Ma chronique # 51

Oui mais ... on jase, ce matin, à propos du deux centième anniversaire de la mort du tyran, du dictateur, de l’esclavagiste, du boucher de l’Europe, du grand petit homme, du génie militaire, ... et j’en passe, que Macron souhaite commémorer, Napoléon.

Ce matin, les français se sont trouvé une nouvelle corde à leur arc qui commence sérieusement à ressembler à un faisceau, l’histoire de l’époque napoléonienne. Soixante sept millions d’historiens se disputent l’image du caporal corse devenu empereur.

Au loin, dans les caraïbes, des citoyens français, disent leur incompréhension et leur colère, de voir commémorer cet anniversaire, à raison du fait qu’il s’agit là d’un hommage rendu à celui qui, trahissant une des lois les plus emblématiques de la révolution, a rétabli l’esclavage.

Peu importent les raisons de ce geste, les antillais d’aujourd’hui, sont les héritiers d’un acte criminel, inexcusable, impardonnable.

Napoléon aurait-il vaincu les monarchies européennes, agonisé dans les ors de Rueil Malmaison, les glaces de Versailles ou le luxe militaire de Fontainebleau, à la fin d’une vie remplie de victoires et d’honneurs, entouré de sa famille ; dans ses oreilles le brouhaha des hourras d’une foule de grognards, assemblés sous les fenêtres de sa chambre de mort ; il est celui qui restera à jamais un grand criminel, pour la seule raison qu’il a rendu des hommes libres, à un sort ignoble, aussi dégradant pour les esclaves que pour leurs maîtres.

Il y a de ces actes impardonnables, imprescriptibles, qui marquent à jamais l’image de ceux qui les commettent.

Alors, oui, mais... hein ? on s’en tamponne de tout ce qu’il a fait par ailleurs. Hitler, concepteur et exécuteur du plus grand crime contre l’humanité de tous les temps ... oui mais ... la Volkswagen, le réseau d’autoroutes allemand, l’industrie allemande, le plein emploi etc. Quand les allemands oseront-ils commémorer les dates d’anniversaire de la naissance ou de la mort de Hitler, parce que oui, mais ... et la Volkswagen ?

On ne peut pas comparer ? Si ! Les circonstances de l’advenue du bonapartisme puis de l’impérialisme napoléonien n’ont sans doute pas grand-chose à voir avec celle qui a présidé à celle de l’hitlérisme, puis du nazisme, mais qui dira que Hitler aura eu raison de mener la politique qui a conduit à l’extermination de tous les juifs d’Europe et à la mort de 60 millions de civils et de militaires sur le même continent ?

Qui dit aujourd’hui, que Napoléon mérite que le président de la république, une et indivisible, a raison d’honorer celui qui a rétabli l’esclavage, humiliant ainsi une partie des français ? Les électeurs de droite et d’extrême droite. Macron est un pragmatique, les voix antillaises ? Il s’en carre. Les fachos sont bien plus nombreux et ils aiment Napoléon.

Napoléon, son tombeau, ses collectionneurs, ses adulateurs, c’est un survol en rase-motte de la pensée, le ménage mal fait dans l’éducation, la pédagogie, l’écriture de l’histoire.

L’esclavage me direz-vous, n’est toujours pas vu comme un péché par beaucoup de peuples, ne gêne pas beaucoup les activités d’un certain nombre de nos chers amis. Demandez aux qataris, aux saoudiens et autres golfeurs.

Ne parlons pas de la lourde responsabilité que nous portons en arborant des ADIDAS, NIKE et autres marques, hommes et femmes sandwich, dont le cerveau gélifié par le marketing, bétonné par les influenceurs et ceuses, ne prennent nullement en compte les conditions dans lesquelles sont produits les objets qu’ils achètent.

Oui, mais ... le Qatar a financé la rénovation de l’hôtel de la Marine, place de la Concorde en échange d’un partage des salles d’exposition, avec la conservation ; n’est-ce pas au Qatar qu’aura lieu sur les cendres de milliers d’ouvriers morts des chantiers, la coupe du monde de football en 2022 ?

Oui, mais... j’entends qu’il y a quelques raisons de se réjouir par les temps qui viennent, même si j’ai du mal à accommoder, mon regard perclus d’un flou monochrome ne fixe rien qui ressemble à du plaisir ou du bonheur.

Je vois que la nature, ce qu’il en reste, entre les zones d’activités, les zones commerciales et les ronds-points, se pare des beautés d’une saison encore neuve, que les mouettes qui air b& bisent à Paris pendant l’hiver, sont rentrées chez elles, à Honfleur ou Étretat, laissant la place aux corneilles, ses roumaines aviaires ; pourtant, je ne ressens aucune joie à la perspective de la levée d’écrou prochaine.

Oui, mais ... me direz-vous avec justesse, on ne peut pas n’être que pessimiste. Il y a plein de raisons d’être optimiste, plus de quatre cents films attendent d’être montrés, des centaines de pièces de théâtre injouées, des ballets, des concerts de musique, des expositions muséales, bref, un tsunami culturel nous attend qui recouvrira tous les malheurs du manque.

Bien sûr, il y aura les demi et les quarts de jauge, le masque, les files d’attente, le gel bactéricide, la distanciation. Les lieux ce culture, c’est pas le RER, le bus ni le métro !

Bon, d’accord, l’optimisme low cost, pourquoi pas ? Après tout, quand je vais au Maroc chez mes amies, dans leur maison de Taroudant, je vole sur un avion d’une compagnie de cette eau-là, et je ne m’en plains pas.

Le pessimisme de la raison, l’optimisme de la concession. C’est la leçon du jour, oui, mais ...

 

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