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Billet de blog 18 mars 2021

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Congo Brazzaville: une bombe à retardement qui explosera le 21 mars

Denis Sassou-Nguesso, le président de la République du Congo tient les rênes du pouvoir depuis 1979, quand la France était dirigée par Valéry Giscard d’Estaing et les États-Unis par Jimmy Carter.

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Le Congo Brazzaville est un pays où, aujourd'hui, le principal candidat à la dernière élection présidentielle de 2016 – et véritable vainqueur des urnes – le général Jean-Marie Michel Mokoko, purge une peine de 20 ans d'emprisonnement. André Okombi Salissa, autre candidat de 2016, a été condamné à 20 ans de travaux forcés.

Le 2 février 2021, l’épiscopat congolais présageait des lendemains douloureux au sortir de l’élection présidentielle de ce 21 mars 2021. Il avait émis de sérieuses réserves sur l’organisation de ces élections, estimant que les conditions n’étaient pas réunies pour qu’elles se déroulent dans la quiétude, la transparence et la liberté nécessaires au respect des principes élémentaires d'un processus électoral démocratique. 

Au même moment, l'éviction de deux rédacteurs en chef de médias, Raymond Malonga et Henri Michel Ngakeni, jugés trop virulents à l'approche de l'élection, a confirmé la réduction constante de l'espace civique et des libertés. Il n'y a plus de presse indépendante au Congo. 

Le 11 mars 2021, le Dr. Alexandre Ibacka Dzabana, coordonnateur de la Plateforme congolaise des ONG des droits humains et de la démocratie, a été enlevé à son domicile par les forces du régime et demeure à ce jour emprisonné.

Le Congo est une dictature qui ne se cache plus. Troisième producteur de pétrole d'Afrique centrale, il est l'un des pays les plus corrompus d'Afrique (165e au classement mondial de Transparency International). Un pays où se déroule par ailleurs dans l’indifférence internationale, un crime écologique quotidien à l'encontre du bassin du Congo, deuxième poumon de la planète.

La situation politique délétère du pays se double depuis plus de dix ans d'une grave crise socio-économique. Incapable de la juguler par lui-même, le régime a fini par signer un accord avec le Fonds monétaire international en juillet 2019, accord qui est aujourd’hui pratiquement suspendu. Le pays est en cessation de paiement, accablé par un chômage endémique et une dette insoutenable. Brazzaville souffre d’un niveau de corruption très élevé et d’une forte dépendance vis-à-vis du pétrole. Les politiques de diversification ont dans leur ensemble échoué. C’est toute l'économie du pays qui est aux arrêts. Quant au système éducatif, son délabrement est tel qu'il condamne le futur de générations entières.

Bref, le fruit est mûr. Bien plus mûr encore qu’en 2015-2016 où des affrontements meurtriers suivirent la modification de la Constitution et le vol de l’élection présidentielle. Rappelons qu’Internet fut coupé pendant 5 jours et les résultats électoraux proclamés la nuit même de l’élection, dans un black out total.

Le Congo est une bombe à retardement qui explosera le 21 mars, date du premier (et assurément unique) tour des prochaines élections présidentielles.

La France et l'Union européenne ne sont pas sans responsabilité dans la situation actuelle et l’embrasement prévisible de demain. Il y a des silences terriblement coupables, aux conséquences dramatiques. La question que nous posons est la suivante : jusqu’où s’étendra l’embrasement d’un peuple au comble de l’exaspération ?

S’arrêtera-t-il aux frontières du pays, ou mettra-t-il le feu aux pays alentours, à commencer par la République démocratique du Congo et la République centrafricaine qui n’attendent qu’une allumette pour brûler à leur tour ou brûler davantage ? Et qui viendra cueillir le fruit de cette terre de cendres : la France, ou bien la Russie et la Chine ?

L'un après l'autre, les pays d’Afrique centrale et de l'ouest glissent vers des régimes toujours plus répressifs, avec dans certains pays, le spectre de la guerre inter-ethnique et du cycle de la violence endémique. 

Au Togo, le Dr. Agbéyomé Kodjo, vainqueur des urnes en février 2020, est contraint à la clandestinité, pourchassé par le régime de Faure Gnassingbé dont la famille règne sur le Togo depuis plus d'un demi-siècle. 

En Guinée, Cellou Dalein Diallo, vainqueur des élections d’octobre 2020, voit son parti subir une répression féroce par le régime d'Alpha Condé, avec plusieurs de ses compagnons morts en prison, faute d'accès aux soins.

En République démocratique du Congo, Martin Fayulu, remportait l'élection présidentielle de décembre 2018. Depuis, c'est pourtant Félix Tshisekedi qui occupe le fauteuil de Président, en connivence avec Joseph Kabila.

Cameroun, Niger, Tchad, Gabon, Bénin, Centrafrique, et maintenant la Côte-d'Ivoire, et même le Sénégal : la démocratie, l’État de droit et les droits humains sombrent partout en Afrique francophone.

Il est plus que temps que la France et l'Union européenne regardent les choses en face, et agissent. A commencer par exprimer haut et fort ce qui n'est pas acceptable, et mobiliser l'ensemble des leviers à leur disposition : pressions diplomatiques, activation de l’article 96 de l'Accord de Cotonou, sanctions individuelles (gel des avoirs et interdiction d'accès au territoire européen), mise à l'ordre du jour de la prochaine réunion du Conseil de sécurité de l'ONU (que la France présidera en juillet).

La France est en train de perdre de manière irréversible ses précieux liens qui l’attachent aux pays d’Afrique centrale et de l’ouest. Nous observons avec effarement la poursuite d’une politique étrangère d’un autre siècle. Mesure-t-on vraiment en France ce qui se joue en ce moment ? Les prises de position de la Russie en Centrafrique, au détriment de la France, sonne comme un dernier avertissement avant l’extinction des lumières.

Les militaires congolais ont voté en avance, le 17 mars, pour avoir les mains libres le jour du premier tour, le 21 mars. Le scénario est déjà écrit. Personne ne pourra dire qu'il ne savait pas.

Jean-Paul Ebenga, Délégué général du Mouvement pour agir (MPA), représentant du général Jean-Marie Michel Mokoko

Guy Mafimba Motoki, Représentant du président André Okombi Salissa

Paulin Mayaka, Président de Unis pour le Congo (UPC)

Clément Mierassa, Président du Parti Social-Démocrate Congolais (PSDC)

Francis Mouketo, Porte-parole du général Jean-Marie Michel Mokoko, porte-parole du Mouvement pour agir (MPA)

Simon Moussounda, Coordinateur du Congrès pour la Renaissance du Congo (CRC)

Gabriel Agbéyomé Messan Kodjo, Président du Mouvement patriotique pour la démocratie et le développement du Togo (MPDD), Président élu de la République togolaise

Sébastien Nadot, député français, membre de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale

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