Qatar Airways entre blocus et pandémie mondiale : de la résilience à la résistance

Cherchant en permanence à se réinventer, Qatar Airways veut devenir l’exemple même de la société qui malgré les turbulences aura traversé les crises, résisté, et cherché encore à progresser et faire mieux que ses concurrents. La résilience post-crise suite au blocus de 2017 et l’action de résistance de QA pendant la pandémie en sont deux parfaits exemples.

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Élue meilleure compagnie aérienne commerciale au monde pour la cinquième fois de son histoire en 2019, Qatar Airways est devenue en quelques décennies un des fleurons de la communication de l’Émirat du Qatar. Car beaucoup l’oublient trop souvent: l’image d’un pays commence dès le premier pas posé dans l’un des avions de sa compagnie nationale. Qatar Airways brille non seulement par la couverture de près de 170 destinations sur les 5 continents en temps normal, comme par la qualité et la modernité de sa flotte, ou encore la formation de haut niveau du personnel naviguant sur le modèle asiatique et l’excellence de son service à bord. En effet, avec 212 avions et 28 cargos, la flotte de Qatar Airways s’est récemment réorganisée pour ne disposer à terme que des quatre avions les plus performants au monde :  l’A321neo et l’A350, le Boeing 777 et le 787. Exit les anciens A320 et les A380 ! 

 

Car au-delà d’être une simple compagnie aérienne, Qatar Airways est devenue non seulement depuis presque trois ans l’exemple parfait de la capacité de résilience de l’Émirat depuis le début du blocus qui lui a été imposé par ses voisins le 5 juin 2017, mais aussi la compagnie experte en temps de crise comme c’est le cas depuis le début de la pandémie de Covid-19 en couvrant massivement les rapatriements d’étrangers et en acheminant vivres et matériel médical dans le monde entier. Contrairement à ses concurrents directs, Etihad et Emirates[1] dont la plupart des avions sont cloués au sol depuis plus d’un mois, Qatar Airways a cherché rapidement à contourner les difficultés rencontrées, comme lors du début de l’embargo par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, pour compenser les pertes financières colossales à chacune des épreuves qu’elle a rencontré. Depuis trois ans donc, chaque vol partant et arrivant à Doha nécessite 20 minutes de plus de trajet, et autant de consommation de carburant de plus, car il lui faut contourner l’espace aérien saoudien et émirati en volant au-dessus du Golfe persique et l’Iran. Depuis 2017, après que les Nations unies aient déclaré ce blocus illégal, une plainte a été déposée par Doha à l’OMC pour dénoncer les restrictions aériennes imposées par ses voisins. Qatar Airways en appelait aussi la même année l’OIAC (Organisation Internationale de l’Aviation Civile) à reconnaître publiquement que le blocus était contraire aux conventions internationales de 1944 sur le transport aérien. En vain, notamment car … l’Arabie Saoudite ne les a jamais signé !

 

Depuis, Qatar Airways perd chaque année plusieurs millions de dollars, comme en 2019, avec un record de 639 millions, malgré un chiffre d’affaires de 13,2 milliards de dollars. Mais les raisons varient. Il n’y a pas que de la perte liée à la suppression de lignes ou à la hausse du prix du pétrole. Il y a aussi beaucoup d’investissements liés à la création de nouvelles lignes et à l’achat de matériel dernier cri. En effet, en 2019, 11 nouvelles lignes ont tout de même été inaugurées et 30 en tout depuis le début du blocus. Le 250e avion de la compagnie a été livré l’année dernière et l’ensemble de la flotte est estimée désormais à une valeur de 85 millions de dollars. Dernièrement, Qatar Airways a aussi tenu à assurer la protection de ses salariés pendant le Covid-19 en leur proposant de poser des congés sans baisse de salaire tout le temps de la crise. Face à cette stratégie expansive coûte que coûte et qui prouve la bonne santé économique globale de la compagnie, la crise mondiale qui s’est ajoutée depuis mars 2020 avec la pandémie de Covid-19 était un test supplémentaire pour le patron de Qatar Airways, Akbar el Baker, qui sait bien qu’il pourra aussi compter sur l’État qatari en cas de coup plus dur.

 

Preuve en est, la capacité de résilience de Qatar Airways s’est transformée dernièrement en force de résistance bulldozer parmi les compagnies aériennes mondiales qui battent toutes de l’aile, en devenant l’une des principales compagnies de rapatriement des étrangers depuis le début de la pandémie du Covid-19. Et en ayant augmenté aussi son transport de fret grâce à ses cargos mais aussi les avions habituels pour compenser la perte sèche du transport des passagers. Si un tiers des liaisons aériennes fonctionne actuellement, c’est surtout pour permettre à 17 000 passagers sur 60 vols spéciaux de rentrer chez eux à la demande des gouvernements français, allemand, et britannique notamment.  C’est peut-être l’occasion enfin de resservir le droit international sur un plateau d’argent de la part de ses puissances à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis qui ont brillé eux par leur absence dans la gestion aérienne et humanitaire de la crise mondiale, en levant une bonne fois pour toutes ce blocus contre Doha totalement illégal. D’autant plus que nouveau geste vers les Occidentaux la semaine dernière : l’Emir Al Thani envoyait deux avions militaires à destination de l’Italie avec à son bord du matériel médical et l’équivalent de deux hôpitaux de campagne et 2000 lits pour Rome et Vérone.

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[1] Emirates est déjà dans une situation financière compliquée : https://www.air-journal.fr/2020-04-01-covid-19-emirates-airlines-sera-sauvee-coute-que-coute-5219187.html

 

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