Macron en Belgique : la fin du désintérêt français pour son petit voisin belge ?

Il est tout à fait incroyable que la dernière visite officielle d’un président français en Belgique remonte à près d’un demi-siècle.

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(Source: Paris Match Belgique)

En effet, bien que tout chef de l’hexagone se rende mensuellement dans-ce-petit-pays-que-la-France-méconnaît-totalement pour raisons européennes et conseils du même nom mais également otanesques, le dernier ruban bleu-blanc-rouge de l’Elysée à avoir foulé le sol outre-Quiévrain était le défunt Georges Pompidou en 1971.

Si certains avancent encore l’idée que François Mitterrand ou Jacques Chirac s’y seraient aventuré pour des visites officielles qui semblaient ne pas en être, le flou artistique qui règne autour de la vraie information est la preuve que la Belgique n’a jamais suscité d’intérêt stratégique et culturel pour son grand voisin. On préfère la Belgique en guerre culturelle, imagée, fantasmée, rêvée, couchée sur du papier bulle, que la Belgique en chair et en os. Au mieux, elle est une escapade hypercalorique d’un week-end pour venir manger une gaufre et d’une halte scato pour voir le Manneken-pis. Je dirai même plus: elle est au pire, une pause gourmande sur le chemin de la Hollande qui offre encore plus de paradis artificiels que le surréalisme.

Non, la Belgique, si elle n’accueillait pas la capitale de l’Union européenne, serait presque pour beaucoup d’hexagonaux ce que Donald Trump appelait élégamment un simple"shit-hole". Une zone de transit et un lieu sans intérêt pour utiliser un euphémisme. 

En réalité, ce qui est fou c’est que les chefs d’Etat français qui s’intéressent à la francophonie, effectuent davantage de visites officielles dans les pays du Maghreb et en Afrique subsahariennes que dans les pays originellement francophones que sont la Belgique, la Suisse, et le Québec (bien que pour ce dernier le symbole politique de la résistance à l’envahisseur anglophone ait encore davantage d’intérêt politique pour l’exécutif).

Pour moi qui suis chercheur français expatrié depuis dix ans dans le plat-pays-pas-si-plat-que-cela, je constate souvent avec quelle méconnaissance et désintérêt les Français parlent de mon pays d’adoption. Bruxelles est devenue un gros mot pour ceux qui abhorrent les institutions européennes. La capitale mondiale de la pluie pour ceux qui ne savent pas lire entre les gouttes. Les attentats de 2015 ont mis la Belgique en pleine lumière autrement que pour les frites, Tintin, l’art-déco et nouveau, Amélie Nothomb, Magritte, les cumulus qu'elle cumule et la pluie qui n'en finirait donc pas de tomber.  Molenbeek résumait la Belgique: une fin du monde. Le bashing inouï dont a été l’objet le pays achevait tout regain timide d’un intérêt mineur pour ce pays par les Français et dégageait le plus grand des mépris. Non la France ne pouvait pas avoir de responsabilité dans le développement des attentats de Paris et de Bruxelles, mais c’était bien la Belgique qui avait tout fait germer et exploser. Elle était devenue le Djihadistan en quelques jours, le terreau de l'apocalypse.

Vous avez dit bizarre? Je dirai même plus une fois encore: beaucoup de Belges sont victimes du syndrome de Stockholm. Ils finissent par se faire à l’accent-pseudo belge que leurs voisins imitent pour imiter Coluche imitant des Belges qui n’existent pas vraiment. Ils continuent à tendre l’autre joue lorsque les Français les prennent de haut. Mais ce n’est pas grave, le cœur y est. Il y a encore quelques semaines à Paris, une pharmacienne me demandait si la guerre était « toujours aussi violente » entre Wallons et Francophones. J’ai répondu que oui pour ne pas avoir à expliquer l’inexplicable pour un Français. J'ai répondu que d'ailleurs, nous avions les militaires dans les rues pour cela. 

Ce que je veux dire par là, c’est que l’opinion et  la presse belge qui a noyé d’encre ses pages depuis trois jours pour la visite d’Emmanuel Macron ont toujours eu un intérêt pour la France et ses affaires. Ça ne sous-tend pas que nous ayons une vie politique ennuyeuse, quoi que, mais bien que le regard belge est toujours capté par la lumière française. Par envie, jalousie, frustration ? Les Belges des copycat ? Probablement parce qu’on dirait le sud, probablement parce que le pays aime la mélancolie. J’ai toujours été effaré par la fascination que l’hexagone suscite chez  beaucoup de Belges, de la vie politique, à l’art du débat, en passant par la culture et la gastronomie. On ne peut exiger le retour d’ascenseur de la part de mes compatriotes français, mais un minimum de curiosité pour le pays de Godefroid de Bouillon,  de Jacques Brel (qui est bien belge, laissez-le-nous encore une fois, alors que pour les Français, il est le plus grand chanteur français de tous les temps), de Georges Simenon, d’Eddy Merck, de Jean-Claude Van Damme, de Maurice Béjart qui voulait devenir belge juste avant sa mort, de Sœur Emmanuelle, de Peyo père des Schtroumpfs, de Roba père de Boule et Bill, d'Eric Emmanuel-Schmitt serait salvateur. Quant aux Français qui viennent ici et qui l’aiment leur Belgique du spéculoos et des pralines Godiva, ce n’est pas que pour des raisons non avouables. Non, ils y viennent car il fait bon vivre. Non, ils viennent pour son humanité, sa douceur, sa sincérité, son humanité, son chaos. Un petit parfum de France d’antan. Et si la France regardait avec le sourire un peu plus au nord pour elle aussi avoir envie de s’en foutre un peu de sa fierté ?  

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