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Billet de blog 24 nov. 2018

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Donald Trump est bon pour l’Amérique : il est donc bon pour le monde

Et si Donald Trump était la meilleure chose qui soit survenue dans le jeu corsé des relations internationales depuis la fin de la Guerre Froide ? Car qu’on se le dise : si Donald Trump est bon pour l’Amérique, il est donc bon pour le monde.

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(source: Joe Raedle/ AFP)

Et si Donald Trump était la meilleure chose qui soit survenue dans le jeu corsé des relations internationales depuis la fin de la Guerre Froide ? Car qu’on se le dise : si Donald Trump est bon pour l’Amérique, il est donc bon pour le monde. Quand l’Amérique a le sentiment d’aller, le reste suit. Quand l’Amérique va mal….La vision binaire de la planète a donc encore de beaux jours devant elle. Puisque le monde des Yankees se circonscrit à son environnement immédiat jusqu’aux océans, on peut comprendre que le Président américain qui a relancé la croissance économique, permis aux petits entrepreneurs de reprendre du poil de la bête, stigmatisé les minorités en situation illégale qui détourneraient l’économie réelle, mis à genoux certains pays indociles par la remise en cause des tarifs douaniers faisant pression grâce au dollar, montrer finalement du doigt les mauvais Américains qui profiteraient du système plutôt que de concourir à l’effort de guerre, convient à merveille à ce que l’on appelle l’Américain moyen. Et Trump ne s’y trompe pas : il s’est autoproclamé meilleur Président de l’histoire. Et ça passe puisque les Américains en redemandent presque.

Ce qui est bon pour l’Amérique…

« Make America great again » n’est pas qu’un slogan, il est un programme, tout le programme. Là où Barack n’aurait pas « pu » malgré son « Yes we can », le milliardaire magnat des médias est en train d’offrir sur un plateau doré dont il a le secret, vu ses goûts en décoration d’intérieur, mieux que la grandeur: l’illusion de la grandeur. Peu importe la réalité, peu importe la vérité, tout combat qui est mené pour les Américains, au nom des Américains dans le monde entier, passe par une priorité : les Américains. Pour l’actuel Président, Barak Obama avait laissé un pays en proie au doute, au dialogue, à la modestie, à la fragilité, à l’überdémocratie. Les Américains n’ont pas les moyens de faiblir. En parfait coach en développement personnel, Trump a redonné au creuset WASP américain la fierté d’être ce qu’ils ont, la conviction qu’ils restent supérieurs et bien plus brillants que toutes ces minorités visibles et invisibles qui œuvreraient à fragiliser leur assise et remettre en cause leur héritage. Ce que les Européens n’ont pas compris : c’est qu’ils pensent en Européens pour les Américains, partagés entre leur fascination pour les Etats-Unis à chaque élection et leur anti-américanisme primaire. Mais ils refusent de les comprendre : Dieu a donné à l’Amérique ce rôle et elle compte bien le garder.

Lors des élections de 2016, j’étais persuadé que Trump l’emporterait sur Clinton. Candidat pseudo-anti-système ayant fait l’unanimité des médias contre lui, il n’a pas démérité. Car il vend du rêve, il ose, sans vergogne, avec arrogance, franchise, renfort de mensonges et de populisme. Dans une ère de post-vérité, c’est cela qui plait à la population. Peu importe les conséquences : les Américains veulent du rêve américain et Trump brille de multiples atouts pour faire avec les enjeux du monde un nouveau show de télé-réalité. Il est une boule à facettes dans le noir contrarié d’une boîte de nuit. Le résultat des mid-terms en novembre 2018 qui aurait dû arrêter Trump dans son excentricité n’a fait que le renforcer. Nous sommes désormais tous en train de faire le deuil d’un mandat unique. 2020 pourrait lui sourire une fois encore. De toute façon, les Américains refusent de voir que la bulle économique du  moment n’est que provisoire. Ils veulent vivre l’instant et l’illusion de la grandeur absolue en représentant de nouveau une capacité de nuisance économique sans pareille sur la planète. Ils jouissent de ça.

… Est donc bon pour le monde

Qu’apporte Donald Trump en réalité au monde ? La première vertu de ce bouleversement est bien sûr de régénérer les dynamiques mondiales que le goût excessif pour la réflexion de l'Administration démocrate sortante avait plongé dans un délitement d'autant plus dangereux qu'il laissait des menaces se développer sous l'onction anesthésiante de ses bonnes intentions affichées. C’est le retour du bilatéralisme au profit des Américains, court-circuitant par là les institutions internationales trop ouvertes selon Trump aux moutons noirs et autres Etats parasites.

La seconde, une glorification du pouvoir de trancher avec fermeté. Pour l’Amérique et pour le monde, voilà ce que les Yankees reprochent finalement le plus à Barack Obama : son refus obstiné d'exercer toute forme de vrai leadership, à l'heure où la persistance et la multiplication des crises oriente les opinions publiques vers un besoin anxieux de réponses, d'actions et de sentiment de puissance. Il faut pouvoir décider avec virilité et force au détriment de prises de positions démocratiques qui laissent l’incertitude gagner du terrain dans la tête des individus. Or, le Président Obama, cédant à son goût de tant peser les événements qu'il ne peut plus peser sur eux, n'a offert au peuple américain que le spectacle anxiogène d'incarner dans sa Présidence l'impuissance que le peuple vit dans son quotidien et aspire à exorciser dans les symboles ou la gestuelle, ce qu'a compris, mieux qu'aucun autre, Vladimir Poutine.

La troisième « vertu »: imposer quelle que soit la réalité sa propre vérité. Même en perdant toutes leurs guerres depuis cinquante ans, les Etats-Unis restent les vainqueurs car ils sont toujours les maîtres du jeu malgré le retour en force de la Russie et l’emprise croissante de la Chine. Ils sont le camp du bien. Les Américains moyens ne s’intéressent pas plus que cela aux deux grands. Ils ont des obsessions et ne lisent pas entre les lignes : l'Iran et l’arc chiite en font partie. Au point de soutenir mordicus dans la région son allié le plus antidémocratique et le plus autoritaire qu’est l’Arabie Saoudite et son prince héritier Mohamed Ben Salmane. Les dernières déclarations de Donald Trump dans l’affaire Khashoggi sont de l’ordre du pur réflexe de realpolitik : quel Américain comprendrait au nom d’un impératif droit-de-l’hommiste qui ne doit les concerner qu’eux que l’on remette en cause les milliards de dollars de contrats d’armement passés l’année dernière avec le royaume saoudien ? La vie d’un journaliste d’opposition saoudien a-t-elle ce prix ? Bien sûr que non, pas plus que les milliers de victimes du Yémen, dont la plupart des Américains ne savent même le situer sur une carte.

On ne peut pas empêcher que quelques dizaines de millions d'américains continuent de rêver à un monde aussi sucré que leurs idéaux, leurs milk-shakes et leurs taux sanguins d'insuline et voudraient d'un nouveau Thomas More en la personne de Bernie Sanders. Mais les 48% d'électeurs qui ont porté Donald Trump au pouvoir, des braves gens qui travaillent ou qui chôment dur et qui ne veulent pas se dissoudre dans une soupe mondialisée où les USA n'auraient pas plus de présence qu'un jalapeño dans un chili con carne; ces électeurs-là savaient très bien ce qu'ils voulaient et ce qu'ils ne voulaient pas. Et ce qu’ils désiraient le plus : un homme qui pense comme eux ou pas mais qui dit ce qu'il veut et surtout ce qu'il pense, un homme qui ne promet rien si ce n'est la promesse de vibrer, ce qui est plus honnête que de promettre des programmes; enfin, un homme qui a profondément compris que ce qui à la fois affaiblit et irrite le plus un peuple ce n'est pas le désespoir mais l'ennui. En la matière, Trump ne déçoit personne depuis 2016.

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