Ma chronique #31

Le fond de l’air est frais. Paris sous la neige, c’est pas pratique et même pas praticable du tout mais c’est beau. C’est comme Paris sous l’eau, en moins liquide.

J'ai écrit, il y a longtemps un court texte qui racontait une ville dont les habitants constataient un beau matin, que tous les musées avaient disparu. Ils n’étaient pas fermés, non, ils n’existaient plus. A leur place, des ambassades et d’autres institutions, parfois rien, un square, une place vide, sans lien avec la destination habituelle des lieux. Ce texte, qui n’était pas une anticipation de ce qui se passe aujourd’hui, car seuls les musées étaient affectés, voulait montrer l’indifférence des habitants de cette ville à l’institution muséale.

C’était l’époque où les expositions n’étaient pas portées par des campagnes de promotion à la L’Oréal, où les asiatiques ne venaient pas encore par centaines de milliers faire le siège du moindre mètre carré censé détenir l’authenticité qui fait l’ingrédient principal du tourisme de masse, et où la compétition entre les musées faisait fi des records de fréquentation.

C’était le commencement de l’industrie de la monstration. Parfois, comme en 1972, des expositions remarquables, Van GoghMilletGeorges de La TourL'École de FontainebleauDouze ans d'art contemporain en France, inscrivent le musée et ses activités au cœur de la culture, ouvrent la voie à une intronisation dans la perspective historique des pratiques artistiques, donnent du sens aux métiers du musée.

L’extension du domaine de la lutte avec l'ouverture du musée d'Orsay en 1986 et l'aménagement du « grand Louvre » en 1988, puis avec la création des fondations privées, a densifié jusqu’à saturation une offre déjà pléthorique, pour ne regarder que des villes comme Paris ou Londres.

Aujourd’hui, on doit citer les expositions Dior ou Toutankhamon au même titre que Klimt, Monet ou Dali comme événements remarquables dans la vie muséale des années récentes.

Les jolis moments à la terrasse de bistrots improbables, de brasseries, survivances d’une urbanité en voie d’extinction, les dîners dans nos cantines du 9ème, manquent, évidemment, mais, à y réfléchir, pas autant que ces lieux où on trouve l’art de toutes les époques, et de toutes les pratiques. Ces couloirs du temps où sont accrochés les témoignages de batailles esthétiques, de brèches conceptuelles, de ruptures conventionnelles, et des académismes revisités, qui forcent le regardeur à interroger sa perception du monde, sont des voies obligées vers la culture.

Les ateliers d’artistes, bien plus compliqués d’accès, sont des recoins ou de grands espaces, selon, des antres obscurs ou lumineux, fascinants, où se fomente la création artistique contemporaine. On parle ici d’ateliers d’où sortent des œuvres qui iront dans des galeries, des collections et des musées et connaîtront des fortunes diverses, selon que les artistes auront été compris et soutenus, que des critiques, historiens, écrivains d’art, aient pris la peine de les raconter, de les identifier dans la complexité de l’histoire de l’art.

Ma frustration est de ne pas pouvoir profiter de l’absence des foules touristiques pour redécouvrir le Musée d’Orsay, le Louvre et quelques autres, je ronge mon frein dans l’attente que ce sera bientôt possible.

Le fond de l’air est frais, la neige recouvre la ville d’un léger voile blanc, bientôt sali comme la moquette d’un salon des arts ménagers par la multitude des usages piétons, cyclistes et automobiles. Dommage, ma ville immaculée, comme une belle scandinave, juste pour une journée ensoleillée, ça m’aurait plu.

Après Sciences Po, le monde du cinéma est touché par le stigmate infâmant du viol et de l’inceste, des actes qui resteront impunis par la Loi, sinon par la diffamation ou la calomnie de la vox populi. Combien encore vont-ils dégringoler de leur imposture et de leur superbe, submergés par le tsunami des dénonciations et des plaintes ?

Attention, dehors ça glisse.

 

 

 

 

 

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