L’autre ou le miroir de la Haine

En ces temps de petites bourgeoisies intellectuelles, supportant difficilement les leçons tout en luttant pour ne pas en donner, je m’adonne pour un instant salvateur à un de mes exercices favoris, la psychanalyse personnelle grâce à l’écriture. Ma boussole interne appréciera.

 N’avez-vous jamais ressenti un sentiment désagréable en rencontrant un jour quelqu’un qui vous ressemblait trop?

La première fois que j’ai expérimenté cela, l’effet a été violent. Tout d’abord je n’ai rien vu, me contentant d’échanger avec ce petit bourgeois bien pensant et habile de ses mots, porteur de la bonne parole et prétentieux. Je me retrouvais face à moi-même. Mon « double » subissait le même sort que moi et moins de 3 minutes après le début de la discussion, nous nous retrouvions tête contre tête au sens figuré. Je ne saurais peut-être jamais si mon « miroir » a eu autant de chances que moi de s’apercevoir du ridicule de la situation. Plus on se ressemble, plus on se hait? Peut-être que l’amour que nous nous portons et notre soit-disant unicité nous amènent à cette situation loufoque? A moins que nous détestions voir dans les autres ce que nous rejetons en nous. Hum…



J’ai mis plusieurs années à mettre en application un peu plus dans ma vie cet « effet miroir », que j’ai retrouvé dans les textes géniaux d’Henri Bergson, notamment dans "Le rire. Essai sur la signification du comique". Je l’ai appliqué plus généreusement. Je nourris l’idée que lorsque je réagis de manière haineuse à la vie, c’est qu’elle me montre en miroir des parties de moi que je refuse ou que j’ai du mal à accepter (ma violence, mon animalité, ma perversité, mes imperfections, mes limites, mes peurs…).

Alors je travaille. Je m’efforce de rester fidèle à mes valeurs profondes lorsque je rencontre des hommes qui me semblent, au moins l’espace d’un instant, sans âme et violents. Cela met à l’épreuve la noblesse de mes grandes idées. L’épreuve de l’amour et du pardon, bien plus difficile que celle de la haine et de la peur. Il est plus difficile de pardonner et d’avancer que de rendre un coup et tournoyer dans un trou noir de violence. Alors je repense à une phrase d’Henri Bergson : « agit en homme de pensée et pense en homme d’action ». Histoire de s’éloigner de la logique « Faites ce que je dis, pas ce que je fais » qui fait tant de mal à la société et fait perdre ses repères à la jeunesse.

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