Il n'y a plus d'après à St-Germain-des-Prés, plus d'après-demain,

L’équilibre de la terreur, ça vous dit ? La capacité des blocs à se détruire mutuellement, et l’humanité avec ... l’arme atomique, les missiles ... si, si, de Cuba, les missiles. On vivait en permanence à deux doigts de la destruction totale.

La Terre ? Promis à se muer en quelques secondes en glacis, des boutons rouges et des codes, en veux-tu, en voilà ; la valise de l’Apocalypse menottée aux poignets de président chauves au regard fou, des bunkers sous les palais, qu’ils puissent continuer à gouverner des peuples de cadavres, et quelques survivants ... brechtien, chaplinien, j’avais le choix, ien pour Brecht et esque pour Chaplin, mais c’est mieux, tous les deux ien, non ?

Les rouges menaçaient alors le monde de leurs ogives, faisant aussitôt bander les Cainris abrutis, sir yes sir !  Les deux braquaient des rampes, ici où là, torréfiant le cerveau des journalistes de la presse mondiale, par des déclarations enflammées, de guerre ou de représailles.

Des qui tapaient le pupitre du machin avec leur godasse pour donner du rien à moudre aux copieux.  De leur encre sympathique, ceux-là dénonçaient le toupet de tel potentat du soviétisme, ou tel manichéen étatsunien ; au comptoir du matin, chez nous, on disait salauds de russes, enculés de ricains, et après on allait bosser ou glander.

Tout ce barnum ? Obsolète !

Oggi, c’est salauds de consommateurs, puisqu’à la terreur atomique se substitue l’universelle terreur du climat qui change, sous la pression de la production effrénée de biens de consommation. Ce monde terrible, ou le besoin est mort, sous les coups de l’envie, du pouvoir d’achat et du droit à tout.

Avant, il y avait des blocs, deux, pour être précis. L’un s’est effondré, disparu dans les décombres d’un mur, tandis que l’autre, le capitaliste, s’est développé, enrichi, au-delà même du concevable. C’est ce bloc-là, virus géant, qui a contaminé la planète entière, et l’humanité, laquelle s’est prostituée, corrompue, sous la férule du barbeau capitaliste.

De nos jours, dans les mondes, celui d’avant et celui d’après, ne parlons pas de celui d’ici et maintenant, d’ailleurs qui s’en soucie, il n’y a plus que l’après, désolé, Guy, un futur, taillé comme un lapis lazuli par le capital.

Oui, les virus, le dérèglement climatique, sont les effets directs du capitalisme et de l’illusion que le marché et la croissance qui va avec, a toujours raison, contre le bon sens, la politique et les idéologies de la tempérance, de la décroissance, u retour à la raison.

Désormais comme neuroleptique, on a la croissance verte, une antinomie abracadabrantesque, là ça va, esque, hein ? qui nous est servi comme une panacée à la terreur de la dégringolade de l’humanité vers les enfers des chaleurs extrêmes, des incendies, de la montée des eaux océaniques, de la fonte des calottes glaciaires.

Qui parle de croissance verte ? Les Arturo Ui du nouveau capitalisme. Comme si le capitalisme pouvait se renouveler, qui est fondé sur l’exploitation des peuples vulnérables, mobilisés pour produire de quoi alimenter la chaufferie de la croissance. Car c’est cela qui se passe. Le capital alimente une chaufferie, qui fait monter les enchères climatiques à un niveau tel, que personne ne pourra en assumer le prix, quand le marteau tombera.

Les peuples des mondes avalent du jargon en lieu de discours politique, à la petite cuillère, tenue de main d’or par des populistes ou des confus, en même temps, c’est confus, des laquais du capital, cet ogre, qui prétend créer de la valeur quand il ne fait que la capter.

Le capital, c’est des éléments de langage, un discours, des affirmations, comme, la pauvreté a reculé dans le monde, sous-entendu depuis que le capitalisme s’est mondialisé, a colonisé la planète tout entière, a gagné la bataille des blocs, mis à mort le communisme soviétique, les gens sont moins pauvres.  

Bien sûr, il y a des classes moyennes émergentes, là où il n’y avait que des pauvres, parce qu’il lui faut bien des ouvriers pour produire, au capital, et des clients ! Même qu’on appelle ça le fordisme.

Je me suis dit, comme çà, à la va-vite que je suis pas nombreux à réfléchir comme ça. Oui je sais, JE suis pas nombreux, ça se fait pas, mais bon, faut que je m’occupe de moi puisque personne ne le fait. Par curiosité, depuis deux-trois jours, je demande systématiquement aux jeunes que je croise, ou plutôt que je chope aux terrasses des cafés, sur le trottoir quoi, et dans les galeries, euh, non, pas dans les galeries,

  • Quand avez-vous parlé de politique, récemment, avec un pote ou une, ou avec vos parents ?
  • Réponse UNA NI ME je sais pas, je crois pas qu’on parle de ça.
  • Alors j’insiste, le climat, le réchauffement, les virus, la consommation, enfin tout ce qui vous pourrit la vie, vous n’en parlez pas ?
  • Ah ! Mais çà, oui on en parle ! Greta machin, là, les manifs, on y a été !
  • Qui sont les responsables du désastre climatique, de la pandémie actuelle ? C’est pas les politiques ?
  • Chais pas ! Trump ? Les Chinois ? Les GAFA ?
  • Vous avez voté, là, aux régionales ?
  • Aux quoi ? Ah, ben non. Je vote pas trop, enfin, des fois ...

Sondage authentique réalisé à partir d’un panel de, disons, une dizaine de jeunes de toutes les catégories sociales, enfin, pour être honnête, ils buvaient tous de la bière dans le 9ème.

Les jeunes que j’ai rencontrés, heureusement il y en a plein que je n’ai pas croisés, n’ont aucune idée de ce que signifient les mots politique, idéologie, démocratie, totalitarisme, sans parler évidemment de capitalisme et de libéralisme.

On est dans la merde. Si j’en juge, dans notre pays, les seuls qui sont capables d’exprimer une idée, tous la même, concernant la politique ou les systèmes de gouvernement à l’œuvre dans le monde, sortent des ENA et des Sciences Po... Après, va te plaindre que ce pays soit entièrement aux mains de ce qu’on appelle la haute administration.

Je viens d’apprendre que deux paquebots, c’est à dire des HLM flottants de 40 étages bourrés de c. décollaient aujourd’hui du port de Marseille... et ce n’est qu’un début !

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