Ecole : une administration malade et hémiplégique

Mediapart m'avait invité pour évoquer les rythmes scolaires et d'autres sujets, avec Vincent Peillon, en direct ce vendredi 19 octobre. J’étais le seul intervenant représentant du primaire. L’Inspection Académique de l’Hérault m’a refusée cette rencontre. La raison ? L’administration de l’Education est malade.

Mediapart m'avait invité pour évoquer les rythmes scolaires et d'autres sujets, avec Vincent Peillon, en direct ce vendredi 19 octobre. J’étais le seul intervenant représentant du primaire. L’Inspection Académique de l’Hérault m’a refusée cette rencontre. La raison ? L’administration de l’Education est malade.

Donnée bien à l’avance, je n’avais pas de nouvelle de mon autorisation d’absence. Je l’avais sollicitée pour pouvoir me rendre dans les bureaux de Mediapart. Je n’aurais manqué qu’une seule journée à mes élèves. J’habite dans le sud, il me faut donc quelques heures pour aller à Paris. J’appelle donc un collègue syndiqué pour qu’il s’informe.

Après plusieurs échanges, il m’apprend que ma demande faite est refusée.

 

Le lendemain, je reçois l’information par mail. Aucune motivation du refus.

 

Et pour cause, 80% des remplacements sont effectués depuis le début de la rentrée.

 

En fait, ma demande est allée de bureau en bureau, chacun se refilant la patate chaude. Au final, le Directeur académique des services de l’Education nationale étant en Suède, le directeur adjoint ne reçoit la demande que mardi soir, vers 17h, parce qu’il y a une demande du collègue représentant syndical.

Pour motiver son refus il évoque :

1)   « C’est une demande qui est faite sur le temps de service ». Bien évidemment puisqu’il s’agit d’une autorisation d’absence.

2)   Comme le Directeur est en Suède, dans le doute s’abstenir, donc c’est non.

 

Je remercie les personnes, nombreuses et de premier plan, qui se sont mobilisées pour que je puisse discuter avec le Ministre.

 

Mais ce que je déplore, c’est le manque de dialogue et le mépris avec lequel on peut traiter les enseignants. Aujourd'hui, du haut au bas de l'Education nationale, les femmes et les hommes qui la font vivre ont quasiment le même niveau de formation (de l'instit de maternelle au Ministre) mais l'administration ne cherche pas à l'élaborer une intelligence collective.

Suis-je un cas isolé ? Non, ici une Rectrice sanctionne 13 enseignants avant de quitter ses fonctions, là un directeur académique continue la politique précédente en supprimant des circonscriptions, ici des inspecteurs font pression pour que les chiffres des évaluations remontent alors que le Ministre a dit "pas de remontée", là une inspectrice demande des documents administratifs quand l'enseignant appelle pour signaler un fait de violence et qu'il est menacé, ailleurs et un peu partout, rien ne change.

 

En fait, ce n’est pas Sarkozy qui aurait été la cause de ce durcissement de l’administration qui ne sert plus les élèves. C’est une culture qui a été installée.

 

Dans un article du Monde de l’Education de décembre 2006,avant les années Sarkozy, le directeur de « l’école des cadres » de l’Education nationale (Ecole supérieur de l’Education nationale), Jean David, pose clairement l'esprit "nouveau" du corps : "le développement de pratiques managériales et appropriation d'une culture de l'évaluation et du résultat". Et un peu plus loin, il dit : « Ce qui prévaut encore dans la formation des cadres de l’éducation nationale, c’est une logique de reproduction, une machine à fabriquer de l’obéissance, avec toujours une question derrière, celle de la docilité »

 

Il faut écarter tout ce qui pense, tout ce qui fait penser l’institution.

 

Cette Institution est malade. Cette institution est malade et incite chaque cheville ouvrière, chaque enseignant, à se replier sur sa classe. Il est clair que rien ne sert la classe dans cette administration-là. Cette administration est malade, centrée sur elle-même, hémiplégique, sans ressentir ce que vivent les élèves et les enseignants.Cette administration est malade.

 

A voir la 25eme minute de cette partie de la soirée avec Peillon :

En direct de Mediapart: Vincent Peillon et l'école des élèves © Mediapart

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