Pour «refonder l’école», refondez le Ministère de l’Education nationale!

Dans son discours d’Orléans sur l’Education, François Hollande a affirmé qu’il donnerait une priorité à l’école primaire quant à la (re)création de « nouveaux » postes dans ce Ministère. Mais, comment juger la primauté du primaire chez Hollande ? Personnellement, je vous propose un autre critère que le nombre de postes pour juger de la primauté du primaire : qui conduira les réformes du primaire ?

Dans son discours d’Orléans sur l’Education, François Hollande a affirmé qu’il donnerait une priorité à l’école primaire quant à la (re)création de « nouveaux » postes dans ce Ministère. Mais, comment juger la primauté du primaire chez Hollande ? Personnellement, je vous propose un autre critère que le nombre de postes pour juger de la primauté du primaire : qui conduira les réformes du primaire ?

 

 

« J’ai voulu mettre la jeunesse au premier rang de nos priorités parce que c’est la condition, aussi, de la cohésion nationale. » Et après une analyse du problème de l’école, François Hollande énonce ce qui est, pour lui une priorité au sein même de sa priorité faite à la jeunesse : « Et c’est pourquoi, pour toutes ces raisons, j’ai décidé de faire de l’école maternelle et de l’enseignement primaire une priorité. Parce qu’il faut commencer par le commencement. Il faut investir là où l’arme éducative est la plus efficace. » Suit une liste de réformes pour le primaire. Pour l’anecdote, François Hollande fait une erreur très répandue sur le sens d’école « primaire » ; école « primaire » veut dire école maternelle (2/3 ans-6ans) + élémentaire (6 ans-11ans).

 

Pour ce qui concerne le fond du discours, je ferai un billet « critique » de ces propositions, au sens où je rechercherai l’espace des possibles ouverts par les réformes et leurs limites. Si la gauche l’emporte et si c’est François Hollande qui impose son programme, nous aurons, en tant que citoyens à juger si le Président est conséquent dans les faits avec ses paroles de candidat. Au delà de la création de plus de postes que pour le secondaire, du taux d’encadrement augmenté, du temps scolaire étiré sur la semaine et l’année, de l’allongement de la scolarité (par le bas, c’est-à-dire à 3 ans), de la formation des enseignants recréée… au-delà donc de toutes ces critères quantitatifs, je propose aux citoyens un autre critère. Y aura-t-il des personnalités issues des « classes » primaires qui conduiront ces réformes ?

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L’administration de l’Education nationale est composée de hauts fonctionnaires qui généralement passent par le « haut » secondaire (classes prépa, grandes écoles) ou qui ont un parcours de cadres de l’Education nationale (Proviseurs, Inspecteurs à différents niveaux…). Pareillement pour le personnel politique qui accompagnera le futur ministre. Le second degré et l’université sont sur-représentés. Si l’on souhaite, si François Hollande souhaite faire de l’école primaire sa priorité des priorités, si son futur ministre de l’Education nationale s’applique à faire de l’école primaire la priorité de son action, il devra donc inclure dans son entourage des personnalités qui ont une expérience de l’école primaire. Pas nécessairement des enseignants, je ne suis pas « pédagocentré », mais des vrais praticiens du primaire. Sans quoi toutes réformes annoncées ne seront, grosso-modo, que le retour à la situation d’avant 2007 sans « refondation ». Mais cela demande une petite révolution de l’exercice du pouvoir en France.

 

 

Un exemple : « Pour la maternelle, il y aura une obligation d’accueil, pour le service public, à partir de l’âge de trois ans, dans l’enseignement public. Je ferai respecter cette obligation. » Cela semble une bonne chose mais que faire des enfants qui auront 3 ans tout le long de l’année scolaire ? Il faudra donc les accueillir ? Jusqu’à combien d’enfants pourront être accueillis ? Tous ? Apparemment. Tout le long de l’année ou en organisant plusieurs rentrées des 3 ans ? Va-t-on ajouter une enseignante en cours d’année dans l’école qui aura accueillie plus de 30 élèves de 3 ans ? et pourquoi pas à 25 ou 20 ?

 

On le voit, une réforme peut en cacher cent autres. La manière dont les réformes annoncées seront conduites pourra, ou ne pourra pas, être profitable aux élèves et utile au travail des enseignants. Des praticiens du primaire seront donc incontournables. Et si l’objectif est de « refonder » l’école, il faudra aussi « refonder » la manière de composer, d’organiser, le Ministère de l’Education nationale.

 

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