Ma chronique # 54

Dis, mais ? Dim, et ? Ah... ! Dix mai ! Oui, la fête chez Bofinger. J’y suis passé.

Enfin, je n’ai pas pu entrer dans le restaurant, mais j’ai vu passer des tas de futurs et ures conseillers, ministres, secrétaires d’État, responsables de media ... Juste à côté, des milli...ers ... ons ? de gens se bousculaient, trépignaient, hurlaient, buvaient et brandissaient des tas de trucs, je vous laisse imaginer. Tout ce bazar, parce que Giscard venait de perdre les élections présidentielles. Trop de diams, trop d’avions renifleurs, trop d’accordéon et de mèche-moquette, trop de pops avec la bouche, et de mépris.

La gauche, cette salade dans laquelle il fallait, outre le socialisme bien coiffé, bien né et convertible, ajouter un brin de communisme, mal sapé, grande gueule, efficace et irréductible, pour en faire un plat assez digeste à un peuple affamé de justice sociale, de redistribution et de respect, avait gagné.

C’est loin tout ça ! C’est quand, que les terrasses ouvrent, déjà ?

Moi, c’est les boutiques de pédicure, qui m’intéressent. L’autre jour, j’ai découvert qu’il y en avait de clandestines. Bien sûr il faut être assez branché black Net pour connaître. Ouah ! Je me suis fait couper les ongles des pieds, râper la peau. Je suis parti, heureux, du pas incertain de l’ivrogne ; je patinais dans mes chaussures à cause de la crème avec laquelle la chinoise m’avait massé les pieds.

Dans l’attente d’une vie enrichie, grâce à la réouverture prochaine des magasins, des salles de sports, et aussi, bien sûr, des cinémas et des musées, des galeries d’art et des marchandes, je spécule sur mes priorités. Moi, je suis plutôt culture...

Alors, 400 films à mater, pour rattraper le temps perdu, ça fait quand même au minimum 600 heures de projection, sans compter les trajets et la queue au cinoche... ! Disons 800 heures... 33 jours... dans le noir ? Au secours !

Je poursuis mon anticipation ... les comiques, il y en a encore plus... et les pièces de théâtre, les concerts de musique, les expositions, les ballets, les opéras ! Tout ça, si on veut liquider le stock, c’est des mois qu’il faudra rester assis dans le noir, ou debout à marcher lentement, ou à trépigner sur place, collé-serré...

C’est un cauchemar, la réouverture !

Reste les terrasses... là, je dis pas... A la réflexion, j’ai entendu qu’à Paris, seulement 30% des bars, brasseries et restaurants disposent d’une terrasse ou d’un emplacement sur lequel ils pourraient en installer une... compte tenu de la population parisienne qui piaffe d’impatience, ça va être l’émeute !

A propos d’émeute, aurions-nous parmi les ministres du gouvernement actuel, un Robespierre ? Comme Maximilien, Éric vient du Nord, comme lui, c’est un avocat et un démocrate, mais la question est, est-ce que comme Max, il soutiendrait une chute de la monarchie ?

Ah, on se demande parfois... Réfléchir, tirer des plans sur la comète, regarder le monde changer, sans savoir comment les choses se transforment. Qu’est-ce qui modifie le cours d’une rivière ?

J’apprends, étonné, que la Seine aurait volé sa place à l’Yonne ! C’est l’Yonne, le fleuve ! La Seine est une rivière, affluent de l’Aube, qui se jette dans l’Yonne, etc... Je lis : La Seine était considérée comme sacrée par des druides et donc décrétée supérieure aux autres, puis la rivière Sequana (Seine) a été élevée au rang de divinité par les Romains. Pour ceux qui la contrôlaient, imposer la Seine était une manière d’asseoir leur pouvoir.

Alors, et le pont Mirabeau ? Les bateaux-mouches ? Les cartes postales, les cadenas sur les ponts, le Pont-Neuf ? On nous aurait menti ?

Moi, qui suis passé tant et tant de fois par-dessus l’Yonne, à l’insu de mon plein gré ?

Est-ce égal de jouir intensément de la vue inouïe de ce fleuve, au petit matin, le regard tourné vers l’Est... dans la paix de ses eaux, encore si calmes à cette heure... si c’est la Seine ou si c’est l’Yonne ?

Et la nuit ? Cette échelle de lumière que forment les ponts ? Cette promenade au long des mégisseries, du palais, au raz des eaux, dans une atmosphère hugolienne, la tête levée vers la cellule de Marie-Antoinette, passant sous les fenêtres du 36 de Maigret, et si l’on poursuit, on croise le fantôme de Léo Malet chuchotant à l’oreille de celui d’Eugène Sue.

On y perdrait, non ? A ne plus savoir nommer ce qu’on aime, il reste possible de dire comment.

 

 

 

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