Un renversement copernicien pour l’école (version plus courte)

Je propose en exclusivité aux lecteurs de Médiapart LA solution aux problèmes de l'école. Ce chapeau alléchant ou risible n'a d'autre but que d'attirer le chaland sur mon billet. Ce que je propose est à la fois plus modeste mais non moins essentiel. Il s'agit de supprimer le débat sur l'école !
Je propose en exclusivité aux lecteurs de Médiapart LA solution aux problèmes de l'école.

Ce chapeau alléchant ou risible n'a d'autre but que d'attirer le chaland sur mon billet. Ce que je propose est à la fois plus modeste mais non moins essentiel. Il s'agit de supprimer le débat sur l'école !En effet, le débat sur l’école n’en finit pas et n’en finira jamais tant que nous persisterons à croire que une école « sert » à réduire les inégalités alors qu'elle ne fait que les reproduire. Sans nous déprendre de cette illusion, nous ne pouvons pas percevoir les réelles solutions.

Je propose l'arrêt de toute réforme et un changement du regard que nous portons sur nous-même au travers de l'école.

 

Le mythe idolâtré

 

Si Jacques Rigaudiat dénonce le mythe de l’égalité des chances dans son billet, sur son blog, je souhaiterais, pour ma part, pointer « un mythe tenacement enraciné dans nos mentalités et nos représentations » auquel Jacques Rigaudiat n’échappe pas. Pas plus que tous les intervenants du débat des intervenants de Ripostes (qui m’a donné la nausée, physiquement j’entends) ou les rédacteurs du rapport sur l'école primaire (lire le 1er paragraphe de la page 8 et la page 35).

 

L’argumentaire porte toujours ce même visage de la contradiction et ressemble à peu près à ceci :

La démocratisation de l’école n’a pas conduit à rendre réelle l’égalité des chances par le mérité du fait de la reproduction sociale (tout le monde cite alors P. Bourdieu), l'école a même tendance à renforcer l'inégalité, donc il faut réformer l'école pour qu'elle contribue à réduire les inégalités sociales. Il y a une contradiction logique à vouloir utiliser un instrument qui contribue à reproduire les inégalités pour lutter contre les inégalités.

Je demande donc au lecteur d’opérer révolution copernicienne pour accepter une évidence ridicule de simplicité :

L’école n’a pas été organisée pour réduire les inégalités sociales.

Ceci est vrai historiquement d’abord. Ce n’est pas son rôle quand Napoléon créa les lycées ; ce n’est pas plus son rôle quand Jules Ferry prend la plume pour écrire aux instituteurs. En effet, il souhaitait « que [les] enfants rapportent de [la] classe de meilleures habitudes, des manières plus douces et plus respectueuses, plus de droiture, plus d'obéissance, plus de goût pour le travail, plus de soumission au devoir, enfin tous les signes d'une incessante amélioration morale alors la cause de l'école laïque sera gagnée... ». Bref, un homme nouveau, un homme civilisé, permettant d’installer durablement la République. Il n’est pas question d’égalité des chances. Il devient question d’égalité des chances avec la « démocratisation » de l’école (la massification) et l’instauration du collège unique sur le modèle du « petit lycée ». Nous connaissons la suite...

L’école n’a pas été organisée pour réduire les inégalités sociales.

Et ceci est vrai ailleurs enfin. Les inégalités sociales sont la résultante de… rapports sociaux. Lapalissade. Certes mais qui n’est pas (ou plus) admis en France. Lors d'un réunion de travail réunissant les pays de l'UE sur le thème des moyens à employer en vue de la réduction des inégalités, la France eu une position très inattendue pour ses partenaires. Chaque pays y allait de son analyse : rapport dans le travail, entre hommes et femmes, entre travailleurs et chômeurs, entre nationaux et issus de l’immigration… et de ses solutions : perspectives de carrière au sein des entreprises, facilité la garde d’enfants, amélioration de la formation, discrimination positive…A la fin de la réunion, le petit français propose ce qui lui parait comme une évidence : « et l’école, elle aussi permet de lutter contre les inégalités ». Ces collègues le regardèrent avec des yeux tous ronds : ils ne comprenaient pas ce lien entre réduction des inégalités et école. En effet, ceci est étonnement quand on sait que l’école n’a jamais contribué à réduire les inégalités.

 

Le renversement de l'idole

 

Ceux qui me liront ne me comprendront qu’à moitié s’ils pensent que je suis désespéré et aigris ! (et pourtant si jeune !). Je vous invite à accepter cet état de fait sur l’école pour percevoir autrement le problème de l’inégalité sociale. Il faut opérer une sorte de révolution copernicienne pour l’école et ne pas supposer qu’elle est au centre du règlement de la question sociale mais bien une planète éloignée. Je m’excuse de mobiliser Copernic (et Kant) pour ce qui me parait si trivial...mais l’aveuglement me semble si généralisé…

 

Il est communément admis que les inégalités se réduisent quand le rapport de force entre Capital et Travail est favorable au dernier, ce qui n’est pas le cas depuis plus de trente ans, et quand l'État joue un rôle de fort redistributeur.

Si une répartition plus équitable de l'argent dans la société ne règle pas les problèmes d'inégalités, le rôle des corps intermédiaires est essentiel pour faire vivre une société démocratique.

D'abord, les luttes sociales victorieuses ont toujours permis d’obtenir, au-delà des « avantages» (sic), une place à l’égal des puissants. Ensuite, les corps intermédiaires, hier syndicats et PCF, permettaient d’avoir des parcours de promotion sociale hors des entreprises. Enfin, à chaque lutte, il s’agissait de réaliser notre insatiable désirs d’égalité politique, idéal de notre démocratie.

Mais l’égalité politique ne résout en rien les inégalités sociales. Les mêmes restent aux mêmes place.

Je crois qu'il faut évoquer un lien fort entre structure sociale d’un pays, structure économique et structure scolaire. La France est un pays où la main d’œuvre peu qualifié a toujours été très importante (en nombre) et l’est toujours (52 %). Le coût de la main d’œuvre ayant augmenté, l’augmentation de la richesse nationale n’a été possible que du fait d’une économie française fortement tournée vers sa consommation intérieure forte.

Des pays contraints par un marché intérieur plus réduit, type pays scandinaves, doivent produire des biens et des services à haute valeur ajoutée et se tourne vers l’exportation. La conséquence est que les entreprises emploient une part plus importante de la population dans des métiers plus qualifiés. On est naturellement porté à penser que ceci a été possible par un investissement conséquent dans l’école pour faire monter le niveau et atteindre ces emplois. On aurait mis simplement les bœufs devant la charrue.

Or, je fais l’hypothèse que comme dans les théories qui démontrent que c’est la croissance de la démographie qui stimule l’innovation dans l’agriculture, une économie tournée vers des biens et des services à haute valeur ajoutée stimule la réussite scolaire. Il faut mettre la charrue avant les bœufs. Du seul fait qu’il y ait des postes à haute valeur ajoutée à pourvoir, le niveau d’instruction monte nécessaire chez les adultes. La nécessité économique, les investissements en formation des entreprises et l’ouverture de perspectives de carrière pour les individus sont les facteurs entrainants l’augmentation du niveau. C’est dans ces conditions que les enfants sont pris dans un cercle vertueux avec leurs parents. Ainsi, l’ascension sociale des parents est la condition de réussite scolaire des enfants.

Du fait du peu de mobilité sociale en France (certainement personne reste au SMIC toute leur vie, sans changer de métier ou pire d’emploi !), nous avons peu de mobilité par l’école. Le degré d’ouverture d’une société induit la réussite scolaire de sa population et non l’inverse comme nous le croyons en France.


 

Quels sont les solutions pour réduire la facture scolaire ?

 

Dans la perspective que je défends, une réforme pour améliorer les résultats scolaires des élèves ressemblerait donc à peu près à cela :

*des investissements lourds dans la recherche (15 milliards, ce serait une bonne somme, non ?)

*un renforcement des rôles des syndicats et même une obligation de se syndiquer dans les PME

*aide aux développement des PME

*augmentation du nombre d'inspecteurs du travail

*une « libération » des médias

*amélioration (quantité et qualité) de la garde d’enfants et des congés de maternités ; soutien aux parents isolés

En fait ; tout ce qui contribue à ouvrir notre société ; à faire en sorte que les puissants ne soient pas les seuls à être libres d’agir. En tant qu'enseignant, nous voyons bien qu'il y a un moment où nous n'avons plus les moyens d'agir sur la difficulté des élèves. Dans ces cas, l'histoire personnelle de l'enfant, comme miroir de l'histoire sociale, est l'élément expliquant cette difficulté.

 

N'y aurait-il rien à faire à l'école ?

(Je ne parlerai ici que de mon domaine, l'école maternelle et élémentaire)

 

Si, bien évidemment il y a quelque chose à faire mais seulement des réformes à la marge de ce que je décrivais au-dessus. Bien que mal préparée (objet d'un prochain billet ?), la mobilisation des heures du samedi matin pour les élèves en difficultés peut être une bonne chose. Le soutien public, gratuit et laïque des élèves hors des heures de classe est souhaitable si cela ne s'appelle pas Stage de Rattrapage (poudre aux yeux !) et qu'il ne se limite pas à une fois 15 heures pendant des vacances mais devienne un soutien régulier et hebdomadaire (en supprimant la défiscalisation du soutien scolaire privée pour réaffecter l'argent vers le service public)

S'il y a bien une réforme d'importance à faire, c'est celle qui concerne le taux d'encadrement en maternelle. Dès la maternelle, pas seulement en fin de maternelle, nous savons quels sont les enfants qui ont des manques et qui auront des difficultés. Deux adultes (un enseignants et une ATSEM) dans le meilleur des cas pour plus de 25 enfants ne permet pas de combler certains manques des élèves. Je ne parle pas de l'augmentation du nombre d'enseignants mais plutôt de rapprocher le taux d'encadrement des maternelles (au moins jusqu'à la Grande Section) des crèches 1 pour 8). Sans cela, les enfants n'ont pas assez d'occasion de parler avec les adultes : à raison de 5 heures de classe dans la journée (si on ne compte pas les siestes pour les plus petits) avec 25 élèves, un enseignants doit ne peut échanger que 12 minutes avec chaque élève. C'est le manque de vocabulaire et d'expression orale grammaticalement correcte qui font défaut chez beaucoup d'enfants. Oui, là, et seulement là, je veux bien parler de l'école comme un des lieux pour lutter contre les inégalités.

 

 

Quel est donc le sens de l'école ?

 

L'objectif de l'école est politique et uniquement politique. L'école doit retrouver son sens originel formation du citoyen. Il s'agit de faire un homme sociable et capable de comprendre les problèmes de son temps pour intervenir dans l'espace publique. Apprendre pour défendre ses droits, pour en conquérir de nouveaux, pour être appelé à prendre des responsabilités publiques. C'est la poursuite de notre idéal de faire que les hommes soient égaux en dignité et en droits. Rien de plus. Aucune autre espèce d'égalité n'est possible mais le projet n'en est pas moins noble et grand. Les caissières resteront caissières mais auront à cœur de se battre pour améliorer leurs conditions de travail et modifier le cadre légal (étant élues députées) qui les régissent et voire repenser la redistribution de la richesse. La fin de la scolarité deviendra enfin le point de départ de la lutte contre les inégalités et non son point final mythique.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.