Je suis le premier fondamentaliste

Ce lundi 30 novembre, je tombe à la télévision italienne sur le Pape François de retour d’Afrique. Répondant à une question sur la période actuelle, François part alors dans une douce tirade sur le fondamentalisme religieux, expliquant que celui-ci n’est pas religion, rappelant à son auditoire les guerres qu’ont mené les catholiques au nom de leur Dieu.

Je suis coupable. Pas l’autre.

Il rappelle aussi l’histoire de Caïn tuant son frère Abel. Ou quand le coeur t’emporte.

Ce n’est pas l’autre qui fait la guerre, c’est moi. Je suis le premier coupable.

Pas de parole sur les fondamentalistes religieux de l’Islam, mais des paroles sur les actes de son église. Et en passant des paroles dures à nos puissants : « Une petite difficulté économique ? Allez, une petite guerre pour relancer tout ça !... ». Le Pape nous parle. Enfin me parle, je ne veux parler pour toi.

Je suis Charlie. Je ne suis pas Charlie. Fondamentalisme de l’équilibre. Fondamentalisme intellectuel. L’autre, ce coupable…

Je me suis défendu, mais je dois déposer les armes. Je suis coupable.

Alors je me rappelle une autre tirade du Pape, lorsque celui-ci évoque toutes les idolâtries comme des dangers, car refermant nos cœurs comme des chapelles fermées, immobiles dans l’espace et le temps. Glacées. Nous empêchant de naviguer vers l’amour et la paix. Qu’elles soient religions ou Charlie.

Au diable le narcissisme des petites différences intellectuelles. 

Je suis le premier fondamentaliste, je suis le premier pêcheur.

Car je me regarde et je la vois, cette haine de la différence. Je la prends, je la tourne et la retourne. L’autre ce coupable. Je suis le premier fondamentaliste.

Je suis l’autre. Je suis sa Haine.

Allez, je vais réfléchir à tout ça et lutter encore et encore, histoire d’essayer d’éclairer plutôt que d’étouffer l’autre avec Charlie. Ou d’étouffer mon coeur avec Charlie.

Vibrons, rayonnons.

Merci François, tu me permets de croire et de lutter par la même occasion. En commençant par ma propre lutte. La tienne, la vôtre, je vous la laisse.

Il est midi à ma porte. Les moutons seront-ils bien gardés ?

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