Laïcité et fraternité (trois propositions)

Trois propositions pour mieux conjuguer LAICITE et FRATERNITE en France. Il y a du boulot ! Lien vers la vidéo en fin d'article Par Sébastien Fath, citoyen français, historien, chercheur au CNRS (Laboratoire GSRL, EPHE-PSL/CNRS)

La laïcité nourrit la fraternité, 3e élément de la devise de la République française. Parce que la fraternité nourrit le lien, c'est l'occasion de dire merci à ce beau pays, où liberté, égalité, fraternité se rencontrent. Certes, la France connaît un lent déclassement depuis 40 ans. Mais on se noie parfois dans les critiques alors que bien des choses vont bien dans ce beau pays. Du président de la République, Emmanuel Macron, jusqu'aux agents qui assurent le service public à l'école, à l'hôpital, dans les mairies, tant de bonnes volontés font vivre les valeurs de la République, ainsi que le principe de laïcité.

 

Du côté des religions, on entend parfois crier à la persécution. Mais lors de nombreuses semaines de confinement au cours de la pandémie Covid19, la République a laissé les lieux de culte ouverts, alors que les théâtres, les cinémas et les cafés étaient fermés ! La France nourrit en son sein des ferments d'intolérance à la différence, mais il ne faut pas exagérer. Elle n'est pas anti-religieuse et veille à cultiver la valeur de la traternité. A ce titre, la laïcité a un rôle à jouer, en tant que principe d'équilibre. Voici 3 propositions. 

1/ Simplifier les contraintes qui pèsent sur les associations cultuelles. Ces associations ont leurs problèmes, bien-sûr, mais elles sont, très souvent, des creusets de fraternité, de mixité entre les générations, les catégories sociales, les cultures. Ce sont aussi des lieux de socialisation aux valeurs et à l'engagement, y compris dans des associations séculières. De nombreuses organisations de défense des droits de l'homme se sont inquiétées, à raison, de la surcharge déraisonnable de contraintes de gestion imposées par certaines dispositions la loi dite séparatisme votée en 2021. A revoir !

2/ Réaménager progressivement le calendrier des jours fériés. L'idée circule depuis des années déjà. L'objectif est d'intégrer un peu moins d'histoire politique et d'histoire catholique, afin de laisser une petite place symbolique à d'autres traditions qui ont aussi contribué à faire la France : islam, protestantisme, judaïsme, athéisme par exemple. La fraternité, qui passe aussi par les fêtes, y gagnerait. Plusieurs pays africains francophones, constitutionnellement laïques, honorent la diversité empirique de leurs religions par un calendrier férié pluraliste. Au lieu d'une posture condescendante, pourquoi ne pas s'inspirer de leur exemple ?

3/ Enfin, la troisième proposition pour booster une laïcité de fraternité c'est de davantage intégrer la jeunesse dans les dispositifs qui régulent la laïcité. Les moins de trente ans, en France, comprennent et vivent souvent mieux la laïcité que leurs parents.

Les premiers (les jeunes) ont grandi dans une France plus diverse, et ouverte sur le monde, y compris par internet. Ils sont moins affectés par les nostalgies identitaires, qui divisent au lieu de rassembler. Faisons davantage confiance à la jeunesse. Par son ouverture et ses réseaux, comme l'association Coexister, la jeunesse française sait vivre une laïcité de fraternité, qui accueille au lieu d'exclure.

Inspirons-nous d'elle !

Lien vers la vidéo

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.