convention signé signée le 3 mars 2015 entre l’AEV, la région, le département, L’EPA-ORSA et la ville de Rungis.

L’EPA ORSA est propriétaire d’environ 80% du foncier de l’ensemble des 38 hectares, les 20% restant étant majoritairement situés sur une zone nord-ouest dont une grande partie des parcelles appartiennent à des propriétaires privés. Ce secteur correspond aux phases ultérieures de développement du front urbain. Cette contrainte foncière étant apte à retarder un projet d’extension urbaine partiellement assumé par la ville. En dehors de ce bémol, le projet peut se mettre en place dès la mise en application du PLU.

L’AEV est ainsi chargé de lancer et de financer cette étude a visée opérationnelle tandis que la ville de Rungis s’engage à élaborer les zonages et prescriptions en cohérence avec la future étude au sein du PLU. L’Ecologue Raphaël Zumbiehl de l’agence ZOOM a été chargé par l’AEV de constituer l’équipe qui a finalement réalisé cette étude opérationnelle. Avec pour mandataire la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (SAFER), ladite équipe est constituée de l’agence de paysagistes L’Anton & Associés, des bureaux d’études Biodiversita et Burgeap ainsi que de la ferme biologique du Bec Hellouin pour son expertise en agriculture biologique et en permaculture.

En novembre 2015 est finalement signé l’accord cadre du contrat de développement territorial du pôle d’Orly qui présente la plaine de Rungis au cœur de la boucle écologique reliant la Darse D’Orly au parc de Sceaux. Ce document explicite  « le maintien de l’activité agricole selon un modèle économique pérenne » comme étant un « élément majeur d’équilibre » à « un effort d’organisation et de soutien économique et social aux différentes composantes de l’agriculture périurbaine, » préfigurant le projet de la plaine Montjean.

L’AEV a qui a été transféré la propriété des terres de l’EPA, a approuvé la création du Périmètre Régional d’Intervention Foncière (PRIF) sur la plaine de Montjean en octobre 2015. Elle peut ainsi solliciter auprès des Conseils départementaux du Val-de-Marne et de l’Essonne la création de zones de préemption au titre des Espaces Naturels Sensibles (ENS) sur 155 hectares à cheval sur les communes de Rungis et de Wissous.

L’élaboration du PLU de la ville de Rungis s’est clôturé en 2015, et ce sont 750 logements et 7.5 hectares d’extensions urbaines sur 2 sites qui sont finalement retenus, bien qu’une demande préfectorale vise à faire porter ce chiffre à 900 logements construits à terme. Le règlement aujourd’hui en cours sur la commune permet la construction d’un nouveau quartier de 2.5 hectares, qui accueillera à court terme 250 logements, une école et des commerces au nord-est de la plaine. Une seconde zone d’extension sur environ 5 hectares est définie par le même PLU, mais non encore ouverte à l’urbanisation, cette zone correspond à celle dont l’EPA n’est pas majoritairement propriétaire du foncier. Ces deux nouveaux quartiers reconstitueraient l’ensemble du front urbain de Rungis sur la plaine. Les quelques trente hectares agricoles préservés sont définis dans le règlement d’urbanisme en deux zones qui correspondent au bocage maraîcher et à l’Agrovallon. Le projet de la plaine de Montjean, par ses recherches paysagères et topographiques, sur la qualité de vie, avec un choix assumé de modèle d’agriculture à privilégier, a ainsi permis la définition du PLU sur la plaine.

L’AEV n’a pas poursuivi le travail d’étude et de définition du projet avec l’équipe qui l’a réalisé en 2015. Elle a décidé d’assurer avec le bureau d’étude Magéo la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre du projet agricole dans son ensemble. Une démarche critiquable dans un monde ou l’affichage de l’idée prime trop souvent sur la réalité de sa réalisation. Un risque qui fragilise également un engagement sincère et la mise en place de relations de confiance entre maîtrise d’œuvre et maîtrise d’ouvrage, deux éléments garants de la réussite de ce type de projets vertueux.

S’inspirant du succès de Parisculteurs, un appel à candidature a été lancé en novembre 2017 par l’AEV pour que les premières installations de maraîchers puissent se réaliser au courant de l’année 2018.

L’architecte-paysagiste Claire Schorter avec les Bureaux d’études Atelier Jours et Magéo ont été désignés lauréats du concours en novembre 2016 pour la maîtrise d’œuvre des espaces publics du quartier de 2.5 hectares en bordure de la plaine de Montjean, appelé agroquartier. L’attribution des lots aux promoteurs est prévue au cours du mois de mars 2018, avec un groupement de 3 opérateurs immobiliers.

La ville de Rungis ne faisait partie d’aucune communauté de communes avant d’entrer en 2016 au sein de l’Etablissement Public Territorial (EPT) Grand Orly Seine-Bièvre. La commune a ainsi transféré les compétences de gestion des déchets ménagers, eau et assainissement, ainsi que celles du Plan Local d’Urbanisme à l’EPT. Souhaitons que la réussite du projet de la plaine Montjean assurera la préservation durable des dernières terres agricoles de Rungis. Le PLU et ses précédents équivalents, en tant que simples règlements d’urbanisme, restent aujourd’hui encore des remparts malléables face aux pressions immobilières destructrices pour le territoire et son avenir.

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