Covid-19 : L'ONU salue les mesures prises par Doha pour ses travailleurs étrangers

Après l’abandon de la « kafala » en 2019, ce système de parrainage ancestral des travailleurs étrangers propre aux pays du Golfe, le Qatar s’est engagé avec le soutien de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) sur place, à bâtir un droit du travail pionnier et inédit dans la région. Les dernières mesures annoncées en pleine pandémie de Covid-19 vont dans ce sens.

En pleine pandémie de Coronavirus, les dernières annonces qui viennent d’être faites par le gouvernement qatari, en partenariat avec le secteur privé, à l’égard des travailleur étrangers, à hauteur de 825 millions de dollars seront destinées à : améliorer les conditions de travail et de santé, garantir le paiement des salaires en temps et en heure et la prise en charge de ses ouvriers pendant tout le temps de l’épidémie. Et donc fournir à ces derniers une amélioration substantielle de leur confort quotidien sur place. Des représentants des Nations Unies sur place ont salué l'effort de Doha. 

Relativement épargné par le Coronavirus, le pays a pris rapidement toutes les mesures nécessaires pour mettre en quarantaine les personnes infectées et la situation est désormais sous contrôle depuis la mi-mars. Alors que le pays se prépare à accueillir la coupe du Monde en 2022, le Qatar poursuit en attendant ses travaux pharaoniques de construction des grands stades et des infrastructures qui accueilleront l’évènement planétaire dans un peu plus de deux ans. Cela se fait, en accord avec l’Organisation Internationale du Travail, dans un contexte international difficile certes, mais pour lequel Doha vient de décider un grand nombre de mesures pour soutenir l’effort quotidien des ouvriers.

C’est en réalité la suite d’un long processus pour Doha. Après l’abandon partiel de la "kafala" en 2016 puis définitif en 2019, ce système de parrainage du travailleur étranger par son employeur, le Qatar a cherché à faire évoluer les droits du travailleur. Jusque-là, ce dernier dépendait du bon vouloir de son parrain qui en était alors juridiquement responsable sur tous les plans. Avec l’arrivée de l’OIT en avril 2018 qui a ouvert un bureau à Doha, une réglementation est en cours d’élaboration. Mais face à une situation aussi dramatique que la pandémie mondiale du nouveau Coronavirus, il était urgent de pouvoir mettre en place une protection renforcée des travailleurs le plus rapidement possible. Tout le monde a la possibilité, contrairement à chez nous, de se faire tester pour le Covid-19 sans frais et en cas de résultat positif, de recevoir les soins nécessaires pris le plus tôt possible. Traitements, hébergement et services divers sont pris en charge par le Ministère de la Santé Publique. Les travailleurs en quarantaine continuent à être payés. Un « tracking » des personnes ayant côtoyé ces individus est également mis en place comme l’ont fait un certain nombre de pays démocratiques en Asie qui sont venus à bout de l’épidémie relativement rapidement.

Alors que beaucoup le demandent en Europe, Doha a mis également en place une politique de nettoyage active des lieux publics afin de garantir une sécurité sanitaire maximale mais également des hébergements réservés aux travailleurs étrangers. C’est aussi le cas des transports publics et des centres commerciaux. Partout, il est désormais possible de trouver du gel hydroalcoolique un peu partout alors qu’il a tant fait défaut souvent chez nous. Tous les travailleurs ont des masques à disposition. Une grande campagne d’affichage publique mais également dans les médias locaux en différentes langues a été lancée pour faire de la prévention aux mesures et aux comportements barrières une priorité nationale. La collaboration entre l’Etat et les entreprises du secteur privé est très active puisque des stocks réguliers de nourriture, de boissons, et de matériel de protection leur sont fournis.

Car avec tous les projecteurs braqués sur lui jusqu’à au moins 2022, le Qatar a bien compris l’urgence. La Coupe du Monde doit être parfaite et doit se faire dans les règles de sécurité sanitaire maximale comme tout grand évènement planétaire: lui comme ses voisins ne supportent pas la médiocrité en matière d’organisations d’évènements internationaux, souvent devenus de grandes références comme WISE à Doha (World International Summit on Education), ou IDEX, le salon de l’armement militaire à Abu Dhabi. La protection des travailleurs pendant cette terrible épidémie est un des premiers éléments concrets d’application de cette nouvelle vision du travail dans le Golfe. On peut espérer que les Émirats Arabes Unis puissent difficilement faire moins pour ses travailleurs étrangers à l’approche de l’Exposition universelle Dubaï 2020 censée se dérouler à partir de fin octobre.

 

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