Ma chronique n°44

La balade à Cabourg. Le monde se refermera lundi soir. Vite, pendant que le portail est ouvert, à l’occasion d’une nième adresse urbi et orbi à son peuple, du président-pontife stalino-thatchérien, à la télé, comme il se doit, il faut partir.

A cause de la guerre picrocholine, entre Lui et son surmoi, menée sur le champ dévasté de nos vies, de nos lendemains et de nos espérances, par les aléas de sa toute-puissance ; quand c’est la guerre, il faut se sauver, en zone libre, au bord de la mer ou à la montagne, à la campagne ou en Thaïlande.

La ligne de chemin de fer Mézidon/Trouville-Deauville, passe par Cabourg. Le train s’arrête à Dives, pas loin, là où débarquaient jadis, parisiens et banlieusards, à l’époque des familles vêtues de T-shirts rayés par Saint-James, l’apôtre des vacanciers.

Nuit d’Amazonie via Cabourg, Bangkok, que je chantais fautivement via Kaboul, Bangkok, mémoire furtive d’un texte vite fait bien fait ...Tous les hommes sont gris, Tu es tellement so, Arôme d'Arabica ... Patatras, à l’heure où blanchit la campagne, par un matin de printemps, retour de gel, la cousine assise dans le dur*, sur les genoux quelques chouquettes, échappées à la convenance burolière, attend.

De l’autre côté du périf’, en bordure de ce qui fût un bout de fortif’, l’autre cousine, son violoncelle sur une épaule, un sac bondé sur l’autre, dans une main le tote bag enflé des acquisitions récentes chez Leroy Merlin, le smart dans l’autre, est stoppée dans son élan pour descendre l’escalier du métro, par un barrage bleu.

La volaille, au nombre de 5, interpelle la violoncelliste : où croyez-vous aller ? Vous êtes confinée chez vous, retournez-y ! Naaaaan ! Vous ne prendrez pas le métro, et d’ailleurs, vos papiers !

Le coq, si tellement gaulois qu’il est au bord d’expulser un cocorico de tas de fumier, chef et fier de l’être, colle à cette cousine-là une contredanse, dont personne, sauf le coq et ses volailles, n’en sait le motif. En effet, si la dame a été surprise à tenter de prendre le métro, elle porte le masque réglementaire.

Le président - voir plus haut -, a déclaré que d’ici à lundi soir, nous pouvons nous déplacer et choisir notre lieu de confinement, moi, je vais me confiner chez ma mère, à Cabourg ! Tente l’instrumentiste, assurée de convaincre la bête. Le sbire, celui qui tient la chandelle pour le compte du coq, lui jette, si vous avez entendu ça, c’est que vous ne comprenez pas le français !

Un SMS plus tard, la cousine descend du train, furax, va poser sa valise et ses chouquettes chez elle, puis fonce refroidir le chaud d’une colère bien légitime à la piscine.

L’autre, portant violoncelle, sac bondé et tote bag enflé au commissariat, explique au planton qu’elle trouve devant la porte, qu’elle voudrait porter à la connaissance de la police ce que la police vient de lui faire subir.

Le planton lui explique, que là, ça va pas être possible, passsque c’est ... euh ... fermé ! Et d’ailleurs, justifie-t-il quand même, tous les flics ne pensent pas pareil, c’est pour ça, la contravention. Ce qui vaut, tout à la fois mot d’excuse et explication de la séquence courtelinesque à 135 balles.

Fin de l’épisode départ à Cabourg.

L’après-midi, on chante il n’y plus d’après à Saint-Germain des prés. La tentative de balade à Cabourg à éreinté ce week-end, promis par Manu comme la dernière séance.

Vu de la Gare du Nord, la mésaventure des cousines fait sourire. Celle aux chouquettes, a rendez-vous aux Deux Magots, où elle doit remettre un paquet à Marie-Caroline de Balard, une amie burolière. L’amie câline est consentante pour une aventure vers la rive gauche.

L’équipage ainsi constitué s’en va, visage levé, par les rues ensoleillées du dernier après-midi d’avant lock-down. Chemin faisant, les commères, je n’y peux rien si ce mot fâcheux est l’exact féminin de compère, bien plus avenant, n’est-ce pas ? se confient. Le rendez-vous, argué par la porteuse du colis destiné à MCdeB comme prétexte à la balade, est une rencontre secrète.

Pour ne pas se faire remarquer, la dame de Balard porte des tennis argentées réfléchissantes en bas d’un ample manteau rouge vif et un interminable foulard LVMH. Ayant l’air d’une vitrine ambulante, elle peut s’adosser à un kiosque à journaux sans éveiller le soupçon.

La réunion clandestine, et non mixte, commence par l’annonce d’un plan, ourdi par les boss de l’entreprise ou cousine et vitrine travaillent à des tâches essentielles.

Le plan, a pour objectif de libérer des places dans l’entreprise au profit de quelques polonais, dont les services sont furieusement moins coûteux et donc forcément plus rentables, comme aurait dit Marguerite.

On fomente, on argumente, on mesure des possibilités, on se compte, on se recompte, on spécule sur le contenu du panier dans lequel vont tomber des têtes.

L’amie câline met son grain de sel d’amazone, incite, recommande anticipe. Les burolières, pipelette et chouquettes, acquiescent, abjure, promettent sermentent, osent quelques gros mots.

On évoque, on rappelle quelques vagues souvenir de luttes anciennes, on invoque Lordon, on veut saisir des instances, voire des avocats. La discussion est légère comme un dossier de fond dans un magazine féminin. Les lendemains qui déchantent ne font pas encore peur.

On reporte la discussion, on dit qu’on reste en contact, qu’on se tient au courant, elles se quittent, désenchantées mais souriantes encore.

Quelle journée !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*Le dur fait partie de ces mots disparus de notre langue. Un dur, c’est un train. « Il prit son billet en vitesse et son dur juste à temps [...] » (Queneau, le dimanche de la vie)

 

 

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