Rythmes scolaires : le pari gagné de Peillon

Mediapart titre sur un Hollande à la peine. Vincent Peillon serait de la même veine. Et bien, contrairement à tout ce que l'on peut lire dans la presse, il me semble évident, j'insiste, évident, que Vincent Peillon a réussi politiquement la réforme les rythmes scolaires.

Mediapart titre sur un Hollande à la peine. Vincent Peillon serait de la même veine. Et bien, contrairement à tout ce que l'on peut lire dans la presse, il me semble évident, j'insiste, évident, que Vincent Peillon a réussi politiquement la réforme les rythmes scolaires.

Comment affirmer cela avec morgue alors que pas même un tiers des élèves n’aura des journées moins longues à la rentrée 2013 et que les enseignants suivent cette réforme à reculon ? Il suffit pourtant de seulement lire 14 h sur 14 h et non sur midi.

Pour le magazine Challenges les choses sont claires : « N°7 (c.-à-d. 7e auclassement) VINCENT PEILLON. Ministre de l’Éducation nationale. La priorité donnée par Vincent Peillon à l’école primaire dans les créations de postes va dans le bon sens, car la France est sous-dotée par rapport à la moyenne OCDE. Mais la réforme des rythmes scolaires a tout envahi. Elle a été lancée sans s’interroger sur les programmes ou le temps scolaire. L’accent mis sur la formation des enseignants est positif, mais la réforme reste floue. Note (sur 20): 9,90 ». Le Figaro lui, citait un inspecteur général : « Si d'ici à fin mars, date butoir pour la réforme des rythmes scolaires, les enseignants et élus restent circonspects, la réforme est fichue». Logiquement le journal continuait : « Au ministère, l'heure n'est pas à l'optimisme, mais à l'inquiétude. Quel changement de climat en moins de neuf mois ! » Pour Libération, la réforme est laborieuse. Sur « l’annonce » du raccourcissement des vacances d’été, toute la presse titre à la gaffe quand les observateurs savent que l’annonce est faite depuis plusieurs mois… Bref, Vincent Peillon, « sérial gaffeur » selon l’Express, serait plus proche de la sortie du gouvernement que des figures de Jean Zay ou de Ferdinand Buisson qui, l’un comme l’autre, ont œuvré à une transformation de l’école plus juste.

Pourtant, Vincent Peillon a réussi politiquement cette réforme. « Politiquement » ne veut pas dire pédagogiquement. Certes, il y aura de nombreuses communes où l’effort sera minimal pour l’organisation d’un périscolaire dont on garantira difficilement la qualité. Entre mauvaise volonté et difficulté financière, les élèves ne seront pas partout à la fête. Bien que les inégalités d’investissements dans les écoles soient fortes entre communes, la réforme des rythmes risque de faire apparaître un peu plus ces écarts sans un fond durable de péréquation qui n’existe pas pour l’instant. Créer des métiers de qualité, à temps plein, pour encadrer les enfants en périscolaire ne se fera pas à la prochaine rentrée, ni la suivante. Malgré ces écueils, la réforme est sur les rails et les logiques qu’elles impliquent aussi.

Jamais l’on n’avait évoqué avec tant d'insistance et de précisions, ni même réfléchi partout en France, la qualité de l'accueil des enfants en dehors des temps de classe. Aujourd'hui, partout en France, des parents d'élèves, des enseignants interrogent leurs élus sur ce qui ce passe dans ces moments où les enfants ne sont ni à la maison, ni à l'école. C'est bien là la source du « problème » parisien : les enseignants avaient une confiance faible dans les annonces de la ville connaissant les conditions d'emplois et de travail précaire des agents en charge de ce tiers temps. La réforme pose donc des problèmes que personne ne voulait voir la plupart du temps. Il y a là un pari gagné.

Le pari aura d'autant plus de chance d'être tenu qu'a été mis en place un « comité de suivi de la réforme des rythmes scolaires ». Ce comité a pour but, au niveau national et départemental, de rassembler les initiatives, les choix faits dans les communes afin de partager les bonnes idées, mais aussi de pointer les manques et les dérives. J'approuve sans réserve cette initiative qui reprend point par point la proposition que j'ai pu faire sur ce blog le 4 janvier. Pour être précis, le SE-Unsa et le SGEN, deux syndicats d'enseignants ont relayé cette idée qui correspondait à leur position vis-à-vis de cette réforme : pas de chèque en blanc, mais un accompagnement d'une réforme qui demande du temps (il ne peut en être autrement) pour être bonne. Le Ministère a mis en place le comité national le 23 avril. Si le travail fait dans les comités départementaux (que les parents d'élèves, les enseignants et les communes doivent saisir en cas de dysfonctionnement) et dans le comité national est bien fait alors, il y aura les bons outils pour vraiment réussir la réforme pédagogiquement donc aussi politiquement. Le pari sera gagné dans le long terme cette fois. On pourrait presque parler de réelle refondation...

 

Mais ce ne sont pas là les seuls paris gagnés. Quand on observe bien la géographie des communes qui passent à 4,5 jours en 2013, on s'aperçoit qu'elles sont majoritairement dans l'ouest. Ceux qui sont habitués des cartes d'Hervé Le Bras et Emmanuel Todd ne seront pas étonnés pour deux sous de ce phénomène. Je l'avais d'ailleurs anticipé au cours d'échanges sur twetter.

 

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Cette cartographie ne doit rien au hasard. Mais on ne manquera pas de m'objecter que l'Ouest est aujourd'hui majoritairement tenu par des municipalités PS et que donc, pour des raisons politiques, ces communes sont passées à 4,5 jours. On ne pourra pas nier que l'on tient là une partie de l'explication, surtout avec l'exemple parisien. Mais, bien des raisons laissent à penser que les raisons politiques sont des raisons mineures. D'abord, parce que de nombreuses grandes villes PS ne sont pas passés en 2013. Par ailleurs, des villes, voir de larges territoires avaient déjà entamés des réflexions sur l'accueil des enfants en temps scolaires et périscolaires. Toulouse et sa proche région, Angers, Tours étaient dans ce cas. À regarder les choses de plus près, on s'aperçoit que ces régions ont un attachement plus fort aux valeurs familiales, un rejet pour les positions extrêmes et du conflit (le FN y fait des scores plus bas) une tradition d'attention aux enfants plus importantes (l'obtention de diplômes du supérieur y est plus importante).  Bref, cet Ouest, qui selon Todd et Le Bras, représente aujourd'hui la nouvelle modernité française, confirme sa volonté d'avancer sans peur de l'avenir. La réforme des rythmes y est vue comme posant des questions auxquelles il faut répondre pour le bien des enfants contre l'Est de la France qui y voit un machin ne posant que des problèmes insurmontables parce qu'ils remettent en cause l'existant. Cette localisation bien spécifique de la réforme démontre que Peillon a réussi son pari. La réforme prendra sur le reste du territoire, comme les inventions ou une langue, se diffusent à partir d'un foyer novateur. C'était là où la réforme devait prendre forme et c'est là, dans l'Ouest, que se fabriqueront les temps de l'enfant.

 

Pour le tour de ce pari réussi, j'ajouterai un dernier point d'analyse. En transformant le mercredi comme un jour travaillé dans les écoles, Vincent Peillon finit, si les enfants sont accueillis correctement les mercredis après-midis, la transition de notre école fondée sur le vieux fond catholique de la France vers une école laïque tournée vers la vie sociale notre Monde. Chacun conçoit que l’Allemagne a freiné le travail des femmes et/ou fait baisser sa natalité en ne permettant pas aux enfants d’être scolarisés les après-midis. Pareillement, au regard du développement du travail des femmes en France, le fait qu’un jour dans la semaine les enfants ne sont pas accueillis à l’école parait une bizarrerie. Rappelons-nous que le samedi était travaillé dans les écoles et que seuls les jeudis et dimanches ne le sont pas pour des raisons en partie religieuses : les jeudis pour le catéchisme, les dimanches pour la messe (cf. mon billet à partir de la conférence d’Antoine Prost, on nuancera pour le jeudi : son choix au moment de l’instauration de l’école laïque n’est pas pour permettre un équilibre avec la religion mais parce que c’est une tradition de « congé » chez les frères des écoles chrétiennes - il ne faut pas confondre le besoin d’un jour pour le catéchisme au début de l’école pour tous et le choix de cette journée allant au jeudi). Le mercredi vaqué a été une nécessité quand on a supprimé l'école le samedi après-midi pour rééquilibrer la semaine. Le mercredi travaillé permettra pour une large partie de la population de se retrouver en famille le week-end (séparé ou pas) sans nécessairement partir en voyage de deux jours. Gota Esping Andersen, dans ces trois Leçons sur l'État-providence, montre que c'est en améliorant la qualité de l'accueil collectif que l'on améliore la qualité du temps familial et l'emploi des femmes. Or, quand on sait qu'elles subissent plus le temps partiel contraint, une réflexion sur les temps d'accueil des enfants toute la semaine devient une nécessité d'égalité sociale forte. C'est cela aussi le pari gagné de la réforme : faire un pas dans un chemin qui conduit nécessairement à une école qui ouvre la possibilité, et le plus vite sera le mieux, d'une société plus en accord avec la vie sociale dont la part familiale est de plus en plus essentielle.

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