Dans l'Hérault, l’Éducation nationale encourage le FN

À chaque élection depuis 2012, on s'étonne de voir progresser le Front national dans l'Hérault. A l'avenir, il ne faudra plus s'en étonner tant nos politiques publiques, ici l'Éducation nationale, déraillent et encouragent la stratégie du FN.

À chaque élection depuis 2012, on s'étonne de voir progresser le Front national dans l'Hérault. A l'avenir, il ne faudra plus s'en étonner tant nos politiques publiques, ici l'Éducation nationale, déraillent et encouragent la stratégie du FN.

Depuis un peu plus d'un an, je suis élu à la politique de la ville à Lodève, dans l'Hérault. Une expérience nouvelle qui me laisse peu de place pour commenter sur Mediapart l'actualité, qui a été riche, de l’Éducation nationale. Une expérience intéressante qui me permet d'observer certaines réalités sous un autre angle. Une expérience inquiétante quand j'observe que la politique éducative se compose à « hauteur de vagues ».

Le collège de Lodève est sorti de l'Éducation prioritaire lors de la dernière réforme. Les critères choisis, la relative mixité sociale du fait d'un bassin de recrutement large, ont conduit à cette sortie de dispositif prioritaire pour concentrer les moyens vers ceux qui en ont le plus besoin (même si le collège n'était pas très loin dans cette dernière catégorie). Quelques mois plus tôt, la quasi-moitié de la ville était classée Quartier prioritaire politique de la ville. Ce classement se fait à partir d'un critère de pauvreté de la population. La nouvelle politique de la ville devait éviter ces écarts entre les différents dispositifs d’État, mais la politique éducative a une autre raison que la raison d'État ne connaît pas toujours. Si pauvreté et échec scolaire sont fréquemment corrélés, trop souvent et même plus fréquemment en France qu'ailleurs, la carte de la pauvreté ne pouvait pas recouper totalement la carte éducation prioritaire. Ainsi 99 % des quartiers prioritaires sont en REP+ (réseau d’éducation prioritaire plus) et 80 % en REP.

Ainsi les écoles de Lodève sont dans les 20 % restants : 4 écoles sont en quartier prioritaire et deux écoles sont à 50 m du quartier prioritaire (mais inscrites dans la politique de la ville au titre d'établissement du « quartier vécu ») sans être dans l’éducation prioritaire.

La ministre, et ses représentants locaux de l’Éducation nationale, s'étaient engagés à ce qu'une reconnaissance particulière soit faite de ces rares situations (mais pas exceptionnelles). Or il n'en est rien à ce jour.

Comment comprendre qu'avec une priorité au primaire (ce que sont les écoles de la ville), avec une priorité reconnue à certains quartiers (là aussi les écoles s'y inscrivent) et la création de 60 000 postes, que ces écoles auront moins l'année prochaine que cette année ou même qu'en pleine saignée Sarkozyste ? Incompréhensible. On a là une des premières faveurs faites au Front national que la politique éducative encourage. Des annonces sans effets derrière.

Mais regardons à quelques kilomètres, dans l'autre sous-préfecture de l'Hérault. Là, Robert Menard, partageant « 80 % des idées du FN » (histoire de dire qu'il est FN sans l'être, car qui dans un parti est 100 % de l'avis de tous les autres ?) mène une politique de guérilla contre la République qui lui rend en courbette. Après avoir annoncé l'année dernière qu'il n'appliquerait pas la réforme des rythmes scolaires pour son coût, l'Éducation nationale vient à son secours et élargit le dispositif « accompagnement éducatif » au-delà des l'Éducation prioritaire. Ce dispositif est un engagement financier de l'Education nationale qui consiste à payer en heures supplémentaires des enseignants ou financer des associations pour intervenir en périscolaire. De quoi effectivement alléger la facture pour la ville et garantir un encadrement de qualité.

Après un an où la promotion des armes à feu a été faite sur des affiches sous le nez des enfants, où le fichage des ces mêmes enfants par origine au doigt mouillé s'est naturellement exprimé sur un plateau TV, le maire FN vient d'obtenir une nouvelle extension du dispositif « accompagnement éducatif » en passant de 11 à 18 écoles couvertes (sur 20 écoles). Là encore, cela se fait dans les conditions les pires puisque le rectorat a laissé appliquer le décret Hamon. Pensé pour les écoles rurales pour des questions d'organisation inhérentes aux petites communes, celles-ci peuvent ainsi regrouper tous les temps périscolaires sur une après-midi pour permettre à un animateur d'intervenir sur un village différent chaque jour. Pas vraiment intéressante pour les élèves en terme de rythmes puisque les autres jours restent chargés ; et cela est d'autant plus vrai pour les enfants en difficulté. Comme les élèves de Béziers concentrent beaucoup de difficultés scolaires, c'est donc l'option validée et encouragée par une extension de crédits pour la ville FN.

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La faveur faite au FN est là bien visible. On récompense celui qui ne respecte ni les principes de la République, ni les intentions de la réforme des rythmes scolaires. On valide la stratégie de l'affrontement et de l'extrémisme. Faites du bruit, adoptez des positions extrêmes où l'on s’affranchit de l'intérêt commun, vous aurez une prime. Car en même temps, les écoles de Lodève, et d'autres à Sète, vont perdre la totalité ou une partie de cet accompagnement éducatif.

La pauvreté serait plus importante à Béziers ? Si l'on se fonde sur la dernière étude de l'INSEE du 2 juin 2015 posant un nouveau regard sur la pauvreté en France, selon l'échelle choisie, Lodève concentre plus ou moins de pauvreté (nombre de personnes gagnant moins de 60 % du revenu médian) qu'à Béziers. À l'échelle de la commune, Béziers est à la 79e place en France qui compte le plus de personnes pauvres (42,1 %) et Lodève est 90e (41,2 %), mais à l'échelle de la zone urbaine (plus large que la commune) Lodève est 15e sur 771 zones urbaines en France (36,8 %) et Béziers est à la 55e place (31,8 %). Au regard de la pauvreté, rien ne justifie que l'on élargisse au-delà des dispositifs prioritaires dans une sous-préfecture et pas dans une autre.

Est-ce au regard des moyens dont disposent les collectivités ? Avec des pertes de dotations plus fortes qu'ailleurs, la Commune des Communes du Lodévois et Larzac, dont Lodève est le bourg centre, n'auront plus les moyens de faire mieux. Sur le million d'euros auparavant encaissé par la collectivité, il ne restera plus en 2017 que 150 000 € de DGF. Alors que la collectivité s'est fortement engagée dans cette réforme des rythmes scolaires sans hurler sur le coût pour la collectivité, mais en recherchant à créer une vraie opportunité pour les enfants et que son PEDT a été reconnu comme le meilleur de l'Hérault par la CAF, l’Éducation nationale a choisi l'oubli. Le signe malheureux qui nous est adressé est d'une cruelle ironie : « Soyez de bons apôtres de la politique de l’Éducation nationale, elle ne vous le rendra pas ». Avec une perte entre 20 000 € et 50 000 € de perte pour la collectivité qui devrait pendre à sa charge ces temps périscolaires que l’Éducation nationale financée jusqu'alors, il n'est pas impossible que nous ne pouvions plus appliquer la réforme des rythmes scolaires. Pour moi qui ait singulièrement défendu cette réforme, comme peu d'enseignants l'on fait publiquement dans la tourmente médiatique, la pilule serait amère.

On voit comment le positionnement de FN est doublement renforcé. Ceux qui appliquent volontairement sont disqualifiés et ceux qui refusent la loi sont renforcés. Ménard, à deux pas de la méditerranée, fait des vagues et l’Éducation nationale l'écoute. À Lodève, la mer semble trop loin, l'effet périurbain peut-être...

Soyons honnêtes intellectuellement. Ce n'est pas le maire de Béziers qui bénéficie de l'accompagnement éducatif, mais les enfants de la ville. C'est donc une bonne chose pour ces enfants. Mais l'effet politique reste le même. Un maire FN obtient plus du Ministère de l’Éducation nationale pour ces administrés que tout autre maire.

Alors qu'avec le dialogue, j'espérais, en tant qu'élu à la politique de la ville, pouvoir travailler avec l'Éducation nationale sur un plan local éducatif ambitieux et innovant, je ne peux que constater qu'il y a une prime à ceux qui vont à l'affrontement. Plus encore, alors que le contrat de ville qui sera signé le 2 juillet planifie des politiques sur 5 ans, l'Éducation nationale n'offre aucune visibilité sur la rentrée prochaine.

Myriam El Khomri, Secrétaire d'Etat à la Politique de la Ville, s'adressait le 26 mai 2015 aux préfets pour leur rappeler « que les écoles qui accueillent des élèves défavorisés, mais qui ne sont pas rattachés à un collège REP peuvent bénéficier d’un accompagnement particulier dans le cadre des conventions académiques de priorité éducative dont la durée est calquée sur celle des contrats de ville. » Cet accompagnement particulier est aujourd'hui quasi-invisible sur la ville.

Pire, il renforce et prépare la victoire des discours extrêmes sur la ville. En ne reconnaissant pas la situation d'écoles à 50 m du quartier prioritaire, mais inscrit dans le quartier vécu du quartier quartier prioritaire, l’Éducation nationale rend incompréhensible sa politique d'aide aux élèves en difficultés. Comment peut-on imaginer sur un si petit territoire que des familles qui en moyenne gagnent légèrement plus que des familles à faibles revenus puissent ne pas percevoir l'inégalité faite à leur enfant ?  On peut comprendre le fait de donner plus à ceux qui ont moins quand les espaces de vie et les niveaux de vie sont très différents ; mais quand tout se tient dans un mouchoir de poche ? Objectivement et légalement, les parents d'élèves qui ont manifesté la semaine dernière demandant l'égalité ont raison. Ils sont bien les laissés pour compte par les décisions actuelles.

Personne ne devra s'étonner que ceux qui annoncent une politique d'égalité (comme la ministre de l’Éducation nationale et qui fut ministre de la Ville) mais qui laissent voir aux citoyens une politique d'inégalité, se fassent sortir par les extrêmes. Parmi les explications des votes du monde périurbain, c'en est une qui revient souvent sous la plume des géographes et autres sociologues.

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Mais tout serait si simple, si cela était volontaire. Pour ce qui concerne l'accompagnement éducatif le principal facteur d'explication de la restriction est simplement budgétaire. Le rectorat n'a plus d'enveloppe à distribuer, car avec la même somme, il a mieux servi d'autres villes (Béziers par exemple, comme nous l'avons vu). Alerté par ses services sur le problème, le Ministère ne bouge pas.

Alors que font les politiques locaux ? Depuis des mois, le Député, le Maire, les conseillers municipaux et moi-même écrivons à la ministre et au rectorat à peu près la même chose écrite ci-dessus, mais en des mots mieux choisis. Nous avertissons même que nous allons droit dans le mur avec ce type de politique qui ne met pas en cohérence les discours, les actes et les politiques publiques entre elles. La réponse est toujours la même : « on vous comprend, vous avez raison, on va faire ce qu'il faut. » Le résultat est proche de zéro.

Au delà des considérations spécifiques à cette question particulière, j'ai une sincère interrogation après un an de mandat d'élu local. Faut-il être mesuré pour conduire des politiques responsables permettant de construire des projets pour les territoires ? J'ai imaginé que oui pendant une année. Peut-être devrais-je imaginer à l'avenir que pour être responsable, il faut être excessif ? C'est ce que laissent penser les logiques mises en œuvre par l’Éducation nationale. Que l'avenir me prouve le contraire...

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