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Billet de blog 31 août 2014

1er choix pour la ministre : la réforme territoriale ou la refondation ?

Najat Vallaud Belkacem a déclaré être décidée à poursuivre le travail de Vincent Peillon et Benoît Hamon, en bref, la refondation de l’école. Elle a renouvelé la promesse de la création de 60 000 postes comme un gage de cette volonté.

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Najat Vallaud Belkacem a déclaré être décidée à poursuivre le travail de Vincent Peillon et Benoît Hamon, en bref, la refondation de l’école. Elle a renouvelé la promesse de la création de 60 000 postes comme un gage de cette volonté. Faire tenir à François Hollande ses promesses n’est pas une mauvaise chose en soi. Mais à trop mettre l’accent sur la quantité, la ministre ne devra pas oublier que la refondation passe aussi par la qualité. André Vallini, Secrétaire d'État à la réforme territoriale vient de porter un coup qui pourrait être fatal à une refondation mal en point.

« Les Français veulent cette réforme » [la réforme territoriale], clame André Vallini dans Le Monde.fr. La logique est la suivante. Il y a un « ras-le-bol fiscal », des économies sont nécessaires (suivez mon regard vers Berlin et Bruxelles) qui doivent s’accompagner, miroir aux alouettes, de la baisse des impôts ; la réforme territoriale est la réforme « structurelle » que Sarkozy n’a pas faite ; Hollande l’a faite, donc les Français veulent la réforme.

Mais réforme territoriale sans conscience n’est que ruine de l’âme. Limitée (pour l’instant ?) à des aspects techniques et d’économie, la réforme ne dit rien du sens qu’elle porte ; voire elle devient une machine à détruire une des rares politiques de gauche de ce gouvernement.

Hollande fait son premier discours sur l’école, le 15 mai 2012, face à la statue de Jules Ferry. Un acte qui doit marquer le quinquennat qui souligne que « l’école a besoin de réforme ». C’est pour cela qu’une des clefs essentielles a été le vote le 8 juillet 2013 d’une loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République qui institue « dans chaque secteur de recrutement d'un collège, un conseil école-collège, » « en cohérence avec le projet éducatif territorial. » (je souligne à chaque fois), qui réaffirme la nécessité d’un socle commun comme « continuité de l’école primaire », qui innove en créant les Écoles supérieures de l’Éducation où les enseignants du 1er et 2nd degré seront formés ensemble, qui rend concret le rapprochement école-collège par la « création d’un cycle d’enseignement CM1-CM2-6ème », qui instaure un Conseil supérieur des programmes pour créer des programmes scolaires continuent de la maternelle au lycée.

Cette volonté de rapprochement entre le primaire et le collège a été, avant la loi, portée par François Hollande, le 9 octobre 2012. Il traçait l’orientation de la refondation. « Je veux aussi que soient facilitées les articulations entre les différents niveaux de scolarité, pour assurer une plus grande fluidité des parcours scolaires. C'est un point essentiel. Des expériences existent: elles sont probantes. Je pense à la liaison entre le CM2 et le collège […] ». Il évoque donc logiquement plus loin le chantier de « la construction du parcours éducatif et en particulier la liaison entre école et collège ».

Pourquoi cette volonté de rapprochement ? L’histoire de l’éducation nous l’enseigne. Quand la démocratisation de l’accès au second degré se mettait en place, la question était de choisir l’organisation d’un enseignement obligatoire qui passait à 16 ans. Fallait-il étendre l’école primaire « populaire » jusqu’à 16 ans ? Les pays du nord de l’Europe ont naturellement choisi cette option. Mais la masse des enseignants se trouvait dans les lycées et les « petits lycées » de la bourgeoisie. Les enfants en 11ème n’étaient pas mélangés avec ceux du Cours Préparatoire. Les enseignants non plus. La France a donc choisi l’option bancale : école du peuple pour tous jusqu’en CM2 (et disparition des classes de 11ème jusqu’à la 7ème) et collège de la bourgeoisie pour tous (de 6ème à la 3ème). D’où les différences de salaires, de pratiques pédagogiques, d’organisation et de culture entre le premier et le second degré.

La refondation avait pour tâche de réduire cette fracture historique qui pèse si fort dans les résultats de la France en matière d’éducation. La réforme territoriale ne fait rien de moins qu’anéantir ce projet par « le transfert aux régions […] des collèges[…] relevant aujourd'hui des départements entraînera non seulement des économies d'échelle, mais supprimera les éventuels doublons et permettra aussi des gains sur la commande publique  », comme le souhaite André Vallini.

Transfert des collèges pour éviter un doublon ? Avec qui ? Je m’interroge tout autant sur les économies d’échelles réalisables dans des institutions publiques qui fonctionnent dans des lieux nécessairement différents. Mais plus fondamentalement, c’est le rapprochement culturellement tenace collège-lycée qui est réactivé à l’encontre de la loi de refondation. Qui peut croire que les représentants des grandes Régions pourront être présents dans chaque collège ? Va-t-on rapprocher les citoyens de l’école ? En tout état de cause, on favorisera à coup sûr le rapprochement de l'administration du collège et du lycée et on tuera la tentative de faire en sorte qu’il existe une instruction obligatoire pour tous jusqu’à 16 ans. On a là aussi la démonstration de ce qui cloche dans cette réforme territoriale : non seulement elle ne porte pas de sens politique hors l’économie, mais elle met en plus en péril d’autres décisions de cette même majorité.

Et si Najat Vallaud Belkacem intervenait pour donner un peu de sens à ce point de la réforme et confirmait la refondation ? Du sens serait donné si à un échelon d’enseignement correspond un bassin de vie et une collectivité qui concorde. L’école à la commune, le collège à l’agglomération et aux communautés de communes et les lycées aux régions. C’est le sens de la loi du 8 juillet 2013 qui parle de « cohérence avec le projet éducatif territorial ». C’est l’idée que Jean Viard souhaite voir aboutir dans son Nouveau portrait de la France pour une société correspondant aux modes de vie. C’est le sens du récent rapport sur l’observation des premiers conseils école-collège qui pointe toutes les difficultés que j’ai évoqué plus haut (organisations, cultures… différentes, « sombre pronostic » titre le Café Pédagogique), mais appuie continuellement sur la nécessité de construire le rapprochement.

Si la première ministre femme de l’Education nationale laisse le collège être repris par les régions, nous aurons là un critère pour évaluer la réalité son engagement dans les réformes et ce qu’elle veut faire de la refondation de l’école. Un abandon, en silence. Une loi a été votée, le président s’était engagé à rapprocher école et collège. La réforme territoriale ne doit pas contredire cet engagement. Dans deux ans, si la direction n’est pas suffisamment marquée, l’école serait immanquablement « libéralisée ». Alors, au tour de Najat Vallaud-Belkacem d’agir maintenant.

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