Rentrée : Peillon pas sorti de l'auberge

Avec l'annonce, dès la rentrée, d’un lot de réformes risquées, on peut annoncer sans coup férir que Peillon n'est pas sorti de l'auberge éducation. 

Avec l'annonce, dès la rentrée, d’un lot de réformes risquées, on peut annoncer sans coup férir que Peillon n'est pas sorti de l'auberge éducation.

 

Alors que la réforme des rythmes scolaires n'est pas arrivée à son terme, que la création des premiers postes après 10 de destruction ne se verront pas sur le terrain à la vue d'une situation de crise profonde, que l'on embauchera, à terme, des personnes en emploi précaire qui accompagnent les élèves handicapés, que les premiers profs stagiaires vont essuyer les plâtres de la réforme de la formation, alors que (je pourrais continuer)...bref, que les chantiers ouverts ne sont pas terminés, Vincent Peillon annonce qu'il va ouvrir de nouveaux chantiers de refondation.

Et pas des moindres !

Réforme de la carte scolaire pour créer davantage de mixité dans les établissements, refonte des programmes du primaire jusqu'au lycée, révision du statut des enseignants datant de 1950, transition du collège resté un « petit lycée » élitiste à un collège relevant le défi de la scolarisation pour tous jusqu'à 16 ans, réforme des Zep...

un-plaisir-de-college-31635-250-400.jpgChacun de ces dossiers peut faire chuter le ministre et arrêter toute chance de réformer l'école dans une optique non libérale. Plus d'un ministre s'est cassé les dents sur ces dossiers, certains ont même choisi d'éviter ces questions.

Sur la question du collège, on connait l'opposition forte du Snes, syndicat majoritaire du second degré, qui ne veut pas d'une « primarisation du collège ». Dans la bouche des syndicats et de certains collègues du second degré, cette expression a un caractère repoussoir absolu. Le primaire c'est l'horreur. Pour preuve, l'argument fatal n'est-il pas de dire « quand on voit ce que savent faire les enfants de primaire quand on les reçoit au collège, on peut mettre en question la polyvalence » ? (je l’ai entendu, on en retrouve ici la même logique) Outre, que ces rhétoriques sonnent pour moi comme une insulte,  il marque de manière idéologique une identité culturelle du second degré qui se construit à l'exemple de l'université (et donc quelque chose de prestigieux) sur la discipline et la spécialisation.

On se demande si Vincent Peillon ne prend pas un risque inconsidéré de détruire sa refondation à tenter une réforme du collège. Comment va-t-il s'y prendre ? Nécessairement, quand on touche l'identité professionnelle, on doit donner du change et le grain à moudre (sonnant et trébuchant) manque. Certes, l'argument de la priorité au primaire permet de contourner le discours du « le problème c'est le collège », en signifiant aux collègues du second degré : « quand la reforme du primaire portera ses fruits, vous pourrez, vous au collège, les cueillir ». Il est probable que Vincent Peillon doive reculer sur un point ou un autre, point certainement important et de taille, ce qui sera interprété comme une défaite. Le ministre n'est donc pas sorti de l'auberge !

Pourtant à bien y regarder, les moyens de parvenir au but, à long terme, est déjà acté. L'école et le collège sont réorganisés en de nouveaux cycles. Le cycle 1 correspond à la maternelle, le cycle 2 au CP, CE1, CE2 (apprentissages fondamentaux), le cycle 3 de consolidation au CM1, CM2 et 6e et le cycle 4 des approfondissements (5e, 4e, 3e). Ce cycle 3, avec le conseil de cycle école-collège où des enseignants du primaire siégeront avec ceux du secondaire, aura à sa charge des enseignements qui seront dictés par les nouveaux programmes. Or, il semble évident que les « programmateurs », s'ils respectent la loi, et ils le doivent, construiront ce cycle 3 comme un tout. Ce n'est donc pas Vincent Peillon qui fera sur le terrain la réforme du collège, mais le Conseil supérieur des programmes. Le ministre peut donc avancer sur ce terrain. Tout ce qui sera gagné sera bon à prendre puisque l'écueil principal est contourné et ce sont d'autres que lui qui auront la charge de naviguer à vue.

S'il n'est pas sorti de l'auberge en cette nouvelle année scolaire, peut-être que Vincent Peillon est parvenu à faire rentrer la réforme dans la bergerie. Affaire à suivre.

 

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Image tirée du livre de Luc Cedelle, Un plaisir de collège, Seuil, 2008.

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