Semcheddine
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Billet de blog 14 avr. 2022

La création de l’univers et l’avènement de la vie : Une mélodie secrète

« Ce que je vois dans la nature est un grand dessein que nous ne pouvons comprendre que de manière imparfaite, et que doit remplir une personne qui réfléchit avec un sentiment d’humilité … » Albert Einstein

Semcheddine
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Résumé

Le mois du Ramadan est  un mois de ressourcement qui nous permet  de procéder à une introspection et de prendre le temps de la réflexion. C’est dans ce cadre que je propose aux lectrices et aux lecteurs, quelques questionnements qui nous amèneront à apprécier le miracle de la vie et celui de la mélodie secrète concernant l’harmonie et l’ordre du monde . De mon point de vue , cette beauté  ne peut émerger  ex nihilo, un horloger transcendant règle cette belle mécanique de la Terre que l’homme pris par l’hubris risque  par son comportement  irresponsable capable d’amener à la sixième extinction J’aurai à décrire comment la science voit la création de l’univers, comment s’est déroulé l’aventure terrestre et plus tard , bien plus tard comment l’humanité a émergé. L’homme ce tard venu à l’échelle cosmique pense pouvoir régenter le monde à son idée et se veut un destin prométhéen  sur une Terre belle fragile pour qu’il y ait une vie harmonieuse jour après jour

Introduction

 Dans le droit fil de la connaissance scientifique, mais aussi de l’expérience humaine acquise pendant des millénaires, il est utile de connaître justement comment l’homme appréhendait l’espace et en général tout ce qui le remplissait de terreur, du fait qu’il n’a pas d’explication. De tout temps les hommes se sont posées les questions suivantes, fruit d’une inquiétude légitime : « Qui sommes-nous ? » D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Comment expliquer l’ordre superbe de l’Univers, depuis la délicate harmonie d’une humble fleur des champs, jusqu’à la splendeur sombre de la voûte étoilée ? Pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien proclamait, en son temps, le physicien  Leibnitz?    Pourquoi des générations humaines ont grandi et sont mortes sans le secours des religions notamment monothéistes si ce n’est de s’en remettre à un panthéisme qui dans l’histoire a fait place aux monothéismes mais aussi aux religions de l’Asie.

 Comment est née la vie ? La science nous donne une explication, c’est l’évolution à savoir tout n’a pas été créé d’un coup comme l’enseigne les religions. Cette évolution pour combattue qu’elle soit, permet non seulement de décortiquer le passé à partir du Big-Bang, mais elle va plus loin. Pour elle, l’humanité est un élément de l’évolution. Il n’y a, de ce fait, pas de vision anthropocentriste encore moins de mythe géocentrique. C’est la Terre qui tourne autour du soleil à l’intérieur d’un système solaire, lui-même poussière dans la galaxie composante d’un Univers de milliards de galaxies et curieusement, miracle, il n’y a que sur Terre où les conditions sont harmonieuses pour qu’il y ait la vie ? Avons-nous touché le gros lot, la bonne planète ? Où est ce que tout cela n’a pas été créé en vain ? Comme l’enseigne le Coran. Suffit-il de laisser agir les lois de l’Univers pour qu’à partir du hasard naisse, naturellement, la vie ou faut-il imaginer qu’au-delà des choses visibles, il y a encore autre chose, une intelligence discrète, un horloger, qui animerait la matière et lui donnerait souffle ?

 Le cheminement vers le modèle du Big Bang eut des difficultés à s’imposer On prête à Einstein cette phrase : « le fait de ne pas reconnaitre que l’univers  est en mouvement a été une erreur ». En fait pour Einstein, l’Univers est immuable , il propose  ce faisant un modèle  qui  fige l’univers avec la fameuse constante cosmologique.. Ce sera un scientifique soviétique qui aura à revoir les équations et à montrer que la constante cosmologique qui permettait un  univers stationnaire n’avait pas lieu d’être .  Du fin fond de la Russie, Alexander Friedmann    remit en cause la théorie de la relativité en libérant « l’univers ». La confirmation viendra des années plus tard avec les observations de l’astronome Edwin Hubble au télescope en 1924. L’Univers s’agrandissait de plus en plus dans son entier. Il était en expansion, à partir de la pulsion initiale où il était infinitésimal.

 Le Big-Bang nous fait découvrir une histoire imprévue et fantastique. Il a eu une naissance, grandiose, il grandit maintenant, et peut-être connaîtra-t-il un jour la vieillesse et la mort. L’histoire connue commence alors que l’univers avait déjà atteint l’âge de 10-43 s – le temps de Planck – Avant, on ne sait rien. Si l’on admet la théorie du « Big Bang », le film du déroulement de l’univers serait le suivant : l’Univers est né dans des circonstances inconnues et, peut-être, inconnaissables.  Puis, pour une raison inconnue que les scientifiques ne s’expliquent pas, le vide si vivant s’est mis à enfler. C’est comme si quelqu’un a donné le signal du début. En moins de temps, qu’un battement de cil (entre 10-43 et 10-32 seconde), son volume a été multiplié par 1050 (10 suivi de 50 zéros) ! «La force qui a provoqué cette expansion est inconnue. Entre 10-35 et 10-12 seconde, l’« inflation» s’est arrêtée. La force motrice qui l’anime laisse derrière elle des particules élémentaires – électrons, quarks, gluons et neutrinos – dans un environnement où les températures sont inouïes (1027 degrés centigrades). L’Univers continue à s’étendre et à se refroidir. A 10-11 s, la température baisse à un million de milliards de degrés centigrades. A 3000 degrés centigrades, les électrons sont capables de s’accrocher au noyau atomique de base. Et sans que l’on sache pourquoi, sont apparues les premières particules de matière  expliquées bien plus tard par le fameux boson de Higgs .   

 Nous sommes les petits enfants du Big Bang

 La Science a continué à se développer après l’hypothèse du Big Bang Pendant 1000 jours, le satellite Planck a fouillé les confins de l’Univers pour tenter de répondre aux questions des physiciens et de l’humanité: De fait, la première lumière de l’Univers, le «Fiat Lux» de la Bible, semble réglée au millionième près. A tel point que certains physiciens parlent de miracle car sa naissance est parfaitement ordonnée, ce qui a fait dire à Georges Smoot prix Nobel de physique, que « le Big-Bang est l’évènement le plus cataclysmique que nous puissions imaginer, et à y regarder de plus près apparaît finement orchestré ».

 Après cette barrière fatidique des trois cent mille ans, des nuages de gaz se sont formés. Ils donnèrent naissance aux milliards de galaxies pendant près de 13,82 milliards d’années. Aujourd’hui, à l’instant du Big Bang, l’Univers est encadré par une série de constantes cosmologiques qui gouvernent, à chaque instant, chaque étape de la naissance de la matière.  Nous y reviendrons dans la prochaine contribution Justement, comment les particules sont nées? Une découverte majeure a été faite début juillet 2012.  Il n’y aurait  plus de doutes. Les explorateurs de l’infiniment petit viennent enfin de mettre la main sur une nouvelle particule.  La découverte du boson de Higgs est essentielle car les particules de lumières initiales n’avaient pas de masse. C’est le boson de Higgs qui les a «alourdies». Une partie de l’énergie devient matière dont tout ce qui vit (humanité, animaux, plantes) et ce qui est inerte (sable, pierre…) est constitué    Nous sommes  constitués d’atomes principalement le carbone, l’hydrogène, l’oxygène, l’azote qui ont  parus à partir de la soupe primitive issus du Big Bang . L’astrophysicien Hubert Reeves  a bien raison d’écrire que nous sommes les  petits enfants du  Big Bang

 L’avènement de la vie :La mélodie secrète

 En continuant le déroulement de la vie sur Terre, entre 2 ou 3 milliards d’années, l’âge des ténèbres cosmiques prend fin avec la formation des premières étoiles de l’Univers, au cœur de denses nuages de gaz. Entre 5,5 et 10,5 milliards d’années, le Soleil est formé, ainsi que les planètes du système solaire. Sur les planètes les plus proches du Soleil – Mercure, Vénus, la Terre et Mars. De 6,2 à 11,2 milliards d’années,  Il y a émergence de la vie sur Terre  . Les toutes premières cellules commencent à peupler la terre. De 10 à 13,82 milliards d’années, des organismes multicellulaires se développent, aidés par l’avènement de la reproduction sexuée. Les premiers vertébrés apparaissent pendant l’Ordovicien. Suivent les dinosaures, les reptiles, les mammifères et les plantes. Il y a environ 7.000.000 d’années, des hominidés commencent à peupler l’Afrique. Homo sapiens se manifeste il y a plus de 100.000 ans. Le langage, la culture sont créés et les sociétés humaines organisées apparaissent . (1)

 Hasard ou dessein transcendant ?

 Il reste à savoir si  l’univers est  gouverné par le hasard ou par un ordre profond? Y avait-il quelque chose avant le Big Bang? Qu’y avait-il avant la création de l’Univers?»,  Pour l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan : « L’univers, écrit-il, se trouve avoir, très exactement, les propriétés requises pour engendrer un être capable de conscience et d’intelligence. Les astrophysiciens peuvent jouer aux dieux créateurs en construisant des modèles d’Univers, chacun avec sa propre combinaison de constantes et de conditions initiales, grâce à la puissance des ordinateurs modernes. La question … qu’ils se sont posée pour chaque modèle d’Univers est : héberge-t-il la vie et la conscience après une évolution de 13,7 milliards d’années ?  »  (2)

 « La réponse est…la vaste majorité des Univers possède une combinaison perdante (…) – sauf le nôtre (…). Ce réglage est-il dû au seul hasard ? Ou bien résulte-t-il de la nécessité, si bien que les valeurs des constantes… sont les seules permises ?» Rappelons que si un seul des paramètres avait une très faible déviation même d’une valeur infime, la vie n’aurait jamais pu émerger de la matière et la matière elle-même n’aurait jamais pu se former. Le réglage de la constante cosmologique est précis jusqu’à la 120e décimale. L’astrophysicien Georges Smoot a pu, en regardant les premières images du rayonnement fossile, s’exclamer : « C’est comme voir le visage de Dieu ! Quelque chose semble inscrit dans cette lueur de l’aube cosmique. Comme un code mystérieux que Georges Smoot a appelé l’écriture manuscrite de Dieu. Remonter en arrière jusqu’à la création, regarder l’apparition de l’espace et du temps et de l’Univers et de tout ce qu’il y a dedans, mais aussi voir l’empreinte de celui qui a fait tout ça.» (2)

 La création de l’Univers  dans les religions et les spiritualités

   La science, qui n’explique pas tout, laisse des multitudes de questions sur le démarrage de la création, sans réponse. Est-ce-là que la foi intervient pour « rassurer » le croyant « à tout prix » quant à l’omniprésence d’une force immanente ? Ou est-ce que nous sommes en présence d’une loterie ? Tout aurait pu ne pas avoir lieu. On est tenté de prendre à notre compte la fameuse phrase du philosophe Jean Guitton : « L’absurdité de l’absurde conduit vers le mystère. » Dans le Coran, « Al ghayb », le mystère, appartient à Dieu.

 Les grandes civilisations qui ont vu le jour dans le continent asiatique, le sous-continent indien et au Moyen-Orient se sont toutes, chacune à sa façon, interrogées sur la formation et la constitution de l’Univers. Déjà, Il y a près de 3000 ans, les adeptes du mazdéisme, s’interrogeaient sur la création de l’Univers et sur la force qui faisait se mouvoir les astres et donner la vie à la matière. Pour les philosophes de la Grèce antique, la référence aux éléments naturels est souvent récurrente. Pour Démocrite (460-370 avant J.-C.), la réalité se compose d’atomes et de vide. Dans les religions révélées, dans la Bible on décrit le Tohu bohu concept apparaissant au second verset de la Torah et de la Bible. Dieu créa le monde en six jours, le septième jour il se reposa. Le même récit se retrouve d’ailleurs dans le Coran. Dans le christianisme,    Pour Pie XII, une fantastique explosion primordiale, projetant en un éblouissement toute la matière de l’Univers dans l’espace, est la caractéristique de la Création ! Le « fiat lux !»  Plus tard , Jean Paul II affirmera que « le Bib Bang est plus qu’une hypothèse ».

 De fait, la première lumière de l’Univers, le « FiatLux » de la Bible, semble réglée au millionième près. Comment est-ce possible ?    On le voit d’une façon ou d’une autre on revient au mystère et quel rôle le hasard a-t-il pu jouer. Einstein avait l’habitude de dire que « Dieu ne joue pas aux dés ». Un grand physicien a comparé le Big-Bang à un gigantesque incendie  dans une bibliothèque au cours duquel s’est constitué un livre en ce sens de ce qu’il y a de plus ordonné Ordo ab chao, l’ordre naît du chaos ou du désordre, trois mots latins qui renferment le plus grand mystère de l’Univers.  Le fine  tuning (réglage fin) fait que les probabilités de la non-apparition de l’univers sont incommensurables ! Jugez-en plutôt : Après l’étincelle initiale un Big-Bang un milliardième plus « rapide » que celui constaté, n’aurait pas permis à la matière de s’agréger et la matière se serait dispersée, ce qui naturellement rend impossible la formation des étoiles. A  l’inverse si le Big-Bang initial était lent (un milliardième en moins), le cosmos n’aurait pas pu vaincre la gravité et se serait effondré. Il n’y aurait pas eu formation de galaxies.

 L’astrophysicien Trinh Xuan Thuan a été l’un des premiers scientifiques à contredire l’idée que la vie est due au hasard : « Je pense aujourd’hui que le hasard ou la nécessité comme explications de l’univers sont parfaitement possibles. Concernant le hasard, il suffit d’invoquer les multivers, c’est-à-dire une infinité d’univers parallèles au nôtre et qui additionnent toutes les combinaisons physiques existantes. Tous ces univers parallèles seraient vides et stériles, sans vie consciente, sauf le nôtre. Le principe anthropique que je défends est différent. Il postule un sens, une nécessité de l’Univers. Je le conçois comme étant le résultat d’un principe créateur ».(3)   

 L’astrophysicien ajoute : « l’Univers se trouve avoir, très exactement, les propriétés requises pour engendrer un être capable de conscience et d’intelligence (l’homme) ». (…)  Une autre raison pour laquelle je m’insurge contre l’hypothèse du hasard est que je ne puis concevoir que toute la beauté, l’harmonie et l’unité du monde soient le seul fait de la chance. Je pense qu’il faut parier, comme Pascal, sur l’existence d’un principe créateur mais c’est un postulat que la science est incapable de démontrer, qui relève de la métaphysique. Je suis persuadé que la science n’est pas la seule fenêtre qui nous permet d’accéder au réel. Ce serait arrogant, de la part d’un scientifique, d’affirmer le contraire. La science nous apporte des informations, mais n’a rien à voir avec notre progrès spirituel et notre transformation intérieure. Confronté à des problèmes éthiques et moraux, notamment en génétique, le scientifique a besoin de la spiritualité pour l’aider à ne pas oublier son humanité » (4)

 Les grandes civilisations qui ont vu le jour dans le continent asiatique, le sous-continent indien et au Moyen-Orient se sont toutes, chacune à sa façon, interrogées sur la formation et la constitution de l’Univers. Déjà, Il y a près de 3000 ans, les adeptes du mazdéisme, s’interrogeaient sur la création de l’Univers et sur la force qui faisait se mouvoir les astres et donner la vie à la matière. Pour les philosophes de la Grèce antique, la référence aux éléments naturels est souvent récurrente. Pour Démocrite (460-370 avant J.-C.), la réalité se compose d’atomes et de vide. Dans les religions révélées, pour le christianisme, et pour le pape Dans la Bible on décrit le Tohu bohu concept apparaissant au second verset de la Torah et de la Bible. Dieu créa le monde en six jours, le septième jour il se reposa. Le même récit se retrouve d’ailleurs dans le Coran. Pour Pie XII, une fantastique explosion primordiale, projetant en un éblouissement toute la matière de l’Univers dans l’espace, est la caractéristique de la Création ! Le « fiat lux !»

 Le savant abbé belge Georges Lemaître, l’un des pères du Big-Bang – qui avait, un avis autorisé sur la question –, n’a pas succombé à la tentation du concordisme, fatal au dogme, car la science peut désavouer demain sa vérité d’aujourd’hui.  Tout en attirant l’attention contre la tentation du concordisme ; la science peut se déjuger constamment,  il sera difficile de trouver une cohérence à une religion si elle est indexée sur une science changeante Certains scientifiques musulmans avancent que le Coran présente une cohérence d’ensemble qui semble « coller » à la réalité actuelle. Ainsi après la naissance de l’Univers, à partir de l’atome primitif, le Coran aborde l’étape de l’expansion ainsi que le révèle le passage suivant : « Le ciel, Nous l’avons construit par Notre puissance : et Nous l’étendons [constamment] : dans l’immensité ». « Nous l’étendons », signifie : « Nous le rendons plus vaste, Nous lui donnons un volume plus grand » .  (5)

 Face à ce que recèle le patrimoine spirituel de l’humanité comme enseignement dont la pertinence éprouvée semble à nouveau d’actualité, les découvertes scientifiques battent en brèche bien des certitudes. Elles mettent en exergue des interrogations sérieuses empreintes d’angoisse et de perplexité.  C’est dans ce contexte que le fait religieux resurgit en force, notamment dans les sociétés occidentales alors qu’elles sont travaillées par de forts courants de sécularisation. Croit-on ainsi, entre autres raisons, donner sens à la vie et atténuer l’inquiétude face à son terme. Lequel terme paraît évanescent aux - ou voulu comme tel par les - tenants des techniques émergentes et penseurs transhumanistes. 

 Comme  l’écrit si justement le physicien  philosophe des religions Ghaleb Bencheikh  : « Parce que, toute l’humanité n’a pas une foi religieuse engrammée dans le cœur et l’esprit. Les personnes rationnelles se fondent sur la science pour soutenir une vision froide du monde. Tandis que la weltanschauung des croyants est sous-tendue parla présence d’une force motrice, une intelligence suprême qui amène un ordre à l’univers. En réalité, nous, autres humains, vivons un autre grand temps fort et décisif dans la longue et lente maturation de l’humanité. Dans cette grande marche vers le « progrès », nous assistons à un moment, au sens hégélien ; une conjoncture de rupture entre un temps ancien et un autre nouveau qui se déroule justement dans un précipité de temps pour lequel la représentation du monde évolue très vite.   Ce serait la septième période particulière pour les humains :après le temps du langage articulé, de l’écriture, du passage de l’ère mythique à l’ère historique, de la production du droit, de la « machine » de Gutenberg et de la révolution industrielle, c’est la digitalisation des activités humaines qui caractérise notre époque ». (6)

 « Si on y ajoute l’ésotérisme qui fut de tout temps consubstantiel de la destinée humaine, il est un fait que certains faits ne s’expliquent pas notamment par la science, il en est ainsi des phénomènes de réincarnation de transmigration des âmes, de poltergeist ( esprits frappeurs), de télékinésie que la science commence à aborder après le mépris affiché contre des expériences non reproductibles comme l’écrivait le savant français Henri Poincaré : « il n’y a de science que du mesurable » délaissant ainsi toutes les sciences parapsychologiques véritable continent inexploré.   A toutes ces questions il faut ajouter deux dangers potentiels induits par les avancées scientifiques le génie génétique et l’intelligence artificielle. Ainsi en absence d’éthique le trans-humanisme fait de l’homme à terme un cyborg, promis théoriquement à l’éternité. Il est prévu d’après la singularité technologique de réécrire le destin de l’homme ». (6)

 Quelle serait la position du scientifique non dogmatique ?

La quête du bonheur de l’humanité va de pair avec les conquêtes positives de la science, il n’en demeure pas moins   la science ne peut pas apaiser les angoisses de l’homme, la lancinante question de la destinée humaine, du télos de la vie et de son devenir. Seules les religions, les grandes spiritualités et la sagesse peuvent rasséréner cette angoisse métaphysique. Pour cela, à quelque spiritualité qu’il appartienne, l’homme devra aller au-devant de l’inconnu avec sérénité, détermination mais aussi solidarité et reconnaissance.

 Ghaleb Bencheikh  prend à son compte la nécessité de séparer sans antagonisme, les sphères du savoir scientifique et celles de la foi. Il aura à se battre  écrit-il  à double front : contre les prétentions scientifiques concordistes irrecevables de certains théologiens créationnistes et contre les extrapolations scientistes arrogantes de certains biologistes avec leurs affirmations apodictiques .  Pour peu qu’ils soient éclairés par une éthique  qui préserve la dignité humaine, le savoir scientifique et ses développements technologiques doivent être tenus pour le seul fondement recevable de l’organisation de la Polis et de ses prises de décision politiques. Les données révélées et les avancées scientifiques doivent être appréhendées dans des plans orthogonaux avec une séparation des magistères. Ceux-ci ne doivent pas empiéter l’un sur l’autre. C’est le fameux principe NOMA (non-overlappingmagesteria) théorisé par le paléontologue Stephen Jay Gould.  (6)

 « En ce sens que deux composantes de la sagesse sont essentielles dans une vie épanouie et de plénitude bien qu’elles soient distinctes. La pulsion à comprendre le caractère factuel de la nature et le besoin de trouver du sens à l’existence humaine sur une base morale pour son action, relèvent de deux magistères séparés ». Le « Yalta » entre la description du ciel et comment y aller doit être bien respecté. Sans syncrétisme aucun, cela a le mérite de proposer une alternative à l’opposition caricaturale entre matérialisme athée scientifique et spiritualité mystique. Tout comme - si on reste dans le cadre du monothéisme abrahamique -cela n’empêche nullement de s’interroger si Dieu peut-il agir dans un monde régi par des lois physiques et déterminé par des équations mathématiques ? » (6)

 Conclusion

Dans toute cette remise en cause de « certitudes » que l’on croyait gravées dans le marbre   est-ce à dire que la science aura toujours le dernier mot et que les religions ont perdu la bataille du sens, puisque tout est explicable aussi bien dans l’infiniment petit que dans l’infiniment grand ? Ne peut-on pas revenir aux fondamentaux de la vie ceux du pourquoi que la science délaisse volontiers, ayant pour vocation de s’occuper du comment ? Il n’est pas interdit de   penser qu’il y a un architecte qui règle l’harmonie du monde, le miracle de la vie   Ne serait-ce que pour cela nous pouvons coexister en bonne intelligence et éviter de s’anathématiser chacun au nom de son Dieu et supporter une vie dans une Terre de moins en moins vivable du fait de la folie des hommes de vouloir tout, tout de suite, en saccageant l’environnement préludant ainsi à une sixième extinction dont il sera responsable. La Terre pourra renaître sans l’homme qui est à bien des égards un clin d’œil dans l’échelle géologique des temps. De ce fait, l’homme devrait se départir de son hubris et de ses ambitions prométhéennes. Il est sur Terre comme un élément constitutif qui ne lui donne aucun droit de perturber l’harmonie d’une mélodie secrète. La Terre qu’il a polluée peut continuer à fonctionner sans lui, dans le cas d’une sixième extinction qui risque d’être déclenchée.

 Nous voilà arriver au terme de cette première interrogation ; Nous aborderons  dans la prochaine contribution , la question de la vingtaine de constantes réglées  à des dizaines de décimales , en montrant que si on change une décimale , il est impossible, que le big bang évolue comme il a évolué, il est impossible que les atomes qui constituent la matière se forme !  Tout ceci devait constitué l’une des questions primordiales. Pourquoi l’Univers est ordonné d’une façon aussi harmonieuse ? Le scientifique s’interroge il n’a pas de réponse ; Le croyant est tenté d’y voir une transcendance  Pourquoi pas ? Nous verrons qu’un grand mathématicien Kurt Godel  a même démontré mathématiquement  ( la fameuse preuve de Godel)  qu’il y a quelque chose en dehors de nous du  système en général . On peut l’appeler Dieu, on peut l’appeler l’horloger, o n peut l’appeler Allah ,,Dieu Elohim.. L’Homme perdu entre l’infiniment petit et l’infiniment grand serait prétentieux de saisir le mystère de la création  et son devenir par les seules sciences physiques . Ce tard venu aussi fragile et insignifiant  s’interroge depuis son avènement sur sa condition  Plus il avance dans le savoir , plus  l’horizon recule  Au-delà de la physique  Il y a la métaphysique qui permet aussi  et concomitamment  appréhender ces mystères » (7).

 Face au mystère du monde, Einstein est encore plus humble, il eut ces paroles lourdes de signification : « Nous sommes dans la position d’un petit enfant entrant dans une immense bibliothèque dont les murs sont couverts jusqu’au plafond avec des livres écrits dans de nombreuses langues différentes. L’enfant sait que quelqu’un a écrit ces livres. Mais il ne sait pas qui, ni comment. Il ne comprend pas les langues dans lesquelles ils sont écrits.Telle est je crois, l’attitude de l’esprit humain même le plus grand et le plus cultivé face à Dieu » (8)

1.Chems Eddine Chitour, Science, foi et désenchantement du monde,réédité. OPU, Alger, 2008.

2.Chems Eddine Chitour, https://oumma.com/naissance-de-lunivers-ne-rien-hasard/

3.Trinh Xuan Thuan, http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/08/17/31003-20180817ARTFIG00052-trinh-xuan-thuan-je-crois-a-la-necessite-de-l-univers.php

4.https://www.atoi2voir.com/spiritualite/dieu/dieu-existe-t-il/1120-je-ne-crois-pas-au-hasard-dans-lunivers/

5.Coran, Sourate 51, Verset 47.

6.Ghaleb Bencheikh : Préface à l’ouvrage de  Chems Eddine Chitour  La Condition Humaine à l’Epreuve de la Science Editions Chihab 2020

7.https://oumma.com/la-naissance-de-lunivers-ne-doit-rien-au-hasard/

8/Einstein dans George Sylvester Viereck Glimpses of the great,  EditeurDuckworth, 1930, lu dans Igor et Gricka Bogdanov  Le mystère du satellite Planck,op. cité, p. 71

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique  Alger

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