On est pas bien, là, hein?

Depuis la maison, accrochée à l’Hortus, causse majestueux dont le haut front de gypse blanc prend toute la lumière du soleil des Cévennes naissantes, on voit, au loin, horizons ondulants,

lignes de crêtes des collines, montagnes harassées surplombant le village, tracées en chemins aléatoires, parmi les garrigues et les vignes, palette de verts, à-plats ombreux, un tableau.

C’est une maison parmi quelques autres, sur une pente choisie par une famille, pour accueillir des générations, trouver la paix et la sérénité d’un paysage sans égal, offrir la possibilité de longues promenades sur des chemins empierrés, descendants ou montants, abrupts dans un sens comme dans l’autre.

Ce lieu, où les arômes des figuiers chargés de fruits encore verts, le disputent à ceux de la pierre et de la poussière, chauffées à blanc par un soleil dont pas un nuage n’atténue la vigueur, ces senteurs, qu’on dit de Provence, quand elles sont celles de nos chemins d’aventure.

Le causse, nous y sommes montés, en avons arpenté la voie de crête, amas de cailloux et de rochers tenus ferme par les robustes racines noueuses des chênes verts, de la garrigue d’en haut. Nous en sommes descendus, une fois le château atteint, bâtisse du XIIème siècle, dit de la Roquette ou Viviourès, visité en quelques enjambements d’amas rocheux, par un trait de caillasse coupante, parmi buissons et branchages, arrimages, jusqu’à la route coupe-feu qui passe au-dessus de la maison.

Cette maison-là, où nous sommes, des autres, bâties sur le domaine, est la plus haute, sa terrasse flatte la bâtisse de maçon, en excuse les imperfections.

L’hospitalité. Un trésor d’humanité, offert en grâce, par l’amie chère, et ses parents. H&M, ne pas confondre, sont parisiens, à un point qu’on ne peut défier. Comme des graines jugées trop dures, à la gangue coriace, sans souci de l’impertinence que la démarche implique, ils se sont un jour, implantés sur ce flanc magnifique. D’un garage ils ont fait une maison, puis une autre, de rien. Celle où ils vivent et reçoivent, est du même maçon que la haute, peut-être, parce qu’elle est habitée, elle est moins rêche.

La terrasse y est aussi, qui surplombe un dévers végétal habité de cigales, d’insectes variés, et la nuit, de sangliers fouisseurs, responsables du confinement par des clôtures de métal, de larges champs de vignes, piétement du causse, embase en pente douce, vers la route de Valflaunès.

Ce qui fait la maison ce ne sont ni les murs, ni les paliers, encore moins la terrasse, c’est la vie qui en provient. Accueillir, recevoir, écouter. Autour de la piscine ou à table, debout, dans le chemin, à midi, ou au moment où le soleil décline derrière le causse, laissant à l’ombre le soin de rafraîchir l’air et le sol, on éprouve un même sentiment d’être les bienvenus.

S’ils n’existaient pas il faudrait les inventer dit Elle, parlant de nos hôtes, qu’elle connaît depuis l’enfance. Je lui réponds que la bienveillance, l’humanité, l’authenticité, sont des parties d’une musique, des actes d’une pièce qui se jouent, ce sont des artifices, des parures.

Ce dont il est ici question, ce n’est ni musique, ni théâtre, c’est de la matière. C’est d’argile, dont sont faits H&M, et l’amie innommée ; assez tendre pour être modelée, formée, de franchise et d’humour, d’ironie et de dérision, d’attention et de tendresse, mais trop dure pour être modifiée, par la vie, ou n’importe quelle circonstance.

Le chemin du retour vers le Nord, loin des figues en train de mûrir, des balades buissonnières, de la piscine, des projets de raids en décapotable, vers des destinations rabâchées ou surprenantes, du petit troquet d’angle, dépôt de pain et de produits locaux, à Saint Martin de Londres, ou le grand bistrot étale fièrement et peut-être ironiquement son nom, sur un auvent vert clair le café des touristes, est difficile.

J’y suis encore un peu, parce qu’Elle a rapporté du thym, du romarin et même des brins de menthe sauvage, fumets de garrigue et d’un là-bas, dont je n’aurais jamais cru qu’il puisse, un jour, m’émouvoir.

Cette chronique est un hommage, vous l’aurez compris, un envoi, au sens que vous savez.

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