Ma chronique #28

On parle enfin des jeunes, étudiants, chômeurs, de cette génération de précaires, shootée au Covid 19, celle pour laquelle on a fabriqué un monde où se liguent les forces du mal, celles de la consommation et de la mobilité de masse ...

... des réseaux sociaux, des plateformes numériques et des accords de libre-échange. Cette population diverse, où l’on trouve des héritiers et des déshérités, seuls les seconds sont des précaires, est stoppée net, depuis un an, dans son élan vers des commencements que l’état d’urgence sanitaire à repoussés aux calendes. Notre président dont la principale qualité, puisqu’il n’avait jamais fait autre chose que de la comptabilité, était la jeunesse, peine à trouver des mots et à prendre des décisions pour compte des 18-25 ans. Précarité, déprime et jeunesse sont des mots qui ne vont pas très bien ensemble ; les couvre-feux et les confinements, ont fait passer à l’arrière-plan de l’action publique, les espérances et les projets de la jeunesse. Ce faisant, ce sont les espérances et les projets du monde qui sont relégués. Il faut agir, concrètement, démarrer sans doute avec les jeunes, l’expérience du revenu universel. Un revenu décent, 80% du SMIC par exemple, servi à TOUS les jeunes sans condition de ressources. Un investissement. Sauf que Mastex et Cacron pensent de conserve avec la REM, qu’un tel dispositif fabriquerait des feignasses.  On n’est pas sortis de l’auberge libérale. En attendant, des initiatives citoyennes et bienvenues, comme celle de ces restaurants qui fonctionnent à la solidarité, dons de légumes, viandes, fruits et autres nécessités culinaires transformés en repas complets à un euro, font florès, narguent les pouvoirs publics de leur efficacité et de leur libéralisme bienveillant.

Je vois dans l’ambiance mortifère qu’imposent les mesures de sécurité sanitaire dont je me demande ce qu’en aurait écrit et montré Charlie Chaplin dans un Les Temps Moderne contemporain, que la question de la mobilisation totale, sujet du livre éponyme de Maurizio Ferraris se pose avec plus d’évidence que jamais. Le télétravail, l’oisiveté relative, le besoin de contact permanent pour ne pas perdre le fil social ni celui de l’information, augmentent sérieusement l’input du téléphone portable sur nos vies. Cette mobilisation par l’outil, essentialise la communication et l’information comme production vitale, fait de nous, humains mondialisés, des soldats obéissants, à toute heure, à l’injonction des notifications du portable. Pourtant, raisonne Ferraris, cet endoctrinement, ce remplissage permanent, produit paradoxalement une impression de vide intérieur. Mobilisation totale et remplissage génèrent une fission émotionnelle dangereuse pour notre santé mentale. L’addiction opiumatique aux séries Netflix, est une autre perturbation, un vecteur de retrait social, d’anéantissement de la volonté, du transfert métaphysique par l’identification ou la vénération, dans lequel les soldats de la mobilisation totale et les camés des séries, se voient comme participant à une grande cause mondiale, quand ils versent, en vérité, dans la pente de la psychiatrie.   

Et puis, il y a Darmacron et le séparatisme. Il fût un temps où l’église catholique avait la prépondérance indiscutée sur les règles sociales, l’école, les comportements sociaux, le calendrier national, et intervenait dans tous les aspects de la vie. Pour en finir avec ces pratiques qui s’opposaient à un développement normal de la République dans ses aspirations démocratiques, fût votée la Loi de 1905. La transformation fût brutale, sécularisation des biens du clergé, rupture avec l’hégémonie de l’église sur l’éducation etc...  115 ans plus tard, le gouvernement veut soumettre au parlement, une Loi qui viendrait complémenter celle de 1905 par un texte qui sous-tend dans tous les articles qui le composent, que l’Islam viendrait remettre en question les principes de la laïcité à la française. L’Islam n’est pas la religion majoritaire en France. Cette Loi, quand elle sera votée, sera l’épitaphe sur la pierre tombale de l’universalisme, l’humanisme des Lumières, et liberté, égalité, fraternité, la légendaire devise de la France.

On devise, on devise mais ce n’est pas tout, il faut télébosser.

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