Macron s’offre à la Turquie des "Bayraktar" par A. Fotiadis, journaliste Grec

Traduction d’un article d’Apostolis Fotiadis (avec son accord), chercheur/journaliste grec, qui interroge sur le fameux « en même temps » du Président Macron : une levée de bouclier contre la Turquie et le danger Erdogan pour la vitrine médias ; des alliances opaques entre fabricants d’armes turcs et français pour le lucratif business de l’armement.

Article initialement publié ici : https://www.efsyn.gr/stiles/apopseis/272259_makron-igoraze-gia-ta-mpairaktar

Le président français rugit contre Tayyip Erdogan, mais les drones turcs « Bayraktar », engins décisifs dans la guerre du Haut-Karabakh, sont conçus à partir de composants français. Ainsi donc, les entreprises françaises et turques travaillent en étroite collaboration pour construire des machines de guerre sophistiquées.

En prévision du sommet européen de décembre 2020, nombreux sont ceux qui prédisent la position ferme que la France et le président Macron adopteront sur les relations UE-Turquie. La Grèce soutient cette stratégie mais voudrait également qu’elle prévale en matière d’exportations d’armes de la part de la France et plus avant également pour des pays comme l'Allemagne et l'Espagne. Cependant, s'agissant des intérêts de l'industrie de l'armement, le monde habité par le président français se révèle plus complexe que celui que suggère sa « confrontation communicative » avec le président Erdogan.

La flexibilité du président Macron sur la politique nationale d'exportation d'armes est devenue claire avant-hier avec une déclaration selon laquelle les allégations de violations des droits de l'homme n'affecteraient pas les exportations d'armes de la France vers l'Égypte. Et comme le confirment un certain nombre de données, il est probable que ces questions n'affectent pas non plus les exportations vers la Turquie.

Une analyse des débris d'un drone turc TB-2 abattu dans le Haut-Karabakh montre des batteries thermiques portant le logo d’une société française, lesquelles sont utilisées comme composants de missiles transportés par ces « bombes sans pilote » turques.

Le même équipement apparaît sur des photos plus anciennes d'un homme abattu dans le sud de Tripoli en Libye, datées de décembre 2019. Le code inscrit sur les pièces correspond au code OTAN de l'entreprise.

La coopération des Français avec l'entreprise turque qui les produit est mentionnée dans une série de documents rendus publics en France en 2019.

Le TB-2 « Bairaktar » a bombardé plusieurs fronts ces dernières années - aux frontières sud de la Turquie, contre les Kurdes, en Syrie, Libye et dans le Haut-Karabakh. L’arme est considérée comme ayant joué un rôle essentiel dans le cours de la guerre dans le Caucase, qui a causé la mort de milliers de personnes et le déplacement de dizaines de milliers d’individus.

Combien de fois les composants de l'entreprise française ont-ils été utilisés ? Où exactement ont-ils été fabriqués, exportés, quand et dans quelles conditions ? Ont-ils enfreint l'une des règles de la législation internationale ou européenne sur l'exportation et la réexportation de systèmes de défense ?

Comme l'explique le député indépendant français Sébastien Nadot, ancien membre du groupe parlementaire du parti au pouvoir, compte tenu de l'opacité absolue traditionnellement maintenue par les gouvernements français successifs, il est presque impossible de savoir dans quelles conditions ces composants ou technologies sont exportés : « Bien que je soutienne la politique du président français à l'égard de la Turquie, il est très embarrassant de voir ces pièces faire partie de l'équipement turc utilisé sur le champ de bataille. C'est un autre exemple de l'opacité de la politique d'exportation d'armes de la France. Il est absolument impossible même pour les députés d'avoir accès à ces informations. »

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