On achève bien le RASED

Nicolas Sarkozy avait promis à Mende, aux maires et députés, notamment ruraux et surtout UMP, qu’il n’y aurait aucune fermeture de classe nette. Promesse tenue. Mais c’est au prix de la fin des Réseaux d'aide spécialisée aux élèves en difficulté : les RASED sont rasés. En 2012, on peut affirmer que les élèves n’auront plus droit, au sein de l’école, à une aide spécialisée.

Nicolas Sarkozy avait promis à Mende, aux maires et députés, notamment ruraux et surtout UMP, qu’il n’y aurait aucune fermeture de classe nette. Promesse tenue. Mais c’est au prix de la fin des Réseaux d'aide spécialisée aux élèves en difficulté : les RASED sont rasés. En 2012, on peut affirmer que les élèves n’auront plus droit, au sein de l’école, à une aide spécialisée.

Les chiffres viennent de tomber. On s’y attendait un peu, et même beaucoup, mais la réalité est dure. Les Inspecteurs d’Académie ont bien suivi les directives Ministérielles mais en y mettant chacun leur propre pâte. Deux exemples : l’Académie de Toulouse (31) et celle de l’Hérault (34).


En Haute-Garonne, L’Inspecteur a décidé de supprimer 78 postes RASED (sur 86 postes à supprimer en tout) et celui de l’Hérault 27 postes RASED (40 postes sont à supprimer). Mais qu’est ce que cela représente ?
Les postes enseignants RASED se divisent en deux, les maîtres dits E et les maîtres G (les lettres correspondent à une spécialité sans lien avec le nom de la spécialité). Les maîtres E aident les élèves (ou appuient les enseignants en leur fournissant des outils) sur les apprentissages scolaires quand on voit poindre les signes de difficultés importantes : par exemple, un élève de CP qui n’assemble pas les lettres après quelques semaines d’apprentissages en classe ; un élève de CE1, qui systématiquement compte 200 après 109…Le maître G lui va intervenir auprès d’enfants qui n’ont pas une attitude d’élèves, qui sont toujours en conflit avec leurs camarades, qui refusent ou sont apathiques face aux apprentissages.

Une histoire des RASED


En Haute Garonne, comme le montre le tableau ci-dessous, les enseignants spécialisés n’existent plus réellement.

 

  • Rentrée 2011 : 106 720 élèves ; 118 postes RASED => soit 1 enseignant spécialisé pour 904 élèves
  • Suppression et situation actuelle : - 78 postes ; + 1000 élèves
  • Rentrée 2012 : 107 720 élèves ; 40 postes RASED => soit 1 enseignant spécialisé pour 2693 élèves
  • Conclusion : augmentation de près de 200 % de la charge de travail     

Si l’on estime que 21 % des enfants ont des difficultés plus ou moins grandes d’apprentissage (cf. chiffres évaluations CM2 ) alors on peut dire qu’un enseignant RASED doit s’occuper de 404 enfants (plus si on compte les enfants qui ont des comportements inadaptés à l’école), soit 2 heures par enfant et par année scolaire !!!! On dira partout que l’on a réorganisé « efficacement » le service, que l’on fera mieux avec moins mais comment régler la difficulté d’un enfant en 2 heures ?


En fait, dans cette académie, c’est la mission qui va changer pour le personnel restant : les enseignants RASED seront « itinérants » selon les vœux de l’inspecteur d’académie. Ils auront donc trois rôles : faire des bilans pour orienter les enfants vers des structures hors circuit « normal » (des Instituts éducatifs, thérapeutiques et pédagogiques, Classe insertion scolaire…) ou vers des spécialistes (en hôpitaux ou en libéral) ; ils iront « éteindre » des incendies là où l’on sait que la situation est la pire (enfant se mettant en danger, parents d’élèves mobilisés, équipes peu commodes, bref, là où cela fait le plus de bruits) ; et enfin, ils porteront la « bonne parole » pédagogique de la différenciation auprès des enseignants en perdition, en connaisseurs qu’ils sont, et qu’ils ne seront bientôt plus, de la difficulté des élèves. L’éparpillement le plus total pour justifier la suppression de cette quarantaine de postes l’année prochaine pour la raison évidente, preuve à l’appui, que leur rôle est inefficace. Une des seules « chances » de faire « vivre » ces postes serait de les transformer en attribuant à ces nouveaux enseignants RASED la mission de remplir des statistiques de la difficulté scolaire afin que l’administration centrale connaisse mieux la difficulté scolaire (cela confirmerait une nette tendance actuelle à conserver les postes producteurs et administrateurs de chiffres sur les postes élèves).


Dans l’Hérault, la situation est différente. L’Inspecteur d’Académie a fait d’autres choix, peut-être a-t-il aussi hérité d’une situation différente. Le choix a été fait de répartir « l’effort » entre le RASED (27 postes) et les remplaçants (25 postes). D’autres postes ont été supprimés. Le surplus de suppression à la commande ministérielle permet d’éponger, un peu, avec 9 classes ouvertes en plus, l’arrivée de 1049 élèves (soit 116 par classe).
Il restera donc 100 enseignants RASED (contre 127  à la rentrée 2011) : soit pour 2012, 1 enseignant pour 916 élèves, l’équivalent à la situation toulousaine de 2011, contre 1 RASED pour 713 élèves en 2011. Cela fait 4 h par élève et par an d’aide spécialisée si l’on reprend le calcul de tout à l’heure. Les petits héraultais ont deux fois plus de « chance » d’être pris en charge par un enseignant spécialisé que leur camarade toulousain. Egalité ?

  • Rentrée 2011 : 89 593 élèves ; 127 postes RASED => soit 1 enseignant spécialisé pour 713 élèves
  • Suppression et situation actuelle : - 27 postes ; + 1049 élèves
  • Rentrée 2012 : 91 612 élèves ; 100 postes RASED => soit 1 enseignant spécialisé pour 916 élèves
  • Conclusion : augmentation de près de 28 % de la charge de travail     

 


Dans tous les cas cela reste bien inférieur aux besoins.


La suppression des RASED ne va-t-elle pas conduire de nombreux enseignants à traiter la difficulté en invitant les familles et les enfants à aller consulter des « spécialistes » extérieurs à l’école comme les orthophonistes, les psychologues, les neuropédiatres… ?
Et la classe n’est-elle pas un lieu de réponse ? En effet, aujourd’hui, chaque enseignant doit faire face à cette disparition et se poser la question pour lui-même de la prise en charge spécialisée de la difficulté scolaire. Quels outils pour aider les élèves qui bloquent sur des apprentissages fondamentaux ? Comment organiser sa classe pour être plus disponibles pour ces élèves sans léser les autres ? Comment construire l’envie et la joie de venir à l’école pour des enfants qui viennent la boule au ventre ? Comment leur permettre d’avoir confiance en eux ?


La survie de ces postes ne tient plus qu’à un fil que les inspecteurs de circonscription peuvent saisir et retenir. Ils sont chargés d’organiser les missions de ces équipes RASED. Ils peuvent saupoudrer l’aide, pour soulager les uns et les autres et par là même « prouver » l’inefficacité du dispositif comme décrit plus haut ou, et ils feraient là un choix crucial pour l’avenir, ils peuvent affecter les moyens dans des lieux restreints, sur des périodes longues, avec un suivi particulier du travail accompli afin de constater les bénéfices de l’œuvre pédagogique. La création de solutions pour demain, doit se construire aujourd’hui ; et qui pourrait s’opposer à cette volonté d’autonomie des cadres de l’Education nationale ?

 

'Un parmi les autres', extrait © Rue89

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