Nouveaux programmes et nouveaux profits

Comment augmenter les profits de Lagardère ? Il suffit de faire de nouveaux programmes pour l'école !L'accusation est un peu grossière, je sais. Mais voilà comment cette idée toute simple m'est venue.

Comment augmenter les profits de Lagardère ? Il suffit de faire de nouveaux programmes pour l'école !

L'accusation est un peu grossière, je sais. Mais voilà comment cette idée toute simple m'est venue.

Il y eu d'abord, indice un, cette phrase de notre Président: « Mais autant de questions qui ne sont pas encore l’essentiel, à savoir : que voulons-nous enseigner à nos enfants ? Ce problème crucial entre tous, nous l’avions abandonné à des « spécialistes », des « experts » qui rendaient en catimini une copie au ministre, lequel bornait souvent sa contribution, et par voie de conséquence, celle de la Nation, à apposer sa signature au bas d’un document pré-rédigé. Je dis que cela ne pouvait plus durer : les programmes scolaires sont un sujet politique et non technocratique. » (media.education.gouv.fr/file/fevrier/09/4/discours_president_perigueux_24094.pdf - )

En lisant les programmes, nous praticiens, nous avons compris que ce n'était pas un des nôtres qui a pu écrire ça. Bien sûr, je me joins à toutes les critiques déjà exprimés qui vont dans le même sens. Les premières, de Luc Ferry et Jack Lang, visent justes. Ces programmes sont simplistes. Ils privilégient les mécanismes à la réflexion. Enfin, alourdis, ils contribueront à faire baisser le niveau dans nos classes.

Luc Ferry développait ses critiques lors d'un Matin de France Culture, le 18 mars et, indice deux, il eu cette phrase où il s'interrogeait sur les rédacteurs de ces programmes. Il semblait même tenté d'exclure Xavier Darcos de cette réforme et lui recommander d'interpeller le Président pour remettre les programmes sur de bons rails. Deux minutes plus tard, il a cette phrase qui confirme cette vague impression : « Personne ne sait qui a fabriqué les programmes. C'est deux ou trois conseillers à l'Elysée,...ou à l'Education nationale, ce qui fait que ces programmes ont été fabriqués sur un coin de table, en secret... »).

Mais Luc Ferry loupe la bonne explication. Mais mon idée n'est pas encore tout à fait prête.

Relecture des programmes en vu de notre demi-journée de travail sur le sujet. Et là, troisième indice, il a cette phrase: « L’appui sur un manuel de qualité est un gage de succès pour cet enseignement délicat ». La phrase est reprise un peu plus loin et on retrouve le terme à plusieurs reprises. Qu'il y a-t-il de mal à utiliser un bon manuel ? Mise à part qu'il soit « conforme » aux derniers programmes, rien à redire. Pourtant, il ne faut pas oublier qu'en introduction la « Liberté pédagogique » (mise à mal par les nouveaux programmes) est réaffirmée. Or, rien ne cloisonne plus qu'un manuel. C'est pour cela que les enseignants du primaire font souvent les abeilles entre les manuels afin de choisir les meilleures présentations pour la classe, pour les élèves. Grâce à l'ordinateur et à internet, les enseignants créent ou échangent souvent de bons documents. Il est donc étrange que l'on insiste autant sur l'utilisation du manuel. Mais bon, passons , c'est là mon plus mauvais argument.

Lors de notre séance de réflexions et de concertations sur les programmes le samedi 29 mars, l'idée qu'il s'agit d'un coup commercial exceptionnel me vient. Mais bon, ne soyons pas paranoïaque, je suis certain que même si je ne suis pas d'accord avec les grandes lignes de ces programmes, il ne s'agit que d'un désaccord pédagogique. Alors passons...

Pourtant, en profitant du week-end pour relire les programmes, je m'aperçois d'un détail qui me chagrine. J'allais découvrir mon quatrième indice. Dans la partie qui traite de la préhistoire, la maîtrise du feu n'est pas évoquée au profit de la maîtrise du fer. Etrange, l'invention du fer n'intervient qu'à la toute fin de la préhistoire et est de moindre importance, pour la préhistoire, que la maîtrise du feu. Je vais donc voir s'il s'agit d'une nouveauté 2008 en vérifiant dans les programmes 2002. Et là, à ma grande surprise, je retrouve bien la maîtrise de fer (page 205). Mince alors ! Mais ceci me paraît toujours étrange. Je vais voir dans un autre document officiel, réglementaire et plus précis, les programmes d'application d'Histoire (page 10). Or, il faut bien enseigner le maîtrise du feu (-600 000 ans) et non celle du fer. Ainsi, les programmes 2008 ont été faits avec tellement de précisions par des experts si pointus que les coquilles de 2002 sont reproduites à l'identique. Il me sera difficile désormais de croire que l'on vise par ces programmes, fait à la va-vite, à « tracer un nouvel horizon pour l’école primaire, tout en restant fidèle à la grande inspiration de l’école républicaine : offrir à tous les enfants des chances égales de réussite et préparer, pour tous, une intégration réussie dans la société. ».

Pour finir, lundi 31 mars, je discute avec des collègues d'autres écoles sur les nouveaux programmes. Nous nous rendons compte que notre avis est le même et que nous avons fait remonter les mêmes désaccords. Mais un collègue nous conte (ou compte au final) une histoire. Dernier indice. A l'école XXX est arrivé un paquet la veille, le vendredi. Le samedi matin, au moment du café et avant de commencer le travail sur les programmes, ils ouvrent le colis. Ce sont les manuels « spécimen » commandés dans une maison d'édition faisant partie d'un grand groupe industriel français dont le Gérant-Commandité est ami du Président de la République française. Mais surprise... sur chaque manuel est écrit en grosse lettre capitale, non... ce n'est pas possible...mais si

 

CONFORME AUX NOUVEAUX PROGRAMMES 2008 !

 

Arnaud Lagardère sait que l'on peut toujours compter sur les bons amis. Surtout quand 36.000 communes seront obligées de renouveler les manuels de 364.000 enseignants et de 6.626.500 écoliers (un peu moins si on enlève les élèves des écoles maternelles) ! Merci sarkozy ?

Bon je l'avoue, c'est un peu gros. A vous de vous faire une opinion ou d'enquêter.

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