Les curieuses affaires française de John Cockerill Défense dans la guerre au Yémen

L'implication de la France dans la guerre au Yémen est un secret de polichinelle. Mais la responsabilité de l'entreprise belge, John Cockerill Défense, dans la formation de militaires saoudiens depuis deux ans, et ce en partie au frais du contribuable français, est plus méconnue.

L'une des versions des tourelles à canon de l'entreprise sérésienne John Cockerill, anciennement CMI

crédit: Tous droits réservés RTBF

On savait que la France avait largement fourni des armes à l’Arabie Saoudite dans sa guerre menée au Yémen depuis cinq ans. En janvier 2019, au micro de France Inter, la ministre des Armées Florence Parly affirmait pourtant n’avoir « pas connaissance du fait que des armes (françaises) soient utilisées directement dans ce conflit ». Elle affirmait même n’avoir « pas d’éléments de preuve […] que des armes françaises sont à l’origine de victimes civiles au Yémen ». Pourtant, une enquête du site Disclose allait contredire à nouveau ces propos le 15 avril 2019, évoquant alors un véritable « mensonge d’État » reprenant les informations figurant dans une note de la direction du Renseignement militaire de 2018 et qui atteste bien de l’utilisation d’armes françaises au Yémen[1].

 

Plus de 100 000 mille morts plus tard, le cas de la Belgique illustre tout aussi parfaitement la politique irresponsable d’un certain nombre d’États-membres de l’UE dans ce commerce de la mort. Tout simplement car l’industrie de l’armement est une manne séduisante pour les pays riches qui ne peuvent plus résister à l’appât du gain du complexe militaro-industriel. Dans une tribune parue le 14 mai 2019 sur le site Lemondearabe.fr, nous nous interrogions sur le rôle de l’Arabie Saoudite, comme porte-flingue de l’industrie belge de l’armement au Yémen[2]. Depuis plusieurs années en effet, l’on savait que des armes fabriquées à Herstal, en Belgique, s’étaient retrouvées au milieu du champ de bataille syrien, puis depuis quelques mois qu’elles alimentaient « peut-être » l’opération de mort menée par l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis au Yémen.

 

Dans le commerce des armes, il y a la vente et l’achat mais aussi la formation à leur usage qui rapporte gros. Voilà qu’Amnesty International revenait à la charge sur l’implication française au Yémen publiant un article d’Audrey Lebel[3], révélant la création maintenant d’un bien étrange centre de formation à [4]destination des militaires saoudiens, et ce sur le sol français. En effet, à Commercy, dans la Meuse, un ancien terrain appartenant au groupe belge CMI a fait l’objet de nombreuses spéculations. Aux frais du contribuable français, la caserne n’est que le maillon d’une longue chaîne et va faire l’objet d’une réhabilitation polémique : en effet, l’entreprise belge John Cockerill Défense (ex-CMI) a fourni à Riyad des nouvelles armes de pointe et en accord avec le Ministère de la Défense de l’époque en 2011, s’est vu octroyer la possibilité de réexploiter d’anciens terrains de manœuvre militaires notamment à … Commercy ! Selon l’auteur de l’enquête, la négociation était simple :  « Le deal c’était, il rénove, il rachète le bâtiment pour en faire son centre de formation et, en contrepartie, l’armée de terre lui concède l’utilisation des terrains de manœuvre dans des conditions limitées, précises, financières. Dès 2012, la société est assurée de pouvoir mener ses activités de tirs réels sur ces terrains de manœuvre à Suippes, en Champagne. Sur le site de Commercy, il est prévu de former, en salles de classes et sur simulateurs, des militaires saoudiens au maniement de tourelles-canons Cockerill ».

 

A l’époque, le complexe militaro-industriel joue à plein main dans la main avec le gouvernement : Gérard Longuet, ministre de la Défense d’alors, octroie cette faveur, à son grand ami Bernard Serin, le dit-ami de longue date qui possède 80% de l’entreprise belge ! La boucle était bouclée. L’argument des deux protagonistes à l’époque était bien entendu officiellement de rebooster l’économie locale du bassin de Commercy, largement sinistré depuis des années. En effet, la ville était connue pour le dynamisme du 8e régiment d’artillerie installé depuis les années 1960 à Commercy et qui avait été dissous en 2013. A l’époque, Cockerill se voit octroyer un million d’euros d’aide de l’Etat pour lancer le projet de rénovation du site. Bientôt, et ce alors que la Cour des Comptes fixait le plafond d’un tel soutien public à 600 000 euros, des militaires saoudiens viendront se former sur l’utilisation de nouvelles armes et pourront poursuivre leur entreprise de mort, entre autres, au Yémen ! En tout et pour tout, par aides diverses et variées, Cockerill a touché près de 2 millions d’aides publiques pour ce projet sinistre.

 

 

[1] https://made-in-france.disclose.ngo/fr/chapter/yemen-papers/

[2] https://lemonde-arabe.fr/14/05/2019/arabie-saoudite-porte-flingue-de-l-industrie-belge-au-yemen/

[3] https://www.amnesty.fr/controle-des-armes/actualites/revelations-en-france-un-centre-de-formation-pour-des-soldats-saoudiens

[4] Article cité

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