Ma chronique #50

Depuis que l’imbécile, porte-flingue du jeunot qui gouverne ce pays, a déclamé le calendrier du déconfinement, avant d’annoncer de son accent contrefait, la collaboration de LREM avec LR en Paca, pour les élections régionales, dégonflage très macronien dont il n’a pas honte de se faire le héraut, il règne une atmosphère curieuse dans ma ville.

Les trottoirs et les emplacements de stationnements situés devant cafés, restaurants et traiteurs, résonnent des coups de marteaux, grincent des tours de vis, vrillent l’air et le bois de mèches à perforer, sous l’assaut d’ouvriers pressés. Les terrasses naissent ou renaissent, pour la gloire de la relance économique et le soulagement des bistrotiers.

C’est air un peu aigre, que je renifle depuis quelques jours, l’immanence de l’impatience consumériste, le piaffement des frustrés de la CB, créent une ambiance dérangeante. A la radio, on entend les micro-trottoirisés dévoiler sans gêne leur agenda pour la résurrection du monde, dans lequel est né le virus qui les a tenus enfermés, masqués, privés de leur soif de réservations.

La connerie a la vie dure, celle-là va faire un musée, puis elle fera un ciné, quand elle aura fini de faire ces trucs-là, elle fera un restaurant – spasme de jouissance -, et enfin, elle fera un voyage.

Cette épiphanie de l’image sacrée, imprimée au profond des gens, est symptomatique de l’imperméabilité de la comprenette dont la masse fait preuve, sur des sujets pourtant simples, comme l’évidence que consommer c’est produire et produire c’est détruire.

Personnellement, le dernier endroit où, on pourra me trouver, à l’ouverture des portes, ce ne sera pas à une terrasse, où le commerçant qui a pris l’habitude de me vendre un café à 1,5 euros alors qu’il n’a aucun frais et que je lui paie le salaire de ses employés et son loyer, n’hésitera pas à rattraper son manque à gagner en faisant fondre ma CB à la flamme de sa goinfrerie.

Le monde qui vient, sera un affrontement entre les voraces et les coriaces, je suis de ces derniers, qui s’offusquent de l’irrésistible montée en puissance de la financiarisation du monde, par les premiers, y compris dans des secteurs hypersensibles, comme le parc locatif des grandes villes. Qui n’a pas été sollicité pour un investissement locatif, jadis réservé aux zinzins ? Devenez propriétaire et faites payer votre remboursement de crédit par vos locataires.

Ainsi, pour continuer de filer la métaphore biblique, l’apocalypse promise par l’État macronien est un retour dur à la réforme qui consiste à achever la désindustrialisation de la France, appauvrir les déjà pauvres, affaiblir ceux qui n’en peuvent plus, et réjouir les actionnaires et autres rentiers fors1 les retraités et les chômeurs évidemment !

On essaie de me rassurer avec la promesse que plein de gens sont conscients de la nécessité de regarder la question du mode de vie comme vecteur principal de la pandémie capitaliste qui tue bien plus que le Covid.

Je ne vois pas les choses de la même manière.

Quand je me promène dans Paris, je vois l’hôtel Dieu mué en mall commercial, comme la poste du Louvre. Je vois des affiches obscènes de Apple et autres marques de mode, l’industrie la plus polluante entre toutes, s’étaler sur des centaines de mètres carrés de façades classées. Je vois aussi la prochaine transformation de la Gare du Nord en pôle d’attraction commercial, comme les autres gares, je sens les déjections du capitalisme s’accumuler, pour répondre aux besoins de la masse.

La Terre est en train d’être dévorée par la bête acheteuse.

Voyez,regardez, ayez quelque pudeur... tonne Ruy Blas, sortant de la cachette d’où il a entendu les ministres, des voraces, se partager les prébendes, les avantages et les rentes. Son bon appétit messieurs, est un cri, qui devrait se suffire à lui-même.

Mais les goinfres sont sourds au sens, aveugles aux émotions, indifférents à la peur que leur appétit sans fin, suscite.

Oui, il y a ici et là des signaux faibles de l’émergence de désirs nouveaux, un less is more, à l’état d’embryon, une graine, plantée dans un sol encore mince.

Il faudrait de l’éducation, de la pédagogie, apprendre comment échapper à la masse sous toutes ses formes, ne plus aller où tout le monde va, ne plus acheter ce que tout le monde achète, réduire ce tout le monde, mais à quoi ?

Ce matin, embrumé par ma bataille quotidienne contre le pessimisme, j’écoute la radio. A la fin du fameux 7/9, une publicité pour AIRB&B, incitant les possesseurs de toutes surfaces disponibles, à les proposer sur le site, pour, dit la pub, grâce à un petit supplément de revenus, vous permettre de financer vos projets. Après les cerveaux disponibles, les taudis, terre d’accueil des puces de lit, des virus et autres ravissantes créatures.

Comme Molière fait dire à Alceste dans son Misanthrope

Et, parfois, il me prend des mouvements soudains,

De fuir, dans un désert, l'approche des humains.

 

 

 

 

 

 

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