L’intégrisme laïc, l’essence de la laïcité ?

De race blanche comme Nadine, mon cœur est pourtant gris. Depuis le 7 janvier 2015.

Gris comme les couleurs du yin et du yang qui se seraient fondues. Je me refuse à verser dans les haines. Celle de Charlie le laïc par exemple, qui fomente selon moi une réaction épidermique dangereuse. Daesh l’a compris et ne se prive pas d’attirer des « fidèles » sur ce terreau de haine, pourtant recouvert d’un drap blanc immaculé. Lorsque je le retourne, je vois pourtant la Haine de la différence.

Pourquoi l’Homme aime tant voir les choses de manière binaire ?  Peut-être car la couleur grise remet en cause notre « intelligence » établie, impose sa difficulté et exige remise en cause. Notre intellect, si puissant et protecteur, est ébranlé. Sentiment inconfortable j’en conviens. Nous restons des animaux sociaux organisés.

Lorsqu’une idée nous paraît inacceptable, elle vient probablement remettre en cause notre état de survie animale.

Nous sommes donc empêtrés dans un sacré dilemme. Nous refusons aujourd’hui à accepter l’idée qu’une partie de nous-mêmes, et certainement pas la plus pratique sur le plan social, reste animale. Cette partie reste attachée à sa protection, à sa survie, à n’importe quel prix.

Alors, comme un boxeur coincé dans le coin d’un ring par son adversaire surpuissant, nous perdons notre calme lorsque les idées « d’en face » remettent en cause notre monde, finalement la sureté de notre monde.  Alors, le gentil Charlie, être au demeurant sans doute pur et aimant, se transforme lui aussi en fondamentaliste des idées, se permettant lui aussi des raisonnements binaires. L’amour se lit dans nos cœurs, tandis que la haine gît dans nos peurs.

Comme un fondamentaliste religieux qui aurait oublié la finalité de sa religion, le fondamentaliste laïc oublie selon moi que l’égalité peut se transformer en chapelle oppressante. Le fondamentalisme de l’équilibre.

Et j’en reviens alors à l’essence des choses. Fluctuante, interprétable, intime, personnelle. Indéfinissable. Mouvante dans le temps et l’espace.

Libre finalement. Pense à ton essence Charlie.

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