Retour aux sources du Football Passion

Moi le fondu de football, je suis en pénitence depuis que mon (ancien) club de coeur et accessoirement mon premier employeur est tombé au 6ème rang national en France. Le Mans pour ne pas le nommer. Alors, plus de club dans le coeur. Mais toujours le football dans la peau.

Oui mais quel football? Celui qui a fait disparaître mon club, notamment avec ce prétentieux et froid avivarena, mal né dans un pays qui n’aime pas le sport? Celui qui oppose les personnes dans des batailles de pouvoir sans fin et ridicules, au delà des enjeux pourtant énormes (n'est-ce pas les finances publiques)? Celui qui traite les joueurs comme des produits à vendre ou à jeter, loin des questions de potentiels humains? Celui qui considère ses propres supporters comme des « paniers moyens », comme de (très) vulgaires consommateurs?

Le supporter ne consomme pas, il se consume déjà. 



Non, pas ce football là. Définitivement.

Le football que j’aime, il y règne une odeur de pisse, de bière et de violence à fleur de peau. Pas une réelle violence, mais un monde un peu brut il est vrai. Pourtant, que de sourires et de rires en Curva Nord ce samedi…

J’étais donc de retour à Ancone 1905 ce samedi, mon troisième match dans ce petit Vésuve qu’est le Stade du Conero. Pas un hasard de me retrouver là encore. Outre le fait que le club a souffert aussi d’une rétrogradation administrative en 2010, 3 ans avant Le Mans, il est l’un des deux seuls clubs italiens à appartenir à ses supporters. Une autre idée du football, loin des strass des clubs milliardaires.

J’ai toujours aimé ce petit stade, creusé dans une colline et offrant à ses fidèles une caisse de résonance qui donne envie. Pour 13 euros, je prends place en Curva Nord, avec les 2000 personnes présentes qui ont bien décidé de chanter, sauter, crier pendant 90 minutes. 90 minutes loin d’être passionnantes malgré la domination constante d’Ancone, actuellement 4ème de Série C1, le troisième niveau national.

0-0, pour la 3ème fois pour moi au Stade du Conero. 

Mais je suis heureux au delà du déficit de but, car la passion et le bon moment passé en tribune valent leur pesant d’or. Au milieu des vieux, des enfants, des femmes et des capuches. Tous une écharpe rouge et blanche autour du coup. On porte les couleurs, comme à Marseille ou à St Etienne.

Assis, clope au bec avec mon café et mon éternel carnet de notes, ou sautant sur les sièges en plastiques au milieu des ultras, quel plaisir. Voir le match à travers les drapeaux flottants. Sentir cette vibration commune, ce petit moment de parenthèse…

On est loin des stades de spectateurs où la critique règne plus que la passion. Sport passion ou sport critique pour vous? J’aime le football pour ce qu’il m’offre des tribunes. Pas pour ce qu’il m’offre en terme de modèle social. Le football moderne n’offre aucun modèle social et durable. Les belles valeurs institutionnelles volantes n’offrent rien à la réalité, qui rampe, ou creuse, quand à elle.

Je me sens plus proche de la réalité dans le football à papa qu’à Eurodisney. Où l’on aime mettre un drap sur la réalité pour tout lisser. Tandis que la passion disparaît, le « panier moyen » quand à lui s’embrase. Suis-je fou de ne voir aucun futur dans cette envie d’éternel croissance, illusoire et dangereuse. Notre modèle économique peut en témoigner. Une fois le mirage de la croissance évanouie, reste une terre en feu et la désolation.

Bref, je suis parti bien loin là encore, c’était juste un Ancone - Giulianova. Du calme.

La seule chose qui m’aura manqué ce samedi, c’est de partager ce moment avec mes potos consumés, Alan, Wenceslas ou Florent. Car comme tout, aucun moment ne mérite d’être vécu si il n’est partagé. A très vite donc.

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