Pour Ayrault, le changement « c’est pas maintenant »

Vincent Peillon aurait gaffé ! Pourtant, François Hollande disait à Orléans « Les rythmes scolaires seront réformés, en allongeant le temps sur l’année et en diminuant les surcharges journalières ». En recadrant son ministre de l’Education, peut-être pour asseoir son autorité ou sa méthode, Jean-Marc Ayrault ne sait pas qu’il a commis une faute politique en niant le passé et en handicapant l’avenir. Et si c’était JM Ayrault qui avait gaffé ?
Jean-Marc Ayrault © France Inter
Jean-Marc Ayrault © France Inter

Vincent Peillon aurait gaffé ! Pourtant, François Hollande disait à Orléans « Les rythmes scolaires seront réformés, en allongeant le temps sur l’année et en diminuant les surcharges journalières ». En recadrant son ministre de l’Education, peut-être pour asseoir son autorité ou sa méthode, Jean-Marc Ayrault ne sait pas qu’il a commis une faute politique en niant le passé et en handicapant l’avenir. Et si c’était JM Ayrault qui avait gaffé ?

La presse semble unanime : Vincent Peillon a gaffé et a été recadré par le 1er des ministres (6ième minute de la vidéo) Mais à bien y regarder, on se demande si ce qui est en jeu, ce sont les idées ou les personnes. En tout cas, en tant que citoyen, observateur et acteur de l’école, j’ai la mauvaise impression que les idées sont sacrifiées sur l’hôtel des personnes. « il y aura une concertation avec les enseignants, les parents d'élèves, les professionnels, tous ceux qui ont leur mot à dire et puis à la fin de cette concertation, il y aura un arbitrage, je le prendrai, pour que l'objectif principal soit respecté » « il y aura un arbitrage, je le prendrai » C’est donc cela qui importe. Un ministre, quand bien même dirait-il la même chose qu’il y a quelques jours, lorsqu’il était porte parole du candidat, doit attendre la permission du 1er Ministre. Logique institutionnelle, règle de bon fonctionnement.

Mais la langue de Jean-Marc Ayrault a fourché. Il a laissé glisser une bombe « semaine de 5 jours, pas de 5 jours, ça fait parti du débat » et c’est une erreur politique, bien plus grave que celle qu’il impute, à tord, à Vincent Peillon.

D’abord, une annonce du ministre de l’Education, ce n’est pas rien, puisque l’Education, c’est la priorité du Président.

Sur les rythmes scolaires, François Hollande a été très clair : « C’est en France que la scolarité dans l’année est la plus courte, et le nombre d’heures dans la journée le plus élevé. Nous devons en terminer avec ce qui produit de la fatigue chez les enfants, de la difficulté d’enseigner pour les professeurs et un déséquilibre dans l’année. Il y a aujourd’hui beaucoup plus de jours sans école que de jours avec école. Nous devons travailler sur un temps dans l’année où il y a plus de journées d’école (…) Donc, nous devons rétablir un équilibre, et nous le ferons en faisant en sorte que nous travaillions avec les enseignants, avec les parents, avec les élus locaux pour revenir à une journée scolaire plus courte et à une semaine scolaire qui ne sera plus celle des quatre jours. (…) Je déciderai le retour à la semaine de quatre jours et demi. ».

La première erreur, politique, est double : il dénie un engagement clair de son président et il dénie le vote de confiance qui a été donné par les citoyens, il y a à peine quelques jours. Si avec Hollande, le changement, c’est maintenant, avec Ayrault, c’est pas pour tout de suite.

La deuxième erreur, programmatique, est grave : en annonçant l’Education comme sa priorité, François Hollande a suscité une forte attente sur ce terrain. En niant un élément du programme, le premier jour, Jean-Marc Ayrault envoie un très mauvais signal à tous les acteurs : tout est négociable, il n’y a pas de ligne claire. Or, il me semble que ce n’était pas la position du candidat Hollande. De la concertation certes, mais une ligne qui veut remettre l’intérêt des enfants, notamment ceux pour qui l’école est la plus dure, au centre de la politique éducative. D’où la priorité au primaire. Puisque on discutera de la semaine à 4 jours ou 4,5 jours ou 5 jours ou, pourquoi pas, 6 jours, on pourra discuter de la priorité pour le primaire des 60 000 postes, on discutera de la pertinence du socle commun…C’est l’objectif de refondation qui est déjà mis à mal. D’ailleurs, les syndicats se sont engouffrés dans la brèche et ont tout mis sur la table. La veille, à l’annonce de Vincent Peillon, ils n’avaient pas réagi (cf la page Facebook de Sébastien Sihr, représentant du Snuipp)

La troisième erreur, opérationnelle, est catastrophique : il n'y a techniquement pas d'autres moyens de raccourcir à 5h le temps de classe dans la journée que d’ouvrir les écoles une demi-journée de plus. Il y a bien d’autres solutions pour tenir le raccourcissement de la journée tout en gardant 4 jours (comme le laisse croire Ayrault) : retirer 7 semaines et 1 jour de classe sur les vacances ! Je lui laisse le plaisir de négocier avec tout le monde. Il devra aussi annoncer la fin des 60 000 postes pour cause d'augmentation des salaires du fait d'une renégociation du statut des enseignants…Il peut aussi à loisir, laisser les communes s’organiser les unes les autres, ici à 4 jours, à côté 5 jours, une autre 4,5 jour…un bordel immense va s’emparer de l’administration de l’Education nationale. Cela va coûter cher (va-t-on payer en heure sup le remplaçant qui ira à l’école le samedi matin ou la classe sera-t-elle sans remplaçant ?). L’industrie du tourisme ne sera pas contente et le fera savoir et tout le monde de l’école sera démotivé.

La quatrième erreur, sur le terrain, est déprimante : Par son annonce, Jean-Marc Ayrault complique la tâche à ceux qui localement voulaient faire changer les choses. L’annonce de Vincent Peillon permettait de faire bouger les lignes ; là, le blocage est certain puisqu’il faut encore reprendre le débat au point de départ : la semaine doit-elle faire 4, 5, 6 jours ? Un rapport consensuel de l’assemblée nationale et le comité de consultation sur les rythmes scolaires avaient abouti au même résultat : semaine 4,5 jours et allongement de l’année. Même l’industrie du tourisme s’était rangée à cette solution mais elle demandait que les calendriers des vacances d’été zonés (avec 15 jours de décalage au total).

Si l’on doit tout rediscuter, c’est une bêtise monstre. Dommage que Jean-Marc Ayrault n'ait pas mieux profité de  son colloque au sein du groupe parlementaire PS où il a appris que le rythme actuel "pénalis[ait] les enfants dans leur réussite". Peut-on donc discuter d'une éventualité, le statut quo, qui pénaliserait les enfants ? Qui admettrait que l'on administre aux enfants un médicament nocif qui "pénalis[ait] les enfants dans leur réussite" ? Cela ferait débat ?

Pour conclure, François Hollande et Vincent Peillon offraient un cadre clair de négociation : 4,5 jours.

Personnellement, je suis assez en colère. Mais je veux bien donner mon aide. Il faut donner des cadres clairs de discussions et créer "une concertation" sur les modalités pratiques, dans ce cadre. Ainis, il faut fixer à 5h la durée de la journée (avec une souplesse de 5% de plus ou moins)…ce qui revient à introduire au minimum une demi-journée de plus dans la semaine. Pour le reste, on en reparlera ; puisque Jean-Marc Ayrault est pour la discussion, et que tout est à discuter, je suis à sa disposition pour en discuter…

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.