Regardons-nous droit dans les yeux

Pour tenter de garder une ligne morale forte en cette (très) difficile période et ne pas me laisser dominer par mes sentiments, je me suis concentré sur cette faculté qu’a l’humanité à s’accrocher fort à ce qu’elle a de plus beau lorsqu’elle est touchée.

L'âme en peine, je cherche désespérément à retirer quelque chose de ces évènements tragiques, ou tout du moins des réactions qui s’en sont suivies. Depuis le 7 janvier et encore plus depuis ce vendredi 13, je me suis souvent perdu dans mes émotions profondes, peu aidé par les médias ou les réseaux sociaux: peur dans la peau pour les miens, soulagement, culpabilité, colère, impuissance, colère encore. Sentiments (em)mêlés.

L’espace d’un instant, et d’un court instant instant seulement, nous n’étions pas Paris, mais bel et bien Jérusalem, Damas, Bagdad, Beyrouth. Des cités où la guerre sévit trop régulièrement et où l’Homme de la rue vit ces sentiments terribles sans toutefois pouvoir influer sur le cours des évènements. Trop occupé qu’il est pour subvenir à ses besoins quotidiens. Comme nous tous souvent. On aimerait donner plus, mais on ne sait pas à quelle sein se vouer, on se sent impuissant devant les états ou face au « marché » libre. Sentiment violent pour qui ne le dompte pas.

C’est donc en cherchant à me (re)tenir à un concept fort que j’ai couché ces quelques lignes, davantage pour m’éclairer qu’éclairer quiconque.

J’ai cherché. J’ai observé. J’ai recoupé. Et si nous avons une chose en commun en dehors de nos différences de religions, de cultures, de langues, c’est notre profonde fascination et notre respect pour la vie, quelle qu’elle soit. Même devant la mort et la haine, la culture et les connaissances de notre humanité nous tire, parfois avec difficulté mais de manière immuable, vers l’amour, vers la force à avoir pour résister à ce qu’il y a de plus mauvais en nous. L’universalisme existe.

Les sociétés civiles, et pas l’ensemble de leurs dirigeants malheureusement, du monde entier peuvent se regarder droit dans les yeux et partager ce qu’elles ont de plus profond. Ce respect du vivant. Cet amour pour les siens, cette empathie pour la douleur humaine, cette capacité unique à sentir les douleurs, les sentiments. L’amour a pour l’instant survécu à la haine, et je prie désormais pour que ceci perdure. Car c’est la plus belle chose de notre monde: la poésie de l’amour. Au delà de la violence de nos institutions, de la violence des puissants en général, l’Homme reste droit. Presque trop parfois à nos yeux. Mais c’est sans doute par respect de la mémoire du passé.

La force de la vie nous amène tous finalement à devenir apôtre de Gandhi et de Jesus, deux des plus grands pacifistes de l’Histoire: frappe-moi, frappe-moi encore si tu le veux, et je continuerai à te pardonner, à t’aimer, à te comprendre malgré la peine, la douleur et les pleurs. Malgré la colère, la haine et l’injustice. Toi l’homme perdu, je suis triste pour toi car tu n’as pas reçu l’amour que ta vie méritait, et tu n’as sans doute pas su pardonner à ceux qui t’avaient offensé… Toi l’homme perdu, tu n’auras pas notre humanité, quelle qu’elle soit: celle de Jérusalem, de Damas ou d’ailleurs. L’Homme est l’ultime créature de la création, et rien n’ira jamais aussi haut que sa poésie et ses sentiments. Même si l’humanité, par la Haine et la Colère, est mise à mal, elle lutte de toutes ses forces.

Cherchons nos ressemblances. Nos points communs sont les traits d’union entre le ciel et la terre. Créatures de la vie, vous êtes belles, même quand vous souffrez. Vous me faites pleurer d’une joie triste.

Sentiments emmêlés. Mais guidé par le phare de l’universalisme, je me sens plus fort.

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