mot de passe oublié
11 euros par mois

Construisez avec nous l'indépendance de Mediapart

Souscrivez à notre offre d'abonnement à 11€/mois et découvrez notre application mobile disponible sur Android et iOS.

Je m'abonne
Le Club de Mediapart sam. 28 mai 2016 28/5/2016 Dernière édition

Rythmes scolaires : pour la création d'un groupe de suivi de la réforme

La réforme des rythmes scolaires est une montagne de difficultés. Elle fut donc toujours repoussée par les prédécesseurs de Vincent Peillon. Mais quand bien même les choses avancent aujourd’hui, la réforme ne fait (presque) que des mécontents : elle ne va pas assez loin pour les uns et trop loin pour les autres. Comme l’école ne s’est pas faite en un jour, un groupe du suivi de cette réforme semble un outil incontournable pour le ministre.

La réforme des rythmes scolaires est une montagne de difficultés. Elle fut donc toujours repoussée par les prédécesseurs de Vincent Peillon. Mais quand bien même les choses avancent aujourd’hui, la réforme ne fait (presque) que des mécontents : elle ne va pas assez loin pour les uns et trop loin pour les autres. Comme l’école ne s’est pas faite en un jour, un groupe du suivi de cette réforme semble un outil incontournable pour le ministre.


Claire Leconte,professeur émérite de psychologie de l'éducation et chercheur en chronobiologie, a écrit au ministre une lettre ouverte. Participante de la concertation sur la refondation de l’école, elle y a défendu « qu’il fallait, pour refonder l’école, abandonner l’idée d’aménager les rythmes scolaires [mais qu’il faut] s’interroger sur la réorganisation des temps des enfants et des jeunes ». Elle estime, selon son point de vue, que le prochain décret n’est pas à la hauteur des ambitions annoncées par le ministre avant l’été, car « Il nous faut réinventer complètement l’organisation des temps de l’enfant et non pas seulement réaménager les rythmes scolaires, sur la base d’une journée identique depuis 1882 ». Le décret ne résout donc pas les problèmes centraux :

« Vous tentez de “bricoler” un emploi du temps scolaire susceptible de satisfaire les seuls enseignants alors qu’on évoque à maintes reprises la communauté éducative. Il est vrai qu’on demandera aux responsables des temps “périscolaires” de boucher les trous pour assurer la continuité éducative ! Le projet de loi est tout à fait explicite à cet égard. Il stipule : “l’organisation d’activités périscolaires peut être formalisée dans le cadre d’un projet éducatif territorial”. Il ne fait aucune obligation de construire un tel projet alors qu’il s’agit, comme le démontre justement Yves Goepfert, de structurer et mettre en œuvre dans le cadre d’un projet éducatif territorial, une coproduction éducative associant l’ensemble des acteurs concernés, ceux de l’institution scolaire évidemment, mais également tous ceux qui à la place qui est la leur, sont indispensables à la cohérence, je dirais même la pertinence de l’action éducative. Hélas, le projet de loi maintient fermement la coupure entre le temps scolaire et les autres temps. Ce qui bien évidemment conforte l’école dans son statut de forteresse […] »

            En résumé, le principal reproche est de n’avoir pas su susciter (en prenant le temps, en mobilisant les acteurs locaux) l’émergence d’un temps éducatif de l’enfant non-scolaire de qualité.

 

Je ferai une remarque de l’ordre de la philosophie politique. Il me semble que le point de vue de Claire Leconte est parfaitement juste, toutefois, ses vues ne peuvent pas (et ne doivent pas) se subsister à celles du ministre. Son rôle de scientifique est de tenir le cap de la vérité de ses recherches. Le rôle du ministre est de tenir le cap d’un changement possible qui dépasse les antagonismes forts autour de cette réforme. Le savant n’est pas le politique. Toutefois, le ministre ne peut faire fi de la vérité des sciences. La vérité doit réguler son action, voire être une arme contre le changement. Mais, il est un temps, le bon moment, le kaïros pour les Grecs, où l’action doit s’accomplir sans quoi, rien ne se fait. Je crois que la chronobiologiste a conscience de ces contraintes : « À votre décharge je reconnais que l’étau dans lequel vous vous trouvez, avec d’un côté des élus pour qui le critère économique l’emporte trop souvent sur tous les autres, de l’autre des enseignants qui estiment être lésés dans la nouvelle organisation et n’imaginent donc pas la mettre en œuvre sans une compensation financière, sans compter ceux que j’ose appeler “réactionnaires”, qui sous le prétexte de défendre l’école républicaine, n’hésitent pas, comme le fait Charles Coutel, à brandir l’anti constitutionnalité de l’expression de “projet éducatif local”, il est difficile de décider. ».

 

 

C’est pourquoi il me semble incontournable de créer un groupe de suivi de l’application du décret sur les rythmes scolaires. Cela pour trois raisons :

 

  • Faire bien concevoir que la refondation de l’école et une réforme aussi complexe que celle des rythmes scolaires ne seront pas définitives à la première rentrée. Non que les choses changeront tous les ans. Les grands principes sont posés (journées scolaires moins longues, plus nombreuses), mais il est nécessaire que le ministre laisse la porte ouverte à toute amélioration. Le groupe de suivi pourrait alors recueillir, étudier, proposer des aménagements aptes à conforter et asseoir la réforme sur des bases saines.
  • Dans l’application, de nombreuses difficultés vont émerger. Le pouvoir donné aux IA-DASEN par le décret peut, tout aussi bien, rendre possible la promotion d'organisations innovantes que de fermer, pour des conforts administratifs (par exemple la gestion des remplaçants), toutes les discussions nées dans les conseils d’écoles. Il y a bien des municipalités qui manifestement ne voudront pas mettre un kopeck supplémentaire pour les enfants. Dans ces cas-là, le groupe de suivi pourra comparer les pratiques dans différentes parties de la France et rendre publique la manière dont le projet a été appliqué. Si besoin, des acteurs pourront alerter le groupe de suivi s’ils estiment que de graves entorses ont été commises.
  • Enfin, la composition du groupe de suivi doit permettre qu’un dialogue puisse continuer entre tous les acteurs. État (Ministères de l’Éducation, de la Culture, de la jeunesse et des sports...) maires, syndicats enseignants, représentants de parents d’élèves, associations de l’éducation populaire, personnalités… continueront de travailler ensemble pour réduire les oppositions.

 

À ceux qui ne veulent pas de la réforme, à ceux qui trouvent qu’elle ne va ni assez vite, ni assez loin, à ceux qui prennent les décisions, j’adresse une idée simple : l’adoption du décret sur les rythmes scolaires ne doit pas être le point final de la réforme, mais le moment de son ouverture déterminée. C’est pourquoi il faut créer un groupe de suivi de la réforme des rythmes scolaires.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

Inutile de dire que je suis en complet accord avec vous mais je le dis quand même. 

Et oui il faudrait vraiment consacrer ces heures à une réflexion de la part des enseignants sur l'utilisation de leurs heures, mais aussi sur la façon d'apprendre aux enfants à réaliser des transferts d'apprentissage, ceci justement en s'appuyant sur les activités réalisées hors temps scolaire : pouvoir démontrer aux enfants qu'ils utilisent dans ces activités des acquis faits en classe sous une autre forme, et dans un autre cadre, est une réelle richesse pour les enfants car cela valorise vraiment les apprentissages scolaires. En tant qu'enseignante du supérieur, combien de fois ai-je pu constater que nos étudiants ont une très grande difficulté à transférer les connaissances qu'ils acquièrent, parfois ils ne se rendent même pas compte que ce sont les mêmes notions qui sont abordées différemment dans deux cours de sous disciplines différentes. Ce qui m'a engagé à travailler dès le plus jeune âge sur ces transferts d'acquis, qui évidemment ne se mettent pas en place tout seuls. Mais cela nécessite que les adultes travaillent ensemble, aient chacun une bonne idée de ce que fait l'autre, d'où l'importance aussi de consacrer une partie de ces heures à ce type d'échanges.

Bref si chacun y mettait du sien, que de beaux projets nous pourrions monter au bénéfice de tous les enfants, mais qui permettraient aussi d'améliorer sensiblement la qualité de vie des enseignants, et qui permettraient encore à l'école de redevenir, pour chaque enfant, un lieu où il fait bon apprendre. Les parents y seraient même les bienvenus, pas uniquement pour s'entendre dire que leur enfant ne travaille pas assez ou a des difficultés.

Ayons cet esprit critique pour parvenir à ce que le changement arrive vraiment.

Claire Leconte

Construisez l'indépendance de Mediapart

onze euros par mois

Souscrivez à notre offre d'abonnement à 11€/mois et découvrez notre nouvelle application mobile.
Je m'abonne

L'auteur

Sebastien Rome

directeur d'école élémentaire quartier prioritaire - élu local en charge de la Politique de la Ville
Lodève - Lodève

Le blog

suivi par 228 abonnés

L'Ecole, les pieds sur terre...mais bientôt la tête sous l'eau