L'école primaire à la primaire

Alors que l’Éducation est un thème central des parties de gauche, comment se positionnent les 4 principaux candidats à la primaire de la « Belle Alliance Populaire » ? Comparatif des programmes pour l'école primaire de personnalités qui ont toutes défendu la priorité à l'école primaire.

 

Arnaud Montebourg :

 

Pour Arnaud Montebourg pas de programme écrit en matière éducation (voir sa page), mais une collection de propositions déclaratoires où l'on retrouve peu de propositions sur l'école primaire. On peut mettre en avant celle-ci :

 

« Généraliser le dispositif plus de maîtres que de classes »: généraliser à la rentrée prochaine dans toutes les écoles REP, ressemble à peu près à une autre qui consiste à « Dédoubler les classes du CP au CE2 pour l’apprentissage des savoirs fondamentaux » et à une troisième par la création « d'un maître des savoirs fondamentaux »

 

Dans le premier cas, on annonce « partout où cela est nécessaire nous devons généraliser ce dispositif et découper les classes en deux ou trois afin de consacrer davantage de temps aux écoliers qui en ont le plus besoin. » et dans le deuxième cas, « Notre pays ne fait que reproduire et accentuer les inégalités. Nous allons devoir investir en dédoublant les petites classes pour l’apprentissage des savoirs fondamentaux, en généralisant le travail en petits groupes. Les mêmes professeurs doivent suivre les mêmes enfants du CP au CE2 », quand le dernier est titré « un même professeur des écoles pour les élèves du CP au CE2 ».

Bref, nous avons là la même proposition qui consiste à avoir des classes moins chargées d'élèves en CP, CE1 et CE2 avec un enseignant qui suivra une cohorte 3 ans.

Si l'intention est louable et si le postulat qu'un adulte est plus disponible avec moins d'élèves est généralement vrai, la mise en place de cette généralisation n'est pas sans poser problème.

Passons rapidement sur le fait qu'il faille doubler le nombre de salles de classe là où parfois cela est matériellement difficile (extension impossible, manque de moyens financiers...). Ce ne sont que des moyens matériels.

Mais là où les propositions sont incohérentes c'est quand on parle de généralisation du « plus de maîtres que de classes » (dit M+) où deux enseignants interviennent en même temps dans la classe. En moyenne, pour une classe de 24 élèves on a bien 1 enseignant pour 12, mais toujours une seule classe. Or Arnaud Montebourg semble vouloir des classes de 12. Cependant, la recherche montre que sans changement pédagogique les effets d'une réduction du nombre d'élèves par classe ne sont pas optimums. Le dispositif M+ n'est pas magique pour les élèves, mais sa mise en œuvre poursuit un autre objectif moins visible. Les enseignants travaillent mieux collectivement que seuls. Dédoubler les classes, c'est faire retourner chacun dans sa solitude. Les interventions concertées impliquent le travail collectif et donc une meilleure réponse aux besoins des élèves (regards différents, propositions différentes, soutiens...).

En fait, le projet de Montebourg revient soit à se contredire, soit à supprimer le dispositif plus de maîtres que de classes.

L'autre point est de fixer un enseignant pour trois ans avec un groupe d'enfants. Là encore, cela semble une bonne chose. Si cette organisation est déjà possible et qu'elle existe ici ou là, elle reste rare (dans mon école, une enseignante va suivre deux ans un groupe). Il y a aussi les classes « presque » uniques dans les écoles où il n'y a que deux classes et qui regroupent des CP avec des CE1 et des CE2. Les classes uniques ont la réputation d'avoir de nombreux avantages pour les apprentissages.

Toutefois généraliser l’existence de ce type d'organisation semble plus complexe qu'il n'y paraît. Cela implique de bloquer pour trois ans un enseignant sur un groupe d'élèves sans que l'enseignant puisse partir de l'école contrairement à ses collègues qui n'auraient pas cette contrainte. Cela supposerait une compensation financière ou d'autres avantages professionnels (pouvoir changer plus facilement d'école à la fin de l'engagement par exemple...). Un phénomène de déséquilibre territorial existerait rapidement entre les lieux où les enseignants voudraient se fixer et les lieux dont ils voudraient partir. C'est l'organisation des écoles qui pourrait être mise à mal.

 

 

 

Benoît Hamon :

Les propositions du "court" ministre de l'éducation sont plus nombreuses et plus cohérentesque celles de A. Montebourg sans conteste. Elles dessinent entre elles un effort prioritairement sur l'école maternelle et élémentaire. Droit à la scolarisation dès deux ans en REP (qui aujourd'hui se heurte à la passivité de beaucoup de maires), formation continue des enseignants (quasi inexistante), limitation du nombre d'élèves par classes aux classesCP/CE1/CE2 (dans une version différente de celle de Montebourg) et surtout :

La « création d’un service public du soutien scolaire » : « Je mettrai en place un service public du soutien scolaire pour donner à tous les élèves les mêmes chances de réussir à l’école. Il faut inclure dans le temps scolaire des élèves le travail personnel et les devoirs qui, aujourd’hui, sont à faire à la maison. L’école et le collège doivent organiser en leur sein l’accompagnement des élèves pour que l’aide aux devoirs soit directement liée au travail fait en classe. Cet accompagnement doit être pris en charge par des enseignants ».

Soutien scolaire ou aide aux devoirs ? Ce n'est pas une simple histoire de terminologie. Le premier implique de reprendre en petit groupe ou individuellement avec les élèves ce qui n'est pas compris, dans le second cas il s'agit de revoir les leçons, apprendre les poésies (les devoirs écrits au primaire sont interdit depuis 1956...). Dans le premier cas, cela a été mis en place par Nicolas Sarkozy par la suppression de 3 heures de classe pour les élèves et l'instauration de deux heures par semaine pour prendre les élèves par petits groupes en soutien scolaire. Sous Hollande, le nombre d'heures est passé à 1 heure semaine. Dans le second cas de l'aide aux devoirs, cela a été mis en place par Nicolas Sarkozy et cela s'appelle l'Accompagnement éducatif pour toutesles écoles etpour tous les collègesen REP (d'ailleurs, les moyens ont été baissés ces dernières années). Cela correspondait au « travailler plus pour gagner plus » version enseignants puisque cet accompagnement est rémunéré en heures supplémentaires.

À défaut de défendre le bilan de Hollande dont il fut le ministre de l’Éducation, B. Hamon reprendrait-il les idées de Nicolas Sarkozy ? Si on inclut ce temps-là sur le temps scolaire, alors soit on allonge le temps de travail des enseignants. Je ne pense pas que cela soit dans l'esprit de l'ex-ministre de l'Éducation, sauf heures supplémentaires et là les enseignants ne sont pas légion, laissant des écoles entières sans propositions pour les élèves. Soit on baisse encore le temps de classe des élèves où les uns iront en périscolaire quand les autres seront avec l'enseignant (Principe de l'Aide personnalisée mise en place par Vincent Peillon). Nous pouvons avoir un fort doute sur la proposition : quelle discipline supprimer ou réduire (les maths ? Le français ? L'Histoire?... on voit les polémiques venir) ? Mais surtout, est-il pertinent, alors que les résultats de la France baissent dans les « sondages/tests internationaux », de supprimer encore des heures de classe ? D'autant plus qu'un mouvement demandantla suppression de ce type de dispositif existe de la part du syndicatmajoritaire mettant en avant le travail « invisible » des enseignants ?

Plus fondamentalement, ce n'est pas sur les devoirs que ce jour l'essentiel de la bataille et les efforts doivent être concentrés sur le temps scolaire. Allons-nous encore une fois tonsurer les élèves pour quelques croyances ? Hamon semble au final court sur l'éducation.

 

 

 

Vincent Peillon :

Le premier ministre de l'Éducation de Hollande a permis l'avènement de la loi de refondation de l'école qui, avec la création des 60 000 postes dans l’Éducation nationale, constitue LA promesse tenue de ce quinquennat. Bon connaisseur et bien entouré de ces questions, son programme est-il à la hauteur du bilan ?

Le ministre philosophe estime que les fondations d'une nouvelle école de la République ont été posées. Ce qui compte c'est de poursuivre.

« Plus encore que d’autres politiques, l’éducation exige le temps long et la continuité si l’on veut obtenir des résultats plutôt que se contenter d’effets d’annonce. » Il faut se souvenir que la loi de refondation de l'école avait pour but de réparer une école cassée par Sarkozy (réduction d'heures enseignement, suppression de la formation des enseignants, suppression des postes, suppression des maîtres aidant les élèves...) Donc pas de grande annonce, mais la volonté de poursuivre le travail accompli avec la poursuite de la priorité au primaire qui passe par les dispositifs « plus de maîtres que de classes » et la scolarisation progressive des élèves de moins de trois ans là où l'école est le plus nécessaire.

L'idée de pré-recrutement des enseignants est une idée forte, enterrée après son départ de la rue de Grenelle, car elle permet de répondre à une réelle problématique de l'école. En passant à bac +5, l'enseignement, qui traditionnellement a été la voie d'une ascension sociale pour de nombreux enfants du peuple, s’embourgeoise. Les professeurs sont de plus en plus éloignés de la vie quotidienne de nombreux enfants.

Mais l'effort fait pour l'école, même poursuivi, ne peut pleinement donner tous ces effets positifs si les élèves en difficulté sont concentrés dans les mêmes écoles du fait des défauts de la mixité sociale. De manière très « cartésienne », puisque la refondation a commencé par le primaire, il souhaite poursuivre avec le Lycée et l'après-bac. « J’engagerai une deuxième étape de la refondation de l’École de la République autour d’une articulation nouvelle entre le lycée et le premier cycle du supérieur (Bac -3 / Bac +3), visant à sécuriser les parcours des élèves et leurs choix d’orientation. ».

Visant d'abord à consolider son action sur l'école, Vincent Peillon veut tout à la fois donner du temps aux enseignants pour qu'ils s'approprient les réformes déjà engagées quand les impétrants présidentiels font des effets d'annonce proclamant de nouveaux chamboulements et à continuer à refonder l'école par l'instauration de plus de mixité sociale, notamment rappelant les valeurs historiques de la gauche sur l'école privée qui doit contribuer à cet effort de mixité.

 

 

 

Manuel Valls :

L’ensemble des propositions de Manuels Valls viseà bâtir une « nationéducative ».Les voici :

« — créer un service public d'accueil de la petite enfance.

 Poursuivre les efforts de scolarisation des enfants de moins de trois ans.

 Poursuivre le développement de l'éducation artistique et culturelle sur tout le territoire français.

 Valoriser l'apprentissage et les métiers manuels.

 Revaloriser le salaire et le statut de nos enseignants.

 Mieux accompagner les enseignants qui commencent leurs carrières dans des établissements difficiles.

Investir un milliard d'euros par an dans nos universités.

Garantir le droit à une formation qualifiante tout au long de la vie.

Engager une politique ambitieuse de la langue française, patrimoine commun des Français, pour faire reculer l'illettrisme. »

 

En bref, aucune proposition concrète pour l'enseignement obligatoire de 3 à 16 ans et même 18 ans. Certes, je ne dirai pas qu'il n'est pas inutile de revaloriser mon salaire, mais il n'y a là aucun point décisif pour faire face aux lourdes inégalités entre les territoires et les écoles. On peut même y lire, entre les lignes, la reprise d'une idée en vogue à droite qui consiste à entériner les inégalités sociales à l'école en orientant de manière plus précoce vers l'enseignement professionnel les élèves qui seraient les « plus manuels ». Or, avec un chômage de masse, des usines qui ferment et une pression sur les salaires par une politique économique de l'offre caractéristique de l'ex-premier ministre, les métiers manuels ne peuvent pas être vus comme des voies d'avenir. Bref, ces filières seront vues comme des voies de garage que les parents voudront éviter, mais les perdants du système y seront dirigés. Quel sens à vouloir valoriser les métiers manuels sans politique industrielle et économique visant à fabriquer en France ?

 

 


 

Mis à part Vincent Peillon, la question de l'école est assez mal menée par les candidats de la primaire soit par méconnaissance, soit par recherche d'effet de manche. Ce dossier souvent traité rapidement par les médias peut être un marqueur fort de cette primaire, car il est à mettre au crédit de ces gouvernements socialistes d'avoir tenu ses promesses sur l'école. Les sujets de mécontentement sont suffisamment nombreux pour ne pas souligner les décisions qui sont allées dans le bon sens.

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