Crise du Golfe et banques: le Qatar attaque la First Abu Dhabi Bank aux USA

C’est l’Autorité de la QFC[1] qui l’a annoncé elle-même ces derniers jours : Doha a décidé d’attaquer devant le tribunal commercial de New-York la First Abu Dhabi Bank afin de la faire condamner à payer une dette judiciaire évaluée par le Qatar à près de 55 millions de dollars.

 

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La crise politique et économique qui dure depuis plus de trois ans entre Doha et ses voisins émirati et saoudien a provoqué une série de dommages collatéraux et de crises locales notamment financières qui ont pesé sur le petit Émirat. Elle a aussi été l’objet de nombreuses fake news montées de toutes pièces. Conséquence immédiate du blocus déclenché le 5 juin 2017 : baisse temporaire du cours du rial qatari, retrait massif des dépôts saoudiens et émiratis  qui ont dû être compensés en urgence par une réinjection dans le système bancaire de près de 20 milliards de dollars grâce à la force du fonds souverain qatari, La Qatar Investment Authority[2]. Depuis plusieurs mois, le Qatar poursuit la fameuse banque émiratie, mais pas seulement, la banque saoudienne SAMBA également, devant le tribunal de l’État de New-York, l’accusant d’avoir à l’époque manipulé le rial qatari pour déstabiliser le cours de sa monnaie nationale et son économie. 

Ainsi, les avocats du Qatar dénoncent une fraude, mais également un complot en vue de commettre une fraude, accusant les deux banques citées d’avoir envoyé des milliers de faux ordres de vente de rials qataris et de titres du gouvernement aux plateformes de négociations de devises étrangères à la bourse de New-York, pour déstabiliser et faire chuter le cours de la monnaie, au début du blocus dès 2017. Ce que Doha suspectait depuis le début. Alors que le tribunal civil et commercial du Qatar avait condamné la banque émiratie en première instance à payer ces fameux 55 millions de dollars de dette pour le préjudice, la FAB avait fait la sourde oreille et nié en bloc. Alors qu’elle a fait appel auprès de l’Autorité qui avait rejeté ce dernier le 13 mai 2019, et face à l’impossibilité d’obtenir les documents demandés, à savoir les registres commerciaux de l’époque, le tribunal civil et commercial qatari avait condamné à nouveau, en septembre de la même année, la FAB pour outrage au tribunal. La banque avait alors décidé de quitter le sol qatari. Et c’est là que les choses se sont compliquées pour le Qatar.

Devant le déni persistant et ce départ précipité, Doha décida alors de porter son affaire contre la plus grosse banque émiratie à l’international et entamer une procédure d’exécution des décisions judiciaires financières sur le sol américain, et ce directement à New-York, à deux pas de Wall-Street, pour espérer récupérer son dû. Pour l’Autorité de Régulation qatarie, la banque a délibérément cherché à entraver l’enquête, violant toutes les règles et conventions d’accord signées avec l’Autorité, en refusant de fournir un certain nombre de documents. Mais la banque émiratie ayant toujours refusé de coopérer en dépit des injonctions de l’Autorité sur le sol qatari à laquelle elle aurait dû se plier, il est encore plus difficile pour Doha désormais d’obtenir réparation depuis que la banque a quitté son sol. Il faudra donc suivre les décisions à venir du Tribunal de New-York, qui décidera ou non de faire appliquer une décision de justice tiers sur son sol, dont dépend aussi la banque émiratie dans ses activités financières du quotidien.

[1] L’Autorité de régulation du Centre financier du Qatar

[2] https://www.lesechos.fr/2017/10/le-fonds-souverain-du-qatar-vient-en-aide-a-son-etat-184493

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