Conseil de soutien : une mesure farfelue surmontée d'une tartufferie de N. Sarkozy

Au final, Nicolas Sarkozy ne change pas. Pendant 5 ans, il a expérimenté et peaufiné sa technique de communication pour cette campagne de 2012 : annoncer des mesures qui font du bruit mais sans aucune possibilité de les mettre en place après annonce. Le « conseil de soutien » est de celles-là. Un simple coup d’œil sur ce « bidule » laisse apparaître une belle supercherie.

Au final, Nicolas Sarkozy ne change pas. Pendant 5 ans, il a expérimenté et peaufiné sa technique de communication pour cette campagne de 2012 : annoncer des mesures qui font du bruit mais sans aucune possibilité de les mettre en place après annonce. Le « conseil de soutien » est de celles-là. Un simple coup d’œil sur ce « bidule » laisse apparaître une belle supercherie.

Qu’est-ce que ce « conseil de soutien » ? Une mesure proposée par le très « social » J.L. Borloo dont le principe se résume rapidement « chaque directeur d'école [aura] une enveloppe de crédit [2000€, selon Borloo] pour aider et suivre plus particulièrement, avec les spécialistes nécessaires, les enfants en difficulté, en maternelle et en primaire » Ces conseils de soutien regroupent donc « entre autres des psychologues, des orthophonistes et des aides scolaires ».

L’inspirateur, Borloo nous décrit le projet sur Europe 1 : « J'attends un programme qui considère que ces 100 000 enfants sont une pépite de la nation ». Il veut que « chacun de ces enfants, le soir, […] ait un modèle spécifique de soutien scolaire. Que pour chacun de ces enfants, on puisse payer immédiatement un orthophoniste s'il y a de la dyslexie, aller chercher les parents, les faire venir à l'école une fois par semaine, en faire des acteurs bénévoles du redressement. Ce problème n'est traité par aucun des candidats. Je souhaite qu'il y ait un programme majeur pour les 100 000 pépites de notre pays ».

Borloo : "Il faut un nouveau pacte de croissance" © Europe1fr


 



La proposition signe surtout une méconnaissance crasse des écoles mais revêt l’apparente force de l’évidence. Qui serait contre que l’on donne de l’argent aux directeurs pour qu’ils aident les élèves en difficulté ?

D’abord, on remarquera que c’est Nicolas Sarkozy qui a supprimé les aides pour les élèves en difficultés. Il y a même une pétition que vous pouvez signer ou relire mon billet, on achève bien le RASED, sur les effets de cette suppression sur le terrain. C’est donc logiquement que Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp-FSU, réagit à cette proposition en la qualifiant de « cache-misère » d’un candidat qui « a tous les toupets car il a été lui-même l'artisan de l'assèchement des écoles, notamment concernant les postes d'enseignant qui viennent en soutien aux élèves en difficulté, et aujourd'hui, [qui] se pose comme celui qui veut inventer de nouvelles prises en charge ! »

Mais là n’est pas le plus scandaleux dans la manipulation des images à des fins de communication.

Cette proposition ne peut être applicable pour une raison simple. « Les écoles maternelles et élémentaires publiques n'ont pas le statut d'établissement public. Dès lors, elles ne possèdent ni la personnalité morale, ni l'autonomie financière. »  Le site officiel d’Eduscol est très clair. Donc soit la mesure proposée est improvisée, soit elle cache l’intention d’imposer l’autonomie (concurrentielle) aux écoles. Les deux hypothèses sont valides, il me semble. Improvisée, comme toutes les mesures de cette campagne et comme l’atteste cette courte recherche sur le site de www.lafranceforte.fr .

 

une recherche infructueuse © moi une recherche infructueuse © moi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Mais de l’autre côté, mettre les écoles en concurrence via une autonomie financière et une « cheffisation » des directeurs d’école est un vieux projet de la droite. Voilà donc un lien improbable qui est fait par cette proposition : l’autonomie des écoles serait la condition de la réussite des élèves en difficulté. Malheur donc à ceux qui s’opposent à sauver « ces enfants en perdition » selon ses propres mots.

Quant bien même, l’autonomie serait acquise (après 30 ans de victoires sur ce sujet, les directeurs ne cèderont pas si facilement), la proposition est tout bonnement une tartufferie. 2000 € pour payer l’orthophoniste d’un élève dyslexique ? Mais elles sont déjà remboursées par la Sécurité Sociale sur prescription du médecin. C’est donc l’annonce du déremboursement de cette spécialité ? Cela va faire fortement hausser le chômage.

Ne soyons pas mesquins et faisons un calcul : 57 € un bilan et 24 € pour un trouble de l’écriture (cela peut-être plus haut selon le trouble) 2000 € moins le bilan moins 2 séances de rééducation/semaine (c’est la norme pour un trouble moyen), cela fait 40 semaines de rééducation ; soit une année scolaire et quatre semaines de vacances. Bref, une rééducation plus courte que ce qui est généralement pratiquée (environ 2 ans, voire plus pour certains élèves). Et si l’élève a besoin d’un suivi psychologique pour faire face à ses difficultés personnelles ? Il ne reste rien. D’un psychomotricien ? Plus rien ! Tartufferie, je vous dis.

Et quel serait la place des CMPP, Centres médicaux psycho-pédagogique que Monsieur Sarkozy a attaqué, des hôpitaux ou de la pédiatrie et qui ont toutes leurs parts dans la prise en charge sur l’aide aux enfants ? On continue saper leur travail ? TARTUFFERIE donc. Et comme les difficultés se concentrent dans certaines zones et que, selon les vœux de Borloo, il faut aider ces enfants à partir de 16h30, il faudra déplacer, de force, des masses d’orthophoniste aux portes des écoles des barres de banlieues. Vous voyez déjà le tableau, où chaque enfant courra, à la sortie des écoles, vers son orthophoniste, laissant ainsi dans les canapés moelleux, les mères et les pères devant les écrans à plasma…TARTUFFERIE toujours.

Enfin, les enseignants travaillent déjà avec tous ces spécialistes extérieurs à l’école au sein d’équipes éducatives, définies depuis 1991, qui recherchent collectivement des solutions personnalisées pour les enfants. Ce travail de coordination n’est jamais rémunéré.

Enfin, pour l’anecdote, ce crédit pour les élèves en difficulté ressemble fort à un premier essai d’un chèque éducation, réforme phare pour l’école des plus libéraux des néolibéraux américains et reprise par le FN et la droite populaire.

 Galbraith et l'école (sur le chèque éducation)

Il y aurait d’autres points à traiter, comment et qui définit qui a droit ?, qui « prescrit » tel ou tel spécialiste…mais souhaitons que cela ne se produise pas et concluons.

Sarkozy, c’est Tartuffe qui invente l’eau presque tiède. Mais l’essentiel n’est pas là : ce qui compte c’est l’annonce du « Bidule » pour les élèves en difficulté...

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