Ma chronique #32

Less is more, cet aphorisme sonne comme une proclamation, un slogan, pour les admirateurs et les laudateurs du style de Ludwig Mies Van der Rohe, directeur mythique du Bauhaus cette école d’architecture que les nazis ont fermée en 1933.

Ils disent autant de sa culture, les mots sont ceux d’un texte du poète anglais Browning dont le sujet est le peintre de la Renaissance italienne Andrea del Sarto,

To paint a little thing like that you smeared

Carelessly passing with your robes afloat,

-Yet do much less, so much less,

Someone says, (I know his name, no matter) - so much less!

Well, less is more, Lucrezia: I am judged.

que de la puissance intellectuelle du maître absolu du minimalisme architectural.

Quand je pense au monde d’après, c’est à cette expression qui résonne tellement avec mon état d’esprit, que j’accroche mon espérance. L’austérité et la gravité comme paradigmes d’une esthétique nouvelle des modes de vie, des comportements sociaux, sont des utopies ; mais aussi loin qu’elles soient dans l’esprit du peuple mondial, elles sont un projet nécessaire, un but à atteindre si on veut sauver ce qu’il reste d’intact de la planète. Moins de consommation, moins de production, moins de destruction.

Les ZAD fleurissent en France, dont celle de Gonesse, où les bétonneurs fous devraient commencer à construire une gare géante située à 1500 m des premières habitations pour compte de laquelle les terres les plus arables et les mieux situées par sa proximité avec Paris, seront annihilées.  Mais les tenants du toujours plus ont le crachoir, les moyens et le pouvoir. On a vu résister à ND des Landes de baraques de broc contre des Caterpillar et des aréopages d’hommes en bleu, contredire gauche et droite dans leur argumentation, mais qu’en sera-t-il de Gonesse si le nombre, ce plus ligué en faveur du moins ne se coalise pas rapidement ?

Retour d’Utopia. Chez Macron on ne fait pas les choses à moitié. L’univers glauque, insondable, tellement opaque de la technostructure qui lui sert d’intelligence et d’inhumanité, gavé d’énarques, embauche des consultants. On lit dans Le Monde, Mediapart et ailleurs que Mac Kinsey, cette boite de conseil américaine, bien nommée La Firme, a la charge de faire des recommandations au prince sur la stratégie vaccinale avec le succès qu’on voit, et d’économiser 1 milliard sur on ne sait pas quoi exactement, mais as-t-on besoin de savoir ?

Faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, on n'pense pas, monsieur, on n'pense pas
on compte. (Jacques Brel)
Combien ça coûte à la contribution nationale d’économiser 1 milliard par le truchement d’une boîte de conseil privée quand des douzaines de diplômés, éduqués grâce à la même contribution, sont payés pour ça ?

Économiser ? On continue à faire la guerre de la santé contre le virus avec des moyens dignes des pays du quart monde, parce que l’hôpital français est exsangue, après les années de réductions budgétaires, de raisonnements comptables, loin des réalités et des nécessités de service public et d’intérêt général qui devraient guider les décisions de l’État.

Qui, à part un Arturo Ui peut penser que le pays de vieux que la France est devenue aura moins besoin de services de santé publique ? Ce moins-là est trop.

On citera avec délices, à propos de notre gouvernement monocratique, la pièce de Jarry, UBU roi. Car Ubu est l’autre figure du prince Macron, derrière celle de Ui, ... c'est égal, je pars en guerre et je tuerai tout le monde. Gare à qui ne marchera pas droit ! ...  Et, droit dans ses bottes ... Oui, et nous éblouirons nos compatriotes des récits de nos aventures merveilleuses. Cette évidence que nous et notre prince ne sommes pas du même monde Sabre à finances, corne de gidouille, madame la financière, j'ai des oreilles pour parler et vous une bouche pour m'entendre.

L’encerclement progressif de la France par des pays qui, en dépit des hécatombes qu’ils ont connues, ouvrent musées et bars, restaurants et discothèques, va plomber l’ambiance. La France des jeunes nantis, se rue déjà sur des RB&B à Madrid, où la bière est fraîche et servie en terrasse et on n’est pas à l’abri d’autres fugues massives vers des anticipations du monde de demain, qui sera fait de foules avides.

L’optimisme n’est pas de mise, pas encore. Les nouvelles, portées par des media camés aux alarmismes, et perspectives affligeantes, maintiennent le cap de l’angoisse.

Less is more, disais-je, j’arrête donc ici mes épanchements du jour,

 

 

 

 

 

 

 

 

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