De sa voix hirsute, Demorand morigène, interpelle, réfute, bref, il impose sa propre vision du monde, à des invités qui sont là, précisément pour donner la leur.
Lorsque les invités sont des économistes de droite, libéro capitaliste, il lèche, s’il s’agit d’atterrés, il tente de convertir, bref, Demorand n’est pas un journaliste au sens habituel, c’est le chien de la fable de Jean de La Fontaine, Le Loup et le Chien.
Le code a changé, pourrait-on dire, les mots aussi. On entend désormais parler d’exilés, au lieu de migrants. Que cache ce changement, unanime dans la presse parlée et écrite ? On peut se faire une idée quand on regarde quelques synonymes de ce mot, éliminé, banni, caché, déplacé, déporté, expatrié, guère mieux que migrants, mais plus confortable pour donner envie qu’ils aillent se faire voir ailleurs. La France, après tout n’est pas une terre d’exil, c’est une terre d’accueil !
L’éthos de Demorand, aussi a changé, il a été une voix pondérée, curieuse, respectueuse. Depuis quelques temps, il jappe, ne soigne plus les détails de son apparence vocale, ne joue plus le jeu de la neutralité professionnelle. Il s’engage, dévoie sa fonction, déshonore un métier lequel, d’honneur, est miséreux.
Les exilés, donc. Chacun comprend que les exilés de Calais, n’ont rien à voir avec le fromage de l’immigration dont se repaissent media et politiciens. Ceux-là, sont en transit, ils ne sont pas plus gênants que des vacanciers en camping. La différence est dans la manière dont ils sont traités. Pas d’infrastructure d’accueil et d’hospitalité sous divers prétextes qui ne tiennent pas la route, dans le pays des Droits humains, de l’Égalité et de la Fraternité.
Les exilés veulent traverser la Manche, stationnent, le temps de trouver un moyen d’y parvenir. Beaucoup d’entre eux en meurent.
Penser d’abord à la sécurité de ces gens, porter sur eux un regard d’humanité au lieu de projeter l’image d’envahisseurs, d’hommes de femmes et d’enfants approximatifs, auxquels on ne peut pas s’identifier, a la place desquels on ne peut pas se représenter.
Les exilés c’est nous. La vie est un bref exil, disait Victor Hugo. Qu’avons-nous besoin, exilés que nous sommes, de harceler et terroriser des personnes qui ne demandent qu’à échapper au pire ?
Après l’éthos dégénéré de l’animateur de la matinale de France Inter, le logos politique qui résonne dans la chambre d’écho médiatique comme un mantra hystérique, sur le thème du hijab, de la barbe ou de la burqa. La haine des musulmans, car c’est de cela qu’il s’agit, procède de la même abrutissante logique que l’antisémitisme du début du vingtième siècle.
Zemmour n’est pas Jules Guérin, président de la Ligue Antisémitique de France, journaliste directeur du journal l’antijuif, qui se claquemura pendant des semaines dans une maison de la rue de Chabrol, à Paris, dont l’expression Fort Chabrol est le lointain écho, mais il use comme lui, de la rhétorique du national-populisme, exemplifiée, à la fin du vingtième siècle, par le chef de file du Front national, Jean-Marie Le Pen.
Pierre-André Taguieff, disait à ce propos, en 1984, le discours démagogique du chef du FN, fonctionne par réduction des incertitudes, accumulation d’affirmations simples, empilement de pseudo-évidences, construction d’une façade logique et d’une image acceptable. C’est ce que fait, à la virgule près, le probable futur candidat à la présidence de la République.
Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi, en italien, le fameux, pour que tout change, il faut que rien ne change, une phrase du roman écrit par un aristocrate italien de l’époque du Risorgimento, qui donna le film de Visconti, Le Guépard. Le nom de cet auteur méconnu ? Giuseppe Tomasi di Lampedusa.
Iconique, non ?